Afrique subsaharienne

Moi, lesbienne du Sénégal

Dans une interview croisée, Guadalupe DIAKHOUMPA (pseudonyme) nous livre un témoignage bouleversant de femme lesbienne du Sénégal, dans un pays en proie au populisme homophobe ; tandis que Lucette DANSOKHO (pseudonyme) d’une association de développement local, nous livre quant à elle son analyse de la situation des violences faites aux femmes au Sénégal, à l’aune de récents féminicides survenus à travers le pays.

Guadalupe DIAKHOUMPA

Présente-toi.

Guadalupe DIAKHOUMPA : « On dira que j’ai 25 ans, je suis une femme sénégalaise et je suis lesbienne. Je vis dans le secteur de l’économie informelle, comme beaucoup de jeunes sénégalais précaires. Pour m’en sortir, j’aide les gens, je donne des coups de main et je fais du nettoyage dans les localités touristiques de mon pays, avant le démarrage des activités économiques, en début de matinée ».

Parle-nous de ton vécu de femme lesbienne au Sénégal.

Guadalupe DIAKHOUMPA :  » Il y a plusieurs années, ma famille a découvert que j’entretenais une liaison avec une autre femme. J’étais encore très jeune. Par la suite, dans les semaines qui ont suivi, j’ai été mariée à mon insu et j’ai subi régulièrement des viols « correctifs » et conjugaux qui ont duré au moins 2 mois, afin de me faire changer d’orientation amoureuse.

On m’a même déjà emmené voir un marabout soninké dans la région reculée de Matam, à la frontière avec le Mali et la Mauritanie, afin de me faire « désenvouter ». En réalité, j’ai été de nouveau violée aux termes d’un rituel où dénudée, le marabout a approché un cierge de mon vagin, avant de se lancer dans des incantations dans un langage glossolale.

Les agressions lesbophobes sur la voie publique ne sont pas rares non plus au Sénégal. Elles sont moins virales et médiatisées que les guet-apens qui visent les gays, mais elle n’en sont pas moins courantes. Par exemple, en janvier dernier, j’ai eu le malheur de converser dans la rue avec une autre femme qui m’a identifié, en tant que militante des droits des personnes LGBTI. Mal m’en a pris, son conjoint qui écoutait sans doute notre discussion et qui est passé par là, m’a violemment rudoyé et j’ai été légèrement blessé.

Enfin, pour les femmes lesbiennes comme moi qui refusent le mariage et qui sont répudiées par leur entourage, il ne nous reste qu’une vie de difficultés et de précarité financière et économique, dans un pays, où il n’y a déjà pas beaucoup d’opportunités pour les jeunes comme nous. Ainsi, jusqu’à hier, je vivais dans une maison en travaux avec un maçon et je menais une existence au jour le jour, où il pouvait m’arriver de dormir dans la rue. Depuis lundi, j’ai été pris en charge par le Collectif Free du Sénégal ».

Lucette, comment analyses-tu la place de la violence faite aux femmes dans la société sénégalaise ?

Lucette DANSOKHO : « Elles sont de plus en plus médiatisées au Sénégal. Par contre la réponse pénale des autorités laisse parfois perplexe. Dans l’ensemble, les violences dirigées contre les femmes au Sénégal sont à la fois symboliques, légales, verbales et physiques.

Par exemple, il y a 3 ans (1), un dénommé Ousmane Mbengue avait lancé un appel à tuer les femmes sur les réseaux sociaux, sous couvert d’humour, après une série noire de féminicides qui avait mis en effroi le pays. Finalement, il n’a été condamné qu’à 6 mois de prison ferme, aux termes de son jugement. Autant dire une peccadille pour l’institution judiciaire.

Plus récemment, fin mars 2022 (2), la question de l’avortement est revenue brièvement dans les débats, après qu’une femme de la région de Saint-Louis a été tuée par son compagnon, car elle refusait de se faire avorter clandestinement au péril de sa vie, alors qu’au Sénégal, l’avortement est illégal, sauf en cas de mise en danger de la mère pour des raisons thérapeutiques, en vertu de l’article 35 du code de déontologie médicale.

Enfin, parmi les femmes, les lesbiennes sont celles qui sont parmi les plus vulnérables, car même en cas d’agression, elles ne bénéficient d’aucun appui de la part de leurs proches. Au contraire, ce sont souvent ces derniers qui sont les premiers à vouloir les marier de force ».

Aujourd’hui, comment vois-tu ton avenir, Guadalupe ?

Guadalupe DIAKHOUMPA : « Par le passé, j’ai pu bénéficier d’un soutien afin de pouvoir me rendre dans un pays de la sous-région. Cela a duré quelques mois, mais je n’y suis pas restée.

Aujourd’hui, je vis dans une région littorale et urbaine de mon pays, car il y a davantage de brassages ici qu’ailleurs au Sénégal : européens, sénégalais, créoles des pays voisins lusophones, catholiques, musulmans.

Sinon, j’ai gardé quelques contacts avec les mouvements féministes de Dakar, mais le contexte politique et social ainsi que les pressions de Jamra (mouvement islamiste) leur sont très défavorables ».

(1) https://information.tv5monde.com/terriennes/viols-et-feminicides-au-senegal-dafa-doy-plus-jamais-ca-302922

(2) https://www.pressafrik.com/UGB-le-presume-meurtrier-de-l-etudiante-est-un-vendeur-de-cafe-et-de-creme_a246235.html

Pour aider le Collectif Free du Sénégal : https://www.collectif-free-senegal.org/faites-un-don/

Pour soutenir la pétition en ligne du Collectif Free du Sénégal en faveur d’un Sénégal inclusif et sans discrimination : https://allout.lgbt/senegalhumanrightsfrfbo

Les personnes et organisations, souhaitant pouvoir contacter le Collectif Free du Sénégal, peuvent écrire à l’adresse de courriel suivante : contact@collectif-free-senegal.org.

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2 réflexions sur “Moi, lesbienne du Sénégal

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