Afrique subsaharienne

Niger : surenchère à 1 demi-milliard de francs CFA d’amendes et de 20 ans de prison pour les activistes LGBT+

Après que le Sénégal a promulgué une loi LGBTphobe le 31 mars dernier, prévoyant jusqu’à 10 ans de prison et 10 millions de francs CFA d’amendes (soit 15 000 euros) pour « actes contre-nature »; c’est au tour du Niger d’adopter ex-nihilo une législation plus sévère encore, puisque les autorités locales issues du coup d’Etat du 26 juillet 2023 ont fait entrer en vigueur l’ordonnance N°2026-09 du 16 février 2026, dont les dispositions sanctionnent le fonctionnement d’organisations de défense des droits des personnes LGBT+ de 10 à 20 ans de détention, entre autres. Les amendes peuvent s’élever quant à elles, jusqu’à 1 demi-milliard de francs CFA (soit 762 000 euros) dans un pays où le revenu mensuel moyen est d’environ 60 euros, selon la banque mondiale en 2024.

Selon l’agence de presse turque, Anadolu Agency, ce texte est même d’ores et déjà promulgué, alors que sur le terrain les services anti-terroristes de la Direction Générale de la Documentation et de la Sécurité Extérieure (DGDSE) mènent avec célérité depuis le samedi 06 juin une vague d’arrestations sans précédent d’hommes gays présumés. Une source anonyme évoque une quarantaine de victimes et une intense traque sur place, tandis que la communication de la junte reste opaque, avec très peu d’informations filtrant quant au sort des prévenus, placés en détention provisoire, dans l’attente d’un procès. Certains seraient passés aux aveux selon nos confrères de journal nigérien, L’Enquêteur.

Alio Daouda est le Garde des Sceaux de la Junte militaire au pouvoir à Niamey, au Niger (@justice.gouv.ne)

Des arrestations en série

Le 06 juin 2026 à Niamey, un contrôle d’identité et quelques palpations de routine ont amené au placement en garde à vue d’un jeune homme portant des perles à la hanche – un insigne de féminité au Niger – avant que les limiers ne fassent parler son téléphone. Tel un effet boule de neige, d’autres investigations ont eu lieu conduisant à de nombreuses perquisitions.

Dans les rangs des personnes interpellés par la suite, il y aurait des notables, parmi lesquels des colonels des douanes, un commissaire, un garde national, ainsi que des fonctionnaires de police. Les professions des personnes incriminées sont également susceptibles d’expliquer rétrospectivement la raison pour laquelle la police n’a pas été saisie pour enquêter initialement, bien qu’il semble à présent que le Parquet et la Police Judiciaire soient instruits du dossier, si l’on en croît nos confrères de la presse nigérienne.

Une surenchère pénale homophobe

La médiatisation de ces interpellations et la concomitance du braquet des caméras du monde entier autour de la Coupe du Monde de football en Amérique du Nord a été l’occasion pour la Junte de promulguer et de faire apparaître au Journal Officiel, le 11 juin, les nouvelles dispositions anti-LGBT+ du code pénal, alors que jusqu’ici le Niger était le dernier Etat de la bande sahélienne à ne pas criminaliser l’homosexualité.

Pour rappel, consécutivement, en 2024, puis en 2025, le Mali et le Burkina-Faso ont criminalisé l’homosexualité, tandis que celle-ci est déjà passible de la peine de capitale en Mauritanie, au Soudan, ainsi que dans les 12 Etats fédérés du Nord du Nigéria en sus des confins sahariens sous le contrôle de Boko Haram, d’Ansar Dine ou de l’Etat Islamique dans le Grand Sahara (EIGS).

Des dispositions coercitives parmi les plus strictes de la région

Les peines les plus lourdes visent principalement les activistes et les militants des droits humains, voire les personnes morales, œuvrant en faveur de la santé ou de la lutte contre les discriminations faites aux personnes LGBT+. Il est question de peine de 10 à 20 ans de prison ferme (article 392), sans la moindre remise de peine possible ou sans la moindre mise à exécution avec sursis (article 394). Les amendes maximales dont sont assorties ces condamnations atteignent même la somme fatidique du demi-milliard de francs CFA (0,7 million d’euros), avec un montant plancher fixé à 50 millions de FCFA (76 000 euros), dans un pays où le salaire annuel moyen ne dépasse guère les 1000 euros.

Le mariage entre personnes de même sexe fait également son entrée dans le code pénal nigérien puisqu’il est à présent frappé de peines pouvant aller de 10 à 20 ans d’incarcération pour les personnes y prenant part d’une manière ou d’une autre. Aussi, il est assorti d’amendes qui s’échelonnent de 20 à 100 millions de FCFA (30 000 à 150 000 euros), en fonction des responsabilités des mis en cause.

Enfin, les peines sont identiques en cas de rapports sexuels avec un individu de même sexe en situation de handicap ou mineur de 13 ans. Et pour les adultes ayant des rapports consentants homosexuels, la peine diminue à un quantum de 05 à 10 ans de prison. Il en va de même pour les personnes qui affirment faire partie de la communauté LGBT+, sans même prendre part à un quelconque rapport sexuel. Dans les deux derniers cas de figure l’amende prévue ne peut être inférieure à 10 millions de FCFA, soit 15000 euros.

Des lendemains qui déchantent dans la région

Alors que le Sénégal a fait passer en début d’année avec fracas une loi très décriée qui prévoit jusqu’à 10 ans de prison pour « actes contre-nature » et 03 à 07 ans d’emprisonnement pour promotion de l’homosexualité, le Niger vient de marquer les esprits avec des peines d’amendes qui dépassent de loin les standards de la région.

Pour Mamane (pseudonyme), un journaliste local, ces nouveaux inserts au code pénal résonnent comme une catastrophe : « Incarcérer des personnes LGBT+ revient à détruire des familles. Aussi chez les adolescents homosexuels, il y a un risque réel de générer les conditions d’un mal-être. En définitive, cela affectera le climat dans les établissements scolaires, dans les quartiers et dans la société dans son ensemble ».

Maintenant tous les regards sont tournés vers un autre pays d’Afrique de l’Ouest, le Ghana, où la Human Sexual Rights and Family Values Bill a été votée par le Parlement ghanéen le 29 mai 2026, dans l’attente d’une possible promulgation, ce qui laisse craindre un effet domino. Cette proposition de loi inspirée par des lobbys évangélistes américains prévoit 03 à 05 ans de prison pour le soutien ou la participation à des activités de plaidoyer en faveur des droits LGBT+, ainsi que 03 ans de détention pour les personnes qui s’identifient publiquement comme LGBT+.

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