Personnage véhément, connu pour son verbe haut quand il s’agit de pester et de fulminer contre les homosexuels, Mame Mactar Gueye, le porte-parole de l’organisation islamiste Jamra (braise ou tison en wolof) voit sa propre fille à présent impliquée au coeur d’un scandale mêlant accusation de participation à un trafic international de stupéfiants et lesbianisme.
Interpellée dans la nuit du lundi 13 au mardi 14 juillet par la Brigade de recherche de Faidherbe à Dakar, Fatou Binetou Gueye est sous le coup d’une enquête sous les chefs d’accusation d’association de malfaiteurs, de détention et usage de cocaïne, de trafic international présumé de cocaïne et d’actes « contre-nature ».
Présumée innocente, en cas de condamnation, elle encourt théoriquement la réclusion criminelle à perpétuité selon la qualification exacte retenue et selon son rôle précis dans l’organisation du trafic de stupéfiant.
Son père a déjà livré interview auprès de nos confrères du quotidien sénégalais L’Observateur, pour inviter la justice à la plus grande fermeté. Il a d’ailleurs transmis hier un communiqué de presse en ce sens auprès du média en ligne Seneweb.

Mame Mactar Gueye (@Jallale TV sur Instagram)
Les faits
Lors d’une filature consécutive à un renseignement, les gendarmes de la brigade de recherche de Faidherbe se faisant passer pour des clients ont passé commande de cocaïne afin de constater un flagrant délit.
Parmi les personnes arrêtées, figurent 2 ressortissants étrangers originaires du Nigéria, K. M. Ogbu et M. Nwafor, ainsi que Fatou Binetou Gueye et son compagnon R. S. Guissé. Ce dernier est présenté par Senenews comme étant le fils d’un éminent professeur de l’Université Cheikh Anta Diop à Dakar, tandis qu’une 5ème personne, de nationalité nigériane également, aurait réussi à prendre la fuite et serait toujours activement recherchée selon nos confrères de Seneweb.
Les 4 prévenus ont été déférés le 20 juillet auprès du procureur de la République du Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Dakar. A ce jour, aucune dépêche de presse n’annonce un placement en détention provisoire ni aucun communiqué émanant des autorités judiciaires. Cependant en pareilles circonstances, compte tenu l’existence de suspects toujours recherchés et de la dimension narco-criminelle du dossier, cela semble plausible.
La défense de Fatou Binetou Gueye
Arrêtée au cours d’une transaction où elle remettait de la cocaïne auprès d’un gendarme infiltré, Mame Mactar Gueye évoque « un piège » relate le média en ligne Senego pour pouvoir dédouaner sa fille. Cette dernière affirme n’être qu’une simple usagère de drogue et pointe du doigt son compagnon quant à la provenance de la marchandise.
Plus tard, durant les investigations téléphoniques permettant d’étudier toutes les ramifications du réseau, les gendarmes placés sous le commandement du général Martin Faye ont inopinément découvert des vidéos pornographiques à caractère saphique, ainsi que des échanges lubriques abordant la possibilité de former un trouple avec une autre femme pourvue d’une esthétique avantageuse.
En dépit de dénégations quant à une quelconque bisexualité et de l’incrimination de R. S. Guissé dont elle aurait voulu satisfaire les fantasmes sexuels, Fatou Binetou Gueye encourt des poursuites pour actes « contre-nature ». Or, depuis mars 2026, ces faits sont désormais passibles de 5 à 10 ans de prison et de 10 millions de francs CFA d’amendes (15 000 euros), selon l’article 319 du Code Pénal. En outre il faut ajouter une déchéance définitive de droits civiques en cas de condamnation, au titre de l’article 34.
Schadenfreude à la sénégalaise
Après l’incrédulité, diverses voix se sont réjouies sur les réseaux sociaux de cette ironie qui voit le leader d’opinion le plus homophobe du Sénégal devoir répondre face aux médias quant aux accusations de bisexualité et de tribadisme qui pèsent sur sa fille.
Cependant, Mya, activiste sénégalaise lesbienne au Canada rappelle que l’homosexualité féminine est mal vue au Sénégal, bien qu’elle soit davantage invisibilisée dans l’espace politique : « Les lesbiennes doivent se montrer discrètes au Sénégal et composer avec une vie où le mariage dans un cadre cis-hétéronormatif est la norme. Si elles cherchent à s’y soustraire ce sont les familles qui les y obligent ».
Sadio (pseudonyme), un observateur de la vie publique au Sénégal, souligne que le lesbianisme est souvent perçu comme réversible dans son pays : « Les hommes pensent toujours que les tribades n’ont pas encore trouvé le bon partenaire masculin pour leur faire découvrir le plaisir hétérosexuel ».
Aussi, au sujet de Mame Mactar Gueye, celui-ci ne manque pas de relever que ce dernier vituperait au mois de mai trouvant paradoxal « qu’Ousmane Sonko – l’actuel président de l’Assemblée Nationale – ait pu côtoyer Matar Ndiaga Seck – son ancienne éminence grise tombée en disgrâce en avril pour actes « contre-nature » – 30 ans durant sans s’apercevoir qu’il est gay », disait-il à l’antenne de Sénégal 7 TV. « Pourtant, lui-même ne s’est jamais rendu compte que sa propre fille a des penchants lesbiens », ajoute Sadio.
En ce qui concerne Fatou Binetou Gueye, elle fait l’objet d’une enquête sous au moins 4 motifs retenus contre elle, mais toutefois en vertu de l’article 5 de la loi n° 65-60 du 21 juillet 1965 du Code pénal, le Sénégal applique le principe de non-cumul des peines : « En cas de commission de plusieurs crimes ou délits, la peine la plus forte est seule prononcée ».
A ce jour, Fatou Binetou Gueye bénéficie du principe de la présomption d’innocence.
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