Afrique subsaharienne

Cameroun: Nouvel homicide d’une personne LGBT+ et des questions autour de l’élucidation de ces dossiers

La semaine dernière, la communauté LGBTI de Douala, au Cameroun, a été secouée par l’annonce du meurtre de Paul Gérard, un jeune homme solaire et rayonnant, unanimement apprécié de tous.

Le meurtre a eu lieu dans la soirée du lundi 11 août, dans le quartier de Logpom à Douala.

Si le mobile du meurtre reste à démontrer, il s’inscrit dans un contexte où l’homosexualité reste criminalisée en vertu de l’article 347-1 du Code pénal camerounais, tandis que l’élucidation des homicides ciblant les personnes LGBT+ reste un sujet connexe, dont les défenseurs des droits humains ne souhaitent pas qu’il demeure le parent pauvre de la sécurité publique.

Image commémorative en hommage à Paul Gérard.
Image commémorative en hommage à Paul Gérard.

Par Steeves Winner

Circonstances et mobile possible de l’homicide

Gérard avait convié un ami chez lui pour passer un moment ensemble. Le lendemain matin, le corps de Gérard a été découvert dans son lit, gisant dans une mare de sang.

Les éléments de l’expertise médico-légale laissent apparaître que les causes de la mort sont consécutives à une strangulation, après une pluie de coups reçus par la victime.

Le principal suspect, toujours en fuite, est précisément l’homme venu lui rendre visite la veille. Les caméras de vidéosurveillance le montrent quittant le domicile de Paul Gérard aux alentours de 06 heures du matin.

Dénommé Liam Karl, 10 jours après la commission de l’homicide, les enquêteurs sont toujours sur ses traces et souhaitent pouvoir l’auditionner en sa qualité de dernier témoin à avoir vu la victime vivante. Cependant, il reste injoignable et l’ensemble de ses comptes sur les réseaux sociaux sont désormais inactifs.

Pour l’heure, le mobile du crime demeure incertain. Toutefois, plusieurs effets personnels de Paul Gérard ont été subtilisés dans son appartement.

Concernant la personnalité des protagonistes, Paul Gérard était décrit comme un jeune homme calme et sociable de 25 ans, vivant seul, tandis que Liam Karl serait âgé d’environ 33 ans et assez peu d’éléments filtrent de sa biographie.

La seule chose dont on soit sûr est que la victime et le suspect présumés sont tout deux des personnes issues de la communauté LGBT+ de Douala, ce qui écarte l’hypothèse d’un crime motivé par la haine. Aussi, il semblerait que les deux protagonistes se connaissaient de longue date.

Des réactions révélatrices de l’homophobie ambiante

Ce nouveau meurtre impliquant une victime LGBT+ sert de révélateur quant à l’homophobie sur les réseaux sociaux, où on relève pêle-mêle des réactions indécentes et irrespectueuses, tandis que d’autres internautes se prennent pour les justiciers de la toile en promettant une récompense d’un million de francs CFA (1524 euros) pour tout renseignement menant à l’arrestation de Liam Karl.

Cependant d’autres réactions, davantage compassionnelles, ont voulu souligner l’homme qu’il était, tout en rejetant la haine :

« Je n’aurais jamais imaginé voir le nom d’un ancien camarade de classe associé à une affaire aussi tragique… Mes pensées vont à la victime, à sa famille et à toutes les personnes touchées par cette tragédie. Que justice soit faite. »

« Avant de parler de “l’histoire d’un homme gay”, rappelez-vous qu’il était avant tout un être humain… Paul était un fils, un frère, un ami. Sa mort n’est ni une victoire ni une plaisanterie. »

« Ce que je vois ce matin sur les réseaux sociaux est révoltant et profondément déshumanisant. Une personne a été tuée. Pourtant, certains se moquent de lui, font des commentaires ironiques et semblent presque se réjouir de sa mort parce qu’il était gay. Rappelons-le : la criminalisation de certaines relations entre personnes du même sexe au Cameroun ne suspend pas les droits fondamentaux des personnes homosexuelles. Elle ne donne à personne le droit de les humilier, de les agresser ou de porter atteinte à leur vie et à leur dignité. »

La question de l’élucidation des meurtres de personnes LGBT+

Ebenezer Munkan, le directeur de la direction des droits humains et du plaidoyer de la Cameroon Foundation for AIDS (CAMFAIDS) a de son côté exhorté les autorités judiciaires à mener des enquêtes approfondies tant sur le meurtre de Paul Gérard que sur celui de Doloresse – une femme trans – survenu en mai 2026, dans le quartier d’Emombo à Yaoundé.

« Un citoyen camerounais reste un citoyen camerounais, qu’il soit LGBTQ+ ou non. Paul Gérard et Jonas Singa Kimie (le nom d’état-civil de Doloresse) méritent que justice soit faite. Chaque citoyen camerounais mérite d’être protégé », écrit-il.

Steeves Winner est un journaliste camerounais couvrant l’actualité des droits LGBT+ dans son pays sous ce pseudonyme. Il est joignable à l’adresse suivante : steeves.w@yahoo.coms.

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