Amériques

Haïti : Les militants LGBT+ perplexes à l’approche des 1 ères élections organisées depuis 10 ans en décembre

Le Conseil électoral provisoire nommé depuis 2024 a décidé qu’après une interruption de 11 ans, les prochaines élections présidentielles haïtiennes se tiendront le dimanche 13 décembre prochain.

Les Haïtiens seront sollicités le même jour pour pouvoir élire leurs futurs représentants au prochain Parlement. Un éventuel second tour est même déjà inscrit au dimanche 21 février 2027. Les futurs élus et dirigeants auront pour mission de faire émerger une majorité à même de voter en faveur des prochaines orientations budgétaires du pays.

Un fait politique qui loin de laisser indifférent les militants LGBT+ haïtiens suscite une pointe de scepticisme dans le contexte politique sécuritaire et social du pays.

Pour rappel, dans la nuit du 23 au 24 août dernier dans la localité de Kenscoff sur les hauteurs de Port-au-Prince, 47 personnes ont été exécutés par des bandes irrégulières armées, tandis que 22 autres ont été blessées, selon les Nations-Unies.

Friche du Palais présidentiel haïtien.
Friche du Palais présidentiel haïtien. Vue du Champ de Mars de Port-au-Prince (Source AFP du 20 mars 2014).

L’importance du scrutin est diversement appréciée

Erasing 76 Crimes : « Qu’attendez-vous du futur scrutin portant sur les élections présidentielles du 13 décembre prochain en Haïti ? »

Johnny Clergé (directeur exécutif de l’Organisation Arc-En-Ciel d’Haïti basée à Port-au-Prince) : « Je demande à voir ce qu’il en sera car les conditions sécuritaires du pays continuent de se dégrader, par ailleurs, il faut établir des listes et il faut que les électeurs puissent disposer de leur carte pour aller voter. En matière logistique et compte tenu du contexte, j’ai d’énormes doutes quant aux capacités du pays à pouvoir tenir des élections libres et transparentes.

Pour l’heure, les organisations LGBT+ haïtiennes n’ont pas encore véritablement commencé d’activités de plaidoyer en direction des différents candidats ».

[NDLR : Actuellement, le Conseil Électoral Provisoire (CEP) n’a pas encore dévoilé la liste des candidats inscrits pour la prochaine présidentielles. Ils ont encore jusqu’au 20 septembre pour faire connaître leurs intentions].

Guillaume Guy-Luly (avocat de l’Organisation Trans d’Haïti) : « Comme beaucoup d’Haïtiens, pour des raisons sécuritaires, j’ai quitté le pays et je vis désormais en Floride à Miami. Le 13 décembre, je n’irai pas voter, car pour moi, ça n’a pas de sens. Ma vie n’est plus en Haïti et le pays n’a pas d’avenir. Le quotidien des haïtiens est d’avoir chaque jour 5000 gourdes (33 euros ou 38 dollars US) pour avoir de quoi se nourrir.

Toutefois, je reste attentif au développement de l’actualité et j’observe que l’ancien président, Michel Marthelly issu du Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK) est revenu en Haïti le 15 juillet dernier » [NDLR : il est reparti pour la Floride le 30 juillet].

Merlin Jean (directeur exécutif de l’association Héritage pour la Protection des Droits Humains basé à Ouanaminthe dans le département du Nord-Est) : « La prochaine élection doit servir de catalyseur à une activité soutenue de plaidoyer auprès des candidats, ce qui implique un repérage au niveau des partis politiques.

Les thèmes ne manquent pas : accès au service public (santé – éducation – justice), reconnaissance du rôle et de l’implication des acteurs et des associations de la société civile. Si nous ne faisons pas cela, la communauté LGBT+ militante sera encore plus affaiblie ».

Vers une déclinaison locale du backlash international anti-LGBT+ ?

Erasing 76 Crimes : « Craignez-vous une résurgence de l’homophobie en Haïti ? »

Johnny Clergé : « Les élections sont traditionnellement le moment où l’homophobie augmente fortement en Haïti. Mais il n’y a pas de recette miracle et les personnes LGBT+ sont des personnes comme tout le monde. Elles doivent construire « un faisceau » avec les autres organisations de la société civile pour ne de pas laisser les messages de haine occuper l’ensemble de l’espace de la parole publique, y compris sur les réseaux sociaux.

En Amérique latine et en Europe on assiste à une montée de l’extrême-droite, tandis que les groupes évangélistes conservateurs gagnent du terrain un peu partout, comme en Afrique. Haïti est perméable aux évolutions internationales, mais les personnes LGBT+ peuvent aller voter et il faut les y inciter ».

Guillaume Guy-Luly : « Il y a des influenceurs qui propagent des appels aux meurtres, avec plus exactement des incitations à brûler les homosexuels en créole haïtien, sur YouTube. C’est notamment le fait de Pasteur Pass ».

[NDLR : « Pastè Pass » en créole haïtien, n’est pas un pasteur mais un agitateur qui use d’une esthétique noiriste, coiffé d’un fila traditionnel yorouba pour haranguer ses abonnés en ligne].

[NDLR : Dominique Xavier Saint-Vil, le directeur exécutif de l’Organisation Trans d’Haïti (OTRAH) dans un article publié sur Erasing 76 Crimes en français au mois de mai et intitulé « Ecrans de la haine«  avait déjà fustigé le manque de modération sur YouTube. Il reprochait à cette plateforme de laisser en libre accès les contenus haineux et LGBTphobes diffusés en créole haïtien].

Johnny Clergé : « Les communautés LGBT+ ne sont cependant pas totalement dépourvus de ressources et l’on peut toujours s’appuyer sur l’article 19 de la Constitution de 1987 qui garantit un droit à la vie, malgré les appels à la violence en ligne, dans un pays d’ordinaire déjà extrêmement violent :

« L’État a l’impérieuse obligation de garantir le droit à la vie, à la santé, au respect de la personne humaine, à tous les citoyens sans distinction, conformément à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ».

Ce texte reste toujours en vigueur ».


Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.