Afrique subsaharienne

Le Cameroun arrête 68 personnes dans le cadre d’une répression anti-gay

Dans la nuit du 23 août, vers 3 heures du matin, au moins 68 personnes identifiées ou perçues comme homosexuelles ont été arrêtées dans les quartiers de Makepe et Bonamoussadi à Douala, au motif d’une homosexualité alléguée.

Au total, 9 personnes arrêtées sont maintenus en détention dans le nouveau pénitencier de Bell, tandis que les autres ont été libérés.

Le nouvel établissement pénitencier de Bell à Douala, au Cameroun. (Photo de Dylan Robertson ; Canadian press)

Par Jean-Jacques Dissoke Maniben

Une opération coup de poing

Le commandant du commissariat de Ndongbong a justifié l’opération en affirmant que des homosexuels fréquentaient régulièrement un bar local disposant de chambres privatives attenantes faisant office de backroom.

D’ailleurs, la police a déclaré avoir perquisitionné l’établissement de fond en comble et y avoir trouvé des préservatifs, du lubrifiant ainsi que des sextoys.

Les circonstances entourant cette descente policière demeurent particulièrement opaques. Toutefois des moyens considérables semblent avoir été déployés, puisque les 68 personnes appréhendées par les policiers ont été conduites dans différents commissariats de Douala pour pouvoir être entendues.

Même si 59 personnes ont été libérées aux termes d’une garde à vue, nombre d’entre elles ont dû s’acquitter d’une caution de 25 000 francs CFA (40 euros) et placées sous contrôle judiciaire, dans l’attente de la poursuite de l’enquête.

Quant au groupe des 9 personnes placées en détention provisoire, l’on sait qu’il inclut un jeune d’à peine 16 ans.

Le 26 août, un avocat ainsi que des représentants d’organisations de défense des droits humains se sont rendus sur place pour s’enquérir de la situation des détenus, au nom de « Working for Our Wellbeing » et de « Together for All ».

Une charge accusatoire très lourde

Le lendemain, les motifs du maintien en préventive ont été précisés, avec des charges portant pêle-mêle sur des accusations d’homosexualité, de corruption de mineurs, mais aussi d’utilisation non autorisée de matériel militaire.

Le dossier dont la nature est sensible a d’ailleurs été immédiatement transféré auprès d’un tribunal militaire, qui l’a renvoyé vers une juridiction civile le 31 août à des fins de complément d’informations.

Le 3 septembre, le juge de la détention a ordonné le maintien en détention des 9 suspects dans l’enceinte du nouveau pénitencier de Bell. Un procès doit se tenir dans quelques jours, le 7 septembre.

Un avocat de la défense prévoit de contester la compétence d’une cour martiale pour juger du dossier, en exigeant que le tribunal militaire soit entière dessaisi au profit d’une cour civil à Ndokoti.

Un plaidoyer de décohabitation avec le reste de la population carcérale

Plusieurs détenus sont dans un état préoccupant. L’un d’entre eux porte une ceinture lombaire tandis que les autres souffrent de maux de tête.

Les informations relevées permettent d’identifier que 4 d’entre eux n’ont aucune attache à Douala. Certains n’ayant ni argent, ni téléphone, ni même de document d’identité.

De leur côté, les défenseurs des droits humains s’efforcent de réunir des fonds pour pouvoir apporter des vivres, une assistance juridique et des soins médicaux idoines.

Ils plaident activement pour faire décohabiter les 9 suspects avec le reste de la population carcérale.

Vue aérienne prise par un drone du quartier doualéen de Bonamoussadi à Douala, au Cameroun (Photo : TikTok)

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