Afrique subsaharienne

Le Sénégal fait partie des 45 pays où les lesbiennes sont persécutées : 8 femmes arrêtées

Si 66 pays criminalisent l’homosexualité, depuis la pénalisation des relations sexuelles entre personnes du même sexe au Niger, seuls 45 États sanctionnent pénalement à la fois l’homosexualité masculine et féminine, dont le Sénégal.

Après l’arrestation tonitruante pour trafic de stupéfiants et actes « contre-nature » de Fatou Binetou Gueye – la fille du leader homophobe Mame Mactar Gueye – dans la nuit du lundi 13 au mardi 14 juillet, c’est au tour de 8 jeunes femmes de défrayer la chronique pour actes « contre-nature », après un déferrement devant un juge de la cité judiciaire de Pikine Guediawaye.

Ces arrestations viennent souligner qu’un temps épargné, les lesbiennes sont à présent tout aussi bien visés que les gays, depuis le durcissement de la criminalisation de l’homosexualité au Sénégal fin mars.

Pour rappel, depuis mars 2026, les relations consentantes entre personnes de même sexe sont passibles au Sénégal de 5 à 10 ans de prison, tandis que les montants des amendes pour ce type d’infraction s’élève jusqu’à 10 millions de francs CFA, soit 15 000 euros, sans remise de peine ou de sursis possible.

Le salaire médian au Sénégal en 2021/2022 était de 132 euros selon l’enquête sur les conditions de vie des ménages.

Cité judiciaire de Pikine Guediawaye dans l’agglomération de Dakar (Source : @pressafrik_group)

Les faits

Une dispute amoureuse sur fond de jalousie, entre Fatou Mar 31 ans et Mame Diarra Fall, une domestique de 23 ans, a abouti à un dépôt de plainte d’Adji Matam Diop, l’employeuse de cette dernière, le 24 juillet, pour injures et menaces de mort à l’encontre de son fils, auprès de la brigade de recherches de Keur Massar (Rufisque), dirigé par l’adjudant-chef El Hadji Abdou Aziz Gning.

Il s’agit du même peloton de gendarmerie qui s’etait illustré lors de l’arrestation pour « actes contre-nature » du célèbre animateur de télévision Pape Cheikh Diallo, le 7 février dernier.

Or, l’enquête qui aurait pu rester circonscrite pour des faits de violences a été étendue suite à des perquisitions téléphoniques et à des aveux, amenant à de nouvelles arrestations.

Les risques encourus par les accusées

Depuis le mercredi 29 juillet, ce sont désormais 8 femmes au total qui se retrouvent accusées pêle-mêle « de détention et de diffusion d’images ou d’écrits contraires aux bonnes mœurs, d’injures publiques commises via un système informatique, de menaces de mort sans ordre ni condition, de menaces de violence et d’agression, d’actes contre nature, de proxénétisme, d’offre ou de fourniture de stupéfiants, d’incitation de mineurs à la débauche, d’enlèvement de mineurs et défaut de possession d’un certificat de santé », selon nos confrères de Seneweb dans son édition en langue anglaise du 31 juillet.

Ensemble, elles sont également poursuivies par le juge de la deuxième chambre du Palais de justice de Pikine Guédiawaye pour association de malfaiteurs et elles risquent selon les qualifications finalement retenues par la justice jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et 10 millions de FCFA d’amende (15 000 euros) pour le seul chef « d’actes contre nature » (article 319 modifié du Code pénal), qui est aussi le chef d’accusation le plus lourd.

En vertu de l’article 5 de la loi n° 65-60 du 21 juillet 1965 du Code pénal, le Sénégal applique le principe de non-cumul des peines : « En cas de commission de plusieurs crimes ou délits, la peine la plus forte est seule prononcée ».

Une volonté sérophobe de nuire

Enfin, les inculpées ont toutes été soumises à des tests de sérologie de dépistage du VIH qui se sont tous révélés négatifs selon Seneweb. Or, il est aujourd’hui documenté que les autorités judiciaires sénégalaises imposent presque systématiquement ces tests en cas d’inculpation pour « actes contre-nature », afin d’alourdir les poursuites pour « transmission volontaire » du VIH. Ici, ça n’a pas pu être le cas.

De plus, scientifiquement il est démontré que les femmes ayant exclusivement des rapports sexuels avec des femmes présentent, d’après les connaissances actuelles, un risque de transmission sexuelle du VIH parmi les plus faibles, même s’il n’est pas nul.

Pour l’heure, ces 8 femmes bénéficient de la présomption d’innocence en l’absence de jugement et de condamnation définitive.

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