Afrique subsaharienne

Cameroun : Libération de 3 jeunes femmes incarcérées pour tribadisme

Le 10 juin 2026 marque la libération de 3 jeunes femmes injustement emprisonnées à Yaoundé pour « suspicion d’homosexualité ». Leur arrestation, le 20 novembre 2025, avait été orchestrée à travers un guet‑apens en ligne, révélant une fois de plus les méthodes intrusives et discriminatoires utilisées contre les personnes LGBT+ au Cameroun.

L’homosexualité y est d’ailleurs punie en vertu de l’article 347-1 du Code Pénal. Cet article stipule : « Est punie d’un emprisonnement de 6 mois à 5 ans et d’une amende de 20 000 à 200 000 francs CFA, toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe ».

Prison Centrale de Yaoundé à Kondengui (@Joël Didier Engo sur le Club de Médiapart)

Par Steeve Winner

Des méthodes d’arrestation insidieuse et un procès expéditif

Les forces de l’ordre ont piégé Adèle (27 ans) via un faux profil sur un site de rencontres qui a servi d’appât. Interpellée dès son arrivée sur le lieu du rendez‑vous, son téléphone a été fouillé, permettant l’arrestation de ses deux camarades :

  • Nad, 33 ans, coiffeuse (pseudonyme) et Syl, 28 ans, commerçante (pseudonyme).

Toutes 3 ont été condamnées à 6 mois de prison en vertu de l’article 347‑1 du Code pénal, qui criminalise les relations sexuelles entre personnes de même sexe.

Aussi, leur libération était conditionnée au paiement d’amendes totalisant 360 000 Francs CFA (548,82 euros) , faute de quoi leur détention aurait été prolongée.

Des conditions de détention éprouvantes

Durant leur incarcération à la prison centrale de Yaoundé sis à Kondengui, les 3 jeunes femmes ont vécu dans des conditions sommaires :

  • absence totale de visites familiales,
  • manque d’alimentation,
  • isolement et stigmatisation,
  • ressources matérielles insuffisantes.

En dépit de ce qu’elles ont dû endurer, elles ont fait preuve d’un esprit de résilience remarquable.

Une liberté au goût d’amertume

Depuis leur libération le 10 juin, une nouvelle réalité s’impose :
Les 3 jeunes femmes sont à présent libres, mais sans ressources et sans logement pour pouvoir se réinsérer.

Rejetées par leurs familles respectives, elles sont temporairement hébergées chez une connaissance, une solution précaire qui ne peut guère durer. 

Aussi, elles ont besoin de toute urgence :

  • d’un cadre de vie sûr et stable,
  • d’un soutien matériel de base,
  • d’un accompagnement pour relancer une activité économique.

Un besoin de dignité qui s’exprime par le travail et l’activité économique

Toutes 3 expriment un besoin pressant à pouvoir exercer une activité économique dans leurs domaines de prédilection :

  • Nad espère rouvrir son salon de coiffure,
  • Adèl et Syl veulent relancer un petit commerce de vêtements, leur seule source de revenus avant leur arrestation.

Un cas emblématique de la criminalisation des personnes LGBT+ au Cameroun

L’affaire de ces 3 jeunes femmes illustre la persistance de la criminalisation et des violences institutionnelles envers les personnes LGBT+ au Cameroun. Mais elle met également en lumière des pratiques policières, des manquements à l’Etat de droit, ainsi que la banalisation des discriminations contre les tribades :

  • l’usage de faux profils et de guet‑apens,
  • la surveillance numérique ciblée,
  • la violation du droit à la vie privée,
  • la stigmatisation sociale et familiale.

Cependant, leur libération ne met pas fin à toutes les formes d’injustice et elle révèle au contraire l’urgence d’un accompagnement humain, social et économique.

Un appel à la solidarité

La sortie de prison de Nad, Adèl et Syl doit être suivie d’un soutien concret. Elles ont besoin d’un logement, de sécurité, de moyens de subsistances et de ressources afin de relancer une activité économique. Il en va d’un avenir digne et sécurisé à leur offrir.

Ainsi, nous appelons à la mobilisation, les organisations de défense des droits humains, les partenaires diplomatiques, les acteurs humanitaires et la société civile camerounaise et internationale, car ces 3 jeunes femmes ne doivent pas passer de la prison à la rue. Leur histoire doit au contraire devenir un signal d’alarme et un moteur d’action contre la criminalisation des personnes LGBT+ au Cameroun.

Steeve Winner est une journaliste camerounaise couvrant l’actualité des droits LGBT+ dans son pays sous ce pseudonyme. Elle est joignable à l’adresse suivante : info@76crimes.com.

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