Afrique subsaharienne

Sénégal : Bientôt un total de près de 400 personnes arrêtées pour homosexualité ?

Le 30 avril 2026, le sulfureux journaliste Pape Ndiaye, qui est un intervenant et chroniqueur judiciaire de la chaîne de télévision Walf TV, indiquait que près de 319 homosexuels présumés avaient été arrêtés en moins de 3 mois depuis le début de l’année, égrénant le nombre d’inculpés à chaque dossier. Entre-temps, les arrestations n’ont pas faibli.

Vendredi 12 juin, 6 nouvelles arrestations ont eu lieu à Linguère dans le centre du Sénégal, dans le cadre d’investigations en lien avec l’inculpation pour actes contre-nature de Matar Ndiaga Seck le mois dernier. Ce dernier longtemps présenté comme une éminence grise d’Ousmane Sonko – l’actuel président de l’Assemblée Nationale – est son propre ami d’enfance. Les 6 personnes interpellés sont à présent poursuivis à leur tour pour actes contre-nature et 4 d’entre elles, séropositives, le sont également pour transmission volontaire du VIH, selon nos confrères sénégalais du journal, le Soleil.

Pour rappel, depuis le 31 mars, les actes « contre-nature » sont passibles de 05 à 10 ans de prison au Sénégal avec jusqu’à 10 millions de francs CFA d’amendes (15 000 euros). Le délit d’apologie d’actes «contre-nature» est passible de 03 à 07 ans de prison et jusqu’à 5 millions de francs CFA d’amendes.

Le ténor du barreau de Dakar, Me El Hadji Moustapha Diouf refuse de défendre des accusés homosexuels

La volonté de nuire avant tout

Erasing 76crimes : « Quels sont les ressorts des vagues d’arrestations actuelles ? »

Mouhamadou : « Il y a tout d’abord une volonté évidente et manifeste de nuire. Et personne est à l’abri. L’arrestation de Matar Ndiaga Seck avant son départ à La Mecque en est la preuve la plus flagrante. Il a été mis en examen sur la foi d’échanges par messagerie avec un amant, remontant à la période 2010-2013. A chaque fois, ce sont des cadavres que l’on va déterrer des placards pour alimenter un dossier pénal, à charge. »

Ce sont des gens parfois brillants qui sont brisés, comme ce médecin du Centre National de Transfusion Sanguine de Dakar, accusé à tort de polluer des poches de sang avec le VIH et dont l’arrestation avait été très médiatisée au printemps.

A contrario, ce sont des milliers de délinquants qui lors de l’Aïd sont libérés chaque année, graciés par le président de la République du Sénégal.

Mon pays connaît une inversion des valeurs et on libère des places en prison pour y entasser des innocents dont le seul tort est d’aimer des personnes du même sexe ou d’avoir consenti à des rapports sexuels consentants avec des personnes du même genre ».

Des personnalités publiques qui jettent de l’huile sur le feu

Erasing 76crimes : « Quels sont les protagonistes de cette répression au Sénégal ? »

El Hadji Moustapha Diouf

Mouhamadou : « Sans les citer dans l’ordre, il y a le célèbre ténor du barreau de Dakar et avocat d’Hissène Habré [NDLR : ancien président tchadien poursuivit pour complicité de crimes contre l’humanité, actes de tortures et de barbarie], Me El Hadji Moustapha Diouf, qui s’esclaffe dans les médias pour dire qu’il ne prendra jamais le dossier d’un accusé présumé homosexuel. En tant qu’avocat, il invoque même « un cas de conscience » à la télévision.

Pourtant en y regardant de plus près, c’est une personnalité publique qui a déjà été condamné en appel à 6 mois de prison avec sursis en France, en 2014, pour une agression sexuelle survenue le 21 mars 2012 dans un cabinet d’avocat. Il ne s’agit pas du tout d’un modèle paré de vertus morales contrairement à ce que ces déclarations pourraient laisser entendre, mais ce n’est pas le seul ».

Ousmane Sonko

« On peut citer l’ex-premier ministre et actuel président de l’Assemblée Nationale, Ousmane Sonko, lui-même. Il pourfend l’Occident défendeur des homosexuels et entend protéger la souveraineté nationale sénégalaise en matière de culture et de moeurs, alors qu’il a été condamné pour corruption de la jeunesse dans le dossier qui l’oppose à la plaignante Adji Sarr, avant d’être amnistié par Macky Sall« .

[NDLR : Le 22 mai Ousmane Sonko au cours d’une séance de questions d’actualité au Parlement sénégalais a déclaré : « Il y a un petit noyau qui s’appelle l’Occident qui veut l’imposer au reste du monde »].

Guy Marius Sagna (devenu mahométan en 2024, il se fait appeler dès-méshui Mouhamed)

« C’est un député du PASTEF d’Ousmane Sonko pour la circonscription de Ziguinchor qui multiplie les déclarations fracassantes contre les droits LGBT+ ».

[NDLR : Répondant le 19 mai sur un facebook live aux critiques de l’eurodéputée Manon Aubry, concernant les droits LGBT+ au Sénégal, il a rétorqué que ses collègues européens devaient « commencer par libérer l’Europe de l’impérialisme et de son racisme »].

« Cependant, loin d’être un parangon de vertus, il a eu un enfant hors mariage lors d’une liaison adultérine, alors que l’adultère est un délit au Sénégal » (articles 329 à 331 du Code Pénal).

Mame Mactar Gueye

« C’est le plus fantasque de tous, je ne veux même pas savoir ce qui lui passe par la tête. Il évoque en permanence une liste de plus de 600 homosexuels qu’il aurait remis à la justice. Mais à mon avis, tout cela est faux, à moins qu’il ait eu des rapports sexuels en personne avec eux. D’ailleurs la loi sénégalaise interdit à un particulier la collecte de ce type de données ou de fichiers ».

[NDLR : capter ou transmettre des données personnelles sans consentement est une atteinte grave à la vie privée sanctionnée à l’article 363 bis du Code Pénal sénégalais ; la conservation non autorisée de fichiers est sanctionnée à l’article 431-7 à 431-65 du Code Pénal portant sur la cyber-criminalité. Pour l’ensemble de ces infractions Mame Mactar Gueye est normalement passible de 5 ans de prison et de 5 millions de francs CFA d’amendes, soit environ 7600 euros].

La situation des lesbiennes sénégalaises

Erasing 76crimes : « Est-ce que des lesbiennes ont été arrêtées depuis l’intensification des raids policiers contre la communauté LGBT+ sénégalaise ? »

Mya : « Non, pas pour l’heure, mais le durcissement de la législation au Sénégal concerne également les lesbiennes et la pression sociale sur elle n’est pas moindre. Par contre médiatiquement elles sont davantage invisibilisées ».

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