La Kréyòl Pride va se tenir en Guadeloupe en juillet prochain. C’est un collectif qui regroupe entre autres Secret’s Out avec l’appui technique de Queer Super Power (QSP). D’autres associations prennent part à la Kréyòl Pride parmi lesquelles Queer Gang ou encore Trans’Actions Guadeloupe. Notre action s’inscrit en collaboration avec le tout récent Centre LGBT+ local dont le nom est la Maison des Diversité et de l’Inclusion (M.D.I), ainsi que le Bokantaj Inclusion French West Indies (BIFWI) qui est une fédération d’organisations régionales, agissant en faveur des droits humains et en soutien aux groupes sociaux les plus vulnérables, après plusieurs années de tumultes.
Cette nouvelle édition, placée sous l’égide d’une large plateforme, affiche une volonté de cohésion qui ne se dément pas, après les cacophonies des années précédentes.

Fédérer les énergies
Erasing 76crimes : « Quels sont vos objectifs pour la Kréyòl Pride et à quoi répondent-ils ? Aussi, qu’est-ce qui vous a amené à choisir cette dénomination et avez-vous songé à agrémenter cette marche de festivités en amont ? »
Leïla (pseudonyme) de Secret’s Out : « L’objectif est de parvenir à fédérer les personnes LGBTQIA+, la population locale, ainsi que les alliés, y compris parmi la diaspora.
En Guadeloupe, je mène depuis plusieurs années des interventions de lutte contre l’homophobie, notamment en prison. De plus j’ai participé à un colloque à l’Université des Antilles, sur le campus de Fouillole, sur les LGBTphobies. Qui plus est, j’ai déjà fait des actions de sensibilisation auprès des personnels d’encadrement du rectorat.
En outre, avec Queer Gang, jusqu’à l’an dernier, nous organisions des afterworks, chaque mois, baptisés Kaz Queer, qui ne vont pas tarder à reprendre bientôt.
Dans ce contexte, cela fait déjà quelques années que nous sommes identifiés par les différents interlocuteurs de la puissance publique.

Ainsi, tandis que les militants LGBTQIA+ réunionnais organisent chaque année une marche des fiertés et que la Martinique organise de son côté un festival [NDLR : en 2024 la mairie de Fort-de-France a fait annuler la programmation] ; à notre niveau, nous pensons qu’une marche dans les rues peut également faire sens ici en Guadeloupe, tel un aboutissement du travail déjà accompli, en complémentarité des autres actions déjà mises en place.
[NDLR : Pour rappel, la ligne d’écoute Voix Arc-En-Ciel portée par l’association Amalgame Humani’s a vu le jour en 2019 et Secret’s Out a vu le jour le 28 Février 2022. Enfin le premier Centre LGBTQIA+ de Guadeloupe reconnu par l’Etat, baptisé Maison des Diversités et de l’Inclusion a ouvert ses portes le 24 avril 2024. Un an plus tard, la ministre de l’Egalité et à la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, fera l’objet d’intimidations et de menaces à connotation sexistes et homophobes, au cours d’un déplacement aux Antilles, alors qu’elle venait annoncer une rallonge financière pour viabiliser la Maison des Diversités].
Notre but est de faire mentir ceux qui disent que les mentalités en Guadeloupe ne sont pas encore prêtes. Et l’on peut compter pour ce faire sur la visibilité que l’on va faire fructifier à plusieurs dans les médias, car l’on a patiemment construit une synergie inter-associative pour faire vivre la Kréyòl Pride ».
Estelle Prudent de Queer Super Power : « Plusieurs personnes ont participé des espaces de visibilité par le passé, on ne remet pas cela en question. Néanmoins aujourd’hui, l’idée est d’avoir une fédération autour d’un mouvement collectif et non pas d’avoir un mouvement autour d’une personne. On pense que c’est la condition indispensable de la mobilisation. Ce que nous faisons est historique. »
Leïla (pseudonyme) de Secret’s Out : « En ce qui concerne la dénomination de Kréyòl Pride, nous voulions un terme ou une expression qui reflète notre identité historique et sociale, ainsi que nos brassages, c’est pour cela que l’appellation de Kréyòl Pride est celle qui a nous paru la plus naturelle ».
Estelle Prudent de Queer Super Power : « Il y aura autour de la Kréyòl Pride un mois de festivités qui incluent, un vernissage, un finissage, un ciné-queer, mais aussi une conférence, des performances artistiques de danse et de poésie, ainsi que des ateliers participatifs.
Enfin, on fera également beaucoup la fête avec des balls et des soirées, sans oublier la prévention et la sensibilisation face aux discriminations qui seront animées par des organisations militantes autour d’un village associatif. Tout le déroulé de la programmation est en ligne, même si des annonces interviendront ultérieurement sur les réseaux sociaux, car on tient à garder le suspens auprès du public ».
Des choix organisationnels audacieux
Erasing 76crimes : « Pourquoi avoir retenu le choix d’une saisonnalité de la Kréyòl Pride en plein mois de juillet ? En savez-vous plus quant à la date ? »
Leïla (pseudonyme) de Secret’s Out : « Beaucoup d’Antillais vivant à l’extérieur reviennent au pays au cours des mois de Juillet et Août, notamment les jeunes. Finalement, cette période de l’année est un des rares moments de brassage où la diaspora rencontre les locaux et où les familles se retrouvent. On souhaite profiter de cette énergie en attirant les familles et en réunissant tous les âges ».
[NDLR : Le 23 mai la date de la Kréyòl Pride a été annoncée pour le 25 juillet 2026.]

Erasing 76crimes : « Pourquoi le choix de Basse-Terre, plus qu’une autre ville en Guadeloupe ? »
Leïla (pseudonyme) de Secret’s Out : « Initialement, je pensais plutôt à Jarry à Baie-Mahault. Cependant, la Kréyòl Pride reste le produit d’une réflexion collective autant que le fruit de l’accueil que lui porte les édiles de Guadeloupe et il se trouve qu’à Basse-Terre, le projet a reçu un accueil enthousiaste.
Puis à Basse-Terre, d’un point de vue logistique, il y a la possibilité pour nous en tant qu’organisateur d’avoir un char, avec de la musique. Cela a définitivement fait pencher la balance en faveur du paisible chef-lieu de la Guadeloupe, sis sur les pentes de la Soufrière, dans un écrin de verdure qui fait face à l’océan ».
Estelle Prudent de Queer Super Power : « Il y a aussi l’historicité de la ville qui est entrée en ligne de compte ». [NDLR : Basse-Terre est une ville de 10000 habitants classée ville d’art et d’histoire. Elle abrite les fortifications du Fort Delgrès, ainsi qu’un théâtre national. Un des rares en Outre-mer ».
Erasing 76crimes : « Enfin, quid de l’ancrage économique de l’évènement avec des partenaires locaux, tels que le Comité du Tourisme des Îles de Guadeloupe ou la Chambre de Commerce et de l’Industrie ? »
Estelle Prudent de Queer Super Power : « Il y a des appels à projets en cours. On a construit plusieurs ponts avec des contacts grâce aux autres organisations qui prennent part à la Kréyòl Pride. On attend des retours. On attend incessamment sous peu une réponse claire ».
Vous pouvez soutenir la Kréyòl Pride en faisant un don ou en accordant un peu de votre temps pour la mise en place des festivités, en le faisant savoir ici.
