Une agression en meute contre un défenseur des droits des personnes LGBTQ+ à Yaoundé, au Cameroun, dans la nuit du 13 au 14 juin 2026, illustre les risques permanents auxquels s’exposent ceux qui œuvrent en faveur des citoyens stigmatisés de ce pays.

Drapeau camerounais
Par Jean-Jacques Dissoke Maniben
Les défenseurs des droits humains sont toujours menacés
La victime, que nous appellerons ici Patrick, se cache actuellement, dans l’espoir de pouvoir bénéficier d’une aide d’urgence de la part de partenaires financiers internationaux de son organisation.
Soucieux de sa sécurité, il n’a autorisé ni la mention de son nom ni celle de son organisation dans cet article. Cette organisation, membre de la coalition « Unity Platform » qui regroupe 34 organisations de défense des droits des personnes LGBT+, est bien connue des militants camerounais.
Patrick a été agressé par un individu qu’il avait rencontré quelques semaines plus tôt, alors que des jeunes du quartier l’ont surpris dans une situation compromettante avec un autre homme.
Alertés par les cris de Patrick pendant qu’un attroupement hostile se formait, des riverains se sont impliqués dans cette attaque, afin d’exiger que les passants lui infligent une sévère « correction », pour immoralité.
Pour échapper à la foule en colère, Patrick s’est enfui de son domicile pour trouver refuge dans les bureaux de son organisation.
A présent, il a peur de retourner dans son quartier, même si une voisine compatissante a verrouillé la porte de son logement et lui a rendu la clé.
« Je sais que je n’en sortirai pas vivant si j’y remets les pieds », a déclaré Patrick.
Quelques jours après l’agression, sa propriétaire a informé ce dernier qu’elle ne renouvellerait pas son bail et qu’il devrait libérer les lieux de ses effets d’ici le mois d’août.
Désormais, Patrick cherche à lever des fonds pour pouvoir élire domicile ailleurs. Mais jusqu’à maintenant, les bailleurs de fonds de l’ONG pour laquelle il travaille ne lui ont envoyé que des messages de soutien et d’encouragement et non de l’argent.
Aujourd’hui, sa situation illustre la réalité à laquelle sont confrontés de nombreux défenseurs des droits de l’homme au Cameroun :
- des attaques ciblées
- des menaces de la part du voisinage
- des expulsions locatives soudaines
- l’absence de mécanismes de protection ainsi qu’une précarité extrême en matière de logement
Dans un pays où l’homosexualité reste criminalisée, ces défenseurs des droits LGBT+ sont exposés à des risques sécuritaires plus que quiconque.
Par exemple, de nombreux militants se souviennent encore du meurtre brutal du militant et journaliste Eric Ohena Lembembe en 2013. Or, Lembembe écrivait pour « Erasing 76 Crimes ».
Cependant, des militants avertis indiquent que Patrick a pris plusieurs mesures judicieuses après l’attaque :
- Mesures de sécurité immédiates : quitter son domicile et se réfugier au bureau.
- Documentation de l’attaque : description des faits, des menaces et des risques.
- Signalement en interne : alerte de son organisation et de ses partenaires.
- Recherche d’un soutien institutionnel : demande d’aide pour un relogement sécurisé.
« Je n’ai plus de domicile, plus de sécurité, plus de stabilité, mais le relogement est une urgence vitale pour ma reconstruction», a déclaré Patrick.