Afrique subsaharienne

Cameroun : La communauté LGBT+ pleure la disparition de Doloresse pionnière transgenre

La communauté transgenre camerounaise est en deuil. Doloresse, figure emblématique de la visibilité trans au Cameroun, a été retrouvée égorgée le matin 12 mai 2026 à Yaoundé. Selon les premières informations recueillies, l’auteur du crime demeure non identifié, et les circonstances exactes de l’assassinat restent encore floues. Les autorités n’ont pour l’instant communiqué aucun détail officiel, tandis que la communauté LGBTQI+ exprime choc, colère, peur et profonde tristesse.

L’annonce du décès de Doloresse a créé une vague d’émoi sur les réseaux sociaux au sein des communautés afro-queers.

Par Jean Jacques DISSOKE

Une pionnière de la visibilité trans au Cameroun

Doloresse n’était pas une femme trans comme les autres : elle était parmi les premières au Cameroun à avoir fait son coming out publiquement, à une époque où la simple expression de l’identité de genre exposait à des violences extrêmes. Son courage avait marqué une génération entière d’activistes, de jeunes trans et de défenseurs des droits humains.

Une vie marquée par les supplices, les violences et les humiliations

Cependant, n’oublions pas que la vie de Doloresse fut un long parcours émaillé de souffrance et de résistance.
Ainsi, elle a connu :

  • des violences physiques répétées, souvent commises en toute impunité ;
  • des arrestations arbitraires, motivées par la transphobie institutionnelle ;
  • des détentions abusives, dont la plus marquante fut son incarcération à la prison centrale de Yaoundé – Kondengui ;
  • le rejet familial, qui l’a contrainte à survivre seule, dans un environnement hostile ;
  • la stigmatisation sociale permanente, qui l’a suivie dans l’espace public et enfin dans les quartiers où elle tentait de vivre.

Son passage à la prison centrale de Kondengui avait profondément ému les organisations de défense des droits humains. Elle y avait été défendue par Maître Alice Nkom, figure historique de la lutte pour les droits des minorités sexuelles et de genre au Cameroun.
Cette affaire avait révélé au grand jour la brutalité des traitements infligés aux personnes trans dans le système carcéral camerounais.

Un symbole de résilience brisé par la violence

Malgré les humiliations, les coups, les arrestations et les rejets, Doloresse avait continué à vivre avec dignité, à affirmer son identité et même à soutenir d’autres personnes trans plus jeunes qu’elle.
Elle était devenue, malgré elle, un symbole de résilience, un visage familier dans les réseaux communautaires, puis une mémoire vivante des luttes trans au Cameroun.

A présent, son assassinat brutal vient rappeler la vulnérabilité extrême dans laquelle doivent vivre les personnes trans au Cameroun, exposées à la violence sociale, policière et institutionnelle. Une violence qui tue.

Une communauté sous le choc, un appel à la justice

Depuis l’annonce de sa mort, les messages de tristesse et d’indignation affluent.
Aussi, les organisations de défense des droits humains dénoncent :

  • un climat de haine alimenté par la transphobie sociale ;
  • l’absence de protection des personnes trans ;
  • l’impunité qui entoure les violences motivées par l’identité de genre ;
  • le silence assourdissant des autorités face aux crimes visant les minorités sexuelles et de genre.

Pour finir, elles appellent à une enquête impartiale, transparente et rapide, afin que justice soit rendue à Doloresse et que son meurtre ne rejoigne pas la longue liste des crimes jamais élucidés.

Doloresse et son ancien compagnon Franky en 2013 (Photo d’Eric O. Lembembe) »

Commentaires de l’auteur

Doloresse laisse derrière elle un héritage immense : celui d’une femme qui, malgré les persécutions, a osé être elle-même dans un pays où cela relève encore de l’héroïsme. Son assassinat est une perte immense pour la communauté trans, mais aussi un rappel brutal de l’urgence de protéger les vies trans au Cameroun. Son nom, son parcours et son courage continueront d’inspirer celles et ceux qui luttent pour un monde où personne ne devrait mourir pour avoir simplement existé.

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