Afrique subsaharienne

Cameroun : Une agression transphobe qui en illustre tant d’autres

Yas (pseudonyme) est une femme transgenre sans domicile fixe vivant à Douala au Cameroun. Anxieuse, elle vit un stress post-traumatique depuis le guet-apens qu’on lui a tendue en ce début de mois d’avril. A ce jour, les coupables courent toujours, tandis que Yas apeurée ne sort pratiquement plus de chez elle. A tout moment, elle craint qu’un nouveau drame ne survienne.

Yas, une femme transgenre sans domicile fixe, allongée sur un lit de fortune à Douala, au Cameroun.

Par Steeves Winner

Un guet-apens transphobe

Tout a commencé par un appel téléphonique confus d’un inconnu qui s’est présenté comme un « ami d’enfance » désireux de pouvoir renouer après un long intermède, raconte-t-elle.

Après avoir insisté pour la rencontrer, l’individu s’est finalement présenté à l’entrée de la masure de Yas, accompagné de deux forbans.

La situation a ensuite rapidement dégénéré : les 3 hommes ont tenté d’ameuter le quartier, pour créer un attroupement en vue d’humilier publiquement Yas, questionnant à haute voix son identité de genre, dans l’espoir de faire envenimer davantage les choses.

Soudain, alors que 2 complices tentaient de l’intimider et de la déstabiliser, Yas a été bousculée par un troisième, avant d’être traînée au sol, échappant de peu à une tentative de la dévêtir de force.

Finalement, elle en a réchappé avec quelques abrasions mineures, néanmoins, l’état de choc et de sidération n’ont pas disparu.

« Le pire peut advenir sans crier gare et la peur ne s’est toujours pas dissipée », déplore-t-elle, décrivant un climat de harcèlement permanent, y compris sur les réseaux sociaux.

Cette agression loin d’être isolée met en lumière la vulnérabilité des personnes transgenres au Cameroun, qui sont exposées à la violence physique, psychologique et sociale, tandis qu’aucun témoin n’a daigné essayer intervenir, préférant observer avec passivité les pires exactions.

La situation sociale et humanitaire de Yas

76Crimes a déjà rendu compte des difficultés extrêmes rencontrées par Yas pour pouvoir trouver un refuge et bénéficier de soins de santé après avoir été rejetée par sa famille, dans un contexte de recul inédit du soutien international aux services destinés aux personnes LGBT+.

Or, au Cameroun, les personnes transgenres sont souvent poursuivies en vertu des mêmes dispositions pénales que celles servant à condamner l’homosexualité.

En effet, l’article 347-1 du Code pénal prévoit jusqu’à 5 ans de prison pour toute personne qui aurait des rapports sexuels avec un individu du même sexe, en sus d’amendes. Néanmoins, une interprétention étendue de la loi amène aussi à condamner les personnes transgenres, en fonction de critères comme l’apparence ou l’expression publique de genre.

Dans ce contexte, la situation de Yas illustre de manière frappante le besoin urgent de renforcer les mécanismes de protection des minorités sexuelles et de genre au Cameroun, ainsi que la nécessité d’apporter un soutien psychosocial et juridique aux victimes.

Alors que la stigmatisation est institutionnalisée et que les agressions ne reculent pas, chaque témoignage permet de documenter les abus auxquels font face les personnes transgenres tous les jours.

Steeves Winner, l’auteur de cet article, est un journaliste camerounais qui écrit sous un pseudonyme. Vous pouvez le contacter à l’adresse de courriel suivante : steeves.w@yahoo.com.

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