Afrique subsaharienne

Editorial : Je refuse de rester silencieux alors que le Cameroun détruit la vie des homosexuels

Au Cameroun, l’IDAHOBIT n’est pas une fête, c’est une gifle.

La Journée internationale contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie (IDAHOBIT) est célébrée chaque année le 17 mai afin de sensibiliser le public aux violations des droits des personnes LGBT+ et de célébrer la diversité sexuelle et de genre. Cette date a été choisie pour commémorer la décision prise par l’Organisation mondiale de la santé le 17 mai 1990 de retirer l’homosexualité de la classification internationale des maladies.

Image tirée d’un rapport de la Plateforme Unity, sur les violations des droits humains à l’encontre des personnes LGBT+ au Cameroun

Par Jean-Jacques Dissoke-Maniben

Maintenir plus que jamais une faculté d’indignation face aux difficultés à venir

Je refuse de me taire. En ce 17 mai 2026, Journée internationale contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie, je crie ma colère. En effet, au Cameroun, cette journée n’est pas une fête, c’est une gifle. Ici, l’homosexualité reste criminalisée par l’article 347-1 du Code pénal et par l’article 83 de la loi de 2010 sur la cybercriminalité et la cybersécurité. Derrière ces textes se cachent des vies brisées, des corps meurtris et des esprits détruits.

Je pense aux plus de 1 000 victimes de violences homophobes, aux personnes LGBT+ emprisonnées, humiliées, privées de liberté, à celles qui ont été assassinées, rejetées, discriminées et chassées des hôpitaux, des écoles et des lieux de travail. Je pense à celles et ceux qui survivent dans des conditions précaires et déplorables, abandonnés par l’État et par une société qui leur nie l’existence.

Je pense également aux militants et aux organisations de défense des droits humains qui se battent chaque jour pour protéger leurs communautés, mais qui sont attaqués et intimidés. Trop d’organisations ont dû fermer leurs portes, étranglées par le manque de soutien financier, acculées par l’insécurité persistante ainsi que les pressions sociales, politiques et religieuses. Pendant ce temps, les financements s’amenuisent, les droits humains s’effondrent et les partenariats proposés ne répondent pas aux besoins réels des communautés.

Je le dis donc sans détour : où sont les partenaires techniques, financiers et diplomatiques ? Comment peut-on encore justifier que des leaders qui portent la voix des laissés pour compte, soient laissés seuls, en première ligne face aux menaces, alors qu’on leur dénie l’obtention d’un visa quand ils cherchent protection ?

L’IDAHOBIT ne doit pas rester une simple date symbolique. C’est un moment d’action militante radicale, un appel urgent à répondre aux besoins des communautés, à soutenir les organisations locales et à garantir leur sécurité et leur survie. C’est aussi un hommage aux leaders LGBT+ du Cameroun qui, malgré la peur et les obstacles, continuent d’œuvrer pour faire avancer la cause.

Je refuse le silence. Je refuse l’indifférence. Je refuse l’hypocrisie des discours creux. Les droits des personnes LGBT+ sont des droits humains universels. Et tant que le Cameroun continuera à les nier, je continuerai à dénoncer et à exiger des changements. Parce que chaque vie compte. Parce que chaque voix mérite d’être entendue. Parce que l’humanité ne peut se construire sur l’exclusion de l’autre et la haine.

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