Afrique subsaharienne

COMMUNIQUE DE PRESSE : APRES LA MARCHE DE LA HAINE, LE SENEGAL A NU.

Des manifestants scandent leur haine des homosexuels à Dakar, le 23 Mai 2021.

Le Sénégal qui était autrefois un pays très stable, est en train de basculer sous les coups de boutoir de forces populistes d’extrême-droite, obscurantistes et homophobes. Dans plusieurs localités du Sénégal, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées le dimanche 23 mai 2021, à l’appel du collectif And Samm Djikko Yi (Unis pour la préservation des valeurs) sous le slogan « non à l’homosexualité ». A cette occasion, des débordements ont eu lieu et des personnes supposément LGBTI ont été l’objet d’exactions nombreuses.

L’on relève que plusieurs digues et verrous démocratiques ont sauté ou ont été battus en brèche et des dérives[1] extrêmement préoccupantes pour le futur du Sénégal ont pu être constatées, parmi lesquelles : 

  1. L’expression du suprémacisme islamiste, dans un état où se côtoie diverses confessions.
  2. La proclamation du soutien au terrorisme islamiste.
  3. L’exaltation à s’affranchir des institutions par la violence.
  4. Des incitations insistantes à persécuter et à incarcérer les personnes LGBTI.
  5. Des appels réitérés à perpétrer sous peu un génocide à leur encontre par crémation.

En outre, le financement de pareils cortèges de la haine, en divers points du territoire sénégalais ou encore l’expression de certains discours publics en arabe, dans un pays non-arabophone, pour la première fois dans l’histoire du Sénégal, ne cessent de nous questionner.

L’on relève aussi que l’extrémisme et l’homophobie progressent sur un terreau où il n’y a plus aucun contre-pouvoir semble-t-il :

  1. Aucun journal sénégalais ne s’est indigné des appels à l’holocauste
  2. Aucune organisation de la société civile n’a daigné réagir
  3. Aucun intellectuel ne s’est insurgé
  4. Le parquet n’a instruit aucune poursuite en dépit des apologies répétées du terrorisme

Enfin, le principal leader de l’opposition sénégalaise, Ousmane Sonko semble en phase avec les aspirations des islamistes qui souhaitent voir exterminer les personnes LGBTI au Sénégal. Or pour nous sénégalais, tout cela annonce un futur qui chancelle pour notre pays. Et nous appelons de nouveau l’Etat sénégalais à prendre l’ensemble de ses responsabilités pour mettre hors d’état de nuire, des éléments nuisibles à la vitalité démocratique de notre pays.

Aussi, nous ne nous faisons guère d’illusions quant à l’état de déliquescence de nos institutions et c’est pour cela que nous faisons appel aujourd’hui, à l’ensemble du camp démocratique à travers le monde, afin d’amplifier et d’élargir à une échelle sans précédent, la campagne mais aussi le périmètre et la nature des sanctions, envers les forces fondamentalistes qui promeuvent le terrorisme et le génocide des personnes LGBTI au Sénégal.

Souleymane DIOUF (pseudonyme), activiste sénégalais et fondateur du Collectif Free

collectiffree.urgence@gmail.com

Le Gosier, Guadeloupe, Antilles françaises, Caraïbes, le 26 mai 2021


[1] https://76crimesfr.com/2021/05/23/senegal-les-homophobes-paradent-a-dakar/


La rédaction de 76crimes a fait le choix que d’offrir à lire à son lectorat, le résumé de quelques observations et propos chocs tenus au cours de la marche hostile aux homosexuels, grâce à la contribution de Saliou Tandjigora (pseudonyme). Le résumé original a été reformulé à des fins de presse sans occulter ni l’essence ni le fond des propos tenus par les divers protagonistes mentionnés ci-dessous :

Oustaz Makhtar Sarr du collectif And Samm Djikko Yi (Unis pour la préservation des valeurs) dresse un bref rappel des mobilisations antérieures du collectif « non à l’homosexualité et à la franc-maçonnerie ». Selon lui le collectif a eu vent récemment d’un projet satanique visant à faire de Dakar, la capitale africaine des franc-maçons et des homosexuels. Le Sénégal étant une terre musulmane d’hommes pieux, le collectif ne pouvait faire preuve de passivité plus longtemps. Sarr a rappelé en outre que parmi ses hauts faits d’armes, le collectif était déjà parvenu par le passé, à faire censurer des clips jugés obscènes et à faire interdire de concert Rihanna au Sénégal. Aussi aujourd’hui, le collectif entend stopper net un complot franc-maçon pro-LGBTI, ourdi par des individus puissants tapis dans l’ombre des hautes sphères et des technostructures bureaucratiques de l’Etat sénégalais. De plus, Sarr ajoute dans une diatribe acerbe, que ce sont finalement les homosexuels et les défenseurs des droits humains souhaitant les voir protéger qui constituent eux-mêmes une menace et un trouble grave à l’ordre public. C’est pour cela, selon lui, qu’il advient de combattre les personnes LGBTI, sans relâche partout et en tout temps. Et si aujourd’hui un drapeau arc-en-ciel de la communauté LGBTI a été carbonisé en place publique en guise d’avertissement, demain, ce seront bel et bien les homosexuels eux-mêmes qui deviendront des torches incandescentes, si l’Etat ne surpénalise pas prochainement cette abomination, en continuant à faire la sourde oreille. A cet effet, le collectif ne se fera pas prier pour passer à l’acte.

Dr Boly Diop est le président de l’ordre des médecins du Sénégal. Il a déclaré que l’homosexualité est un trouble psychiatrique et psychologique. Pour lui, cela n’a aucun sens que d’adopter des lois devant servir à mieux protéger les personnes LGBTI, car il considère qu’il s’agit de malades mentaux qui ont besoin d’un traitement. Selon lui, l’homosexualité est un mal absolu doit être combattu « au péril de sa vie ».

Seyda Halima Kane est la porte-parole du Mouvement des femmes au sein du collectif And Samm Djikko Yi. Face à une foule galvanisée et surexcitée, elle en appelle chaque musulman à s’ériger en rempart contre les fléaux sociaux que sont l’homosexualité et la franc-maçonnerie, quitte à devoir en découdre avec l’Etat.

Abdou Faty et Dame Mbodj sont des représentants syndiqués du corps enseignant. Ils assurent qu’ils ne laisseront jamais l’Etat sénégalais et l’Unesco inculquer les valeurs de tolérance, de respect et d’inclusion de genre. Ils promettent de demeurer de zélateurs garants des valeurs traditionnelles, afin d’apprendre aux enfants à être homophobes dès leur plus jeune âge.

Abdou Karim Gueye est un polémiste d’extrême-droite. Il a prononcé un discours islamiste, avant de mettre le feu à un drapeau arc-en-ciel, sorti de son sac. Ce geste restera le clou du spectacle offert par les homophobes au cours de cette journée. Pour finir, il a aussi pris la défense d’imams incarcérés actuellement pour complicité d’association de malfaiteurs, en vue de commettre une entreprise terroriste et de porter atteinte à la sûreté de l’Etat sénégalais. En outre, il souhaite l’avènement au Sénégal d’une société similaire à l’Afghanistan des talibans où règnera la Charia ainsi que le port de la burqa pour les femmes.

Dr Abdoulaye Lame et Imam Galadio Ka, sont deux personnalités religieuses de premier plan qui se sont exprimés en arabe auprès de la foule, ce qui constitue une grande première dans l’histoire du Sénégal. Il n’y avait jamais eu jusqu’à lors de précédent en la matière, étant donné que le Sénégal n’est ni une société ni un pays arabe ou arabophone. (Pourquoi s’adresser à une foule majoritairement wolofophone et francophone en arabe ? Quels étaient les véritables destinataires de leurs discours ?) Quoi qu’il en soit, lorsqu’ils se sont exprimés en wolof, ils ont exigé des mesures intransigeantes et draconiennes à l’encontre des personnes LGBTI, accusées de tous les maux, avant d’exhorter les francs-maçons à cesser d’étendre leur influence sur la société sénégalaise.

Ababacar Mboup est le coordinateur du collectif « And Samm Djikko Yi ». Dans un discours aux relents génocidaires, il a dressé un état des lieux apocalyptique en mentionnant que la pétition exigeant la surpénalisation de l’homosexualité avait été signée par la plupart des khalifes des confréries religieuses du pays. Il a aussi demandé que l’Assemblée Nationale s’exécute au plus vite quant à l’examen de pareille proposition de loi.

Enfin, Ousmane Sonko, président du principal parti d’opposition à Macky Sall, le PASTEF, était aussi présent au milieu de ce sinistre cortège, pour apporter son soutien aux doléances d’une foule homophobe en délire, le portant aux nues, sous les ovations.


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