Afrique subsaharienne

Cameroun: un soutien croissant en faveur de la libération de Shakiro, célébrité trans

Depuis son arrestation à Douala, le 08 Février dernier, de plus en plus de défenseur.es des droits humains exigent la libération immédiate de Shakiro, une femme trans camerounaise, notoirement connue sur les réseaux sociaux. Après un mois placée en détention provisoire avec sa compagne d’infortune, Patricia, d’aucuns craignent un emprisonnement qui s’éternise. Pour rappel, Shakiro et Patricia ont été mises en examen, sous le chef d’inculpation d’homosexualité.

Shakiro (Photo de la déclaration de Pan-Africa ILGA)

Le 08 Mars dernier a marqué la célébration de la journée internationale des droits des femmes. Aujourd’hui, en ce 12 Mars, Pan Africa ILGA (PAI) joint sa voix à celles des organisations camerounaises, car une détention provisoire dans des conditions dégradantes n’est nullement indispensable, là où un simple placement sous contrôle judiciaire dans l’attente d’un procès est tout à fait possible. En effet, Shakiro et Patricia ont des droits comme toute personne justiciable et sont toujours présumées innocentes, tant qu’aucun tribunal n’a pu établir pour l’heure leur culpabilité.

A ce jour, une pétition réclamant leur libération, lancée par All Out, a d’ores et déjà reçu plus de 4100 signatures.

Quant à Pan Africa ILGA, qui est la branche régionale de l’Association internationale des lesbiennes, gays, bisexuel.les, trans et intersexes (ILGA) ; elle représente plus de 150 organisations de toute l’Afrique, travaillant en faveur des droits des personnes LGBTIQ. Ci-dessous, se trouve leur communiqué de presse paru ce jour, relatif aux différentes entorses aux droits de la défense ainsi qu’à l’inquiétante répression des personnes LGBTIQ au Cameroun.

Communiqué (édité) de Pan Africa ILGA quant à l’arrestation de la célébrité trans camerounaise Shakiro

Johannesburg vendredi 12 mars.

Pan Africa ILGA se joint aux militant.es LGBTIQ d’Afrique Centrale et d’Afrique de l’Ouest pour réclamer la libération immédiate de Shakiro et de Patricia, arrêtées par la gendarmerie de Nkoulouloun – Douala, le 08 février 2021.

Les deux amies ont été placées en état d’arrestation au motif d’une homosexualité présumée, après que les gendarmes leur ont demandées une pièce d’identité, qu’elles n’avaient pas sur elles. En outre, leur garde à vue a été entâchée de menaces et d’actes de torture à leur encontre. Le procès-verbal de leur audition a été rédigé à la va-vite sans leur laisser le temps de l’examiner avec attention. Les gendarmes leur ont enjointes de façon pressante de signer ce document, sans qu’elles n’aient pu exercer leurs droits en tant qu’accusées. Enfin, elles sont aujourd’hui détenues avec près de 30 prisonniers de sexe masculin, dans un réduit qui leur sert de cachot de 10 m2. Elles n’y trouvent même pas place où dormir.

«De plus, nous avons appris que Shakiro et Patricia n’avaient pas eu d’avocat à leur disposition pour faire valoir leur droit à une défense équitable dans l’attente d’un procès. En outre, elles ont été sciemment isolées de leurs proches, puisqu’elles n’ont pas pu recevoir la moindre visite, depuis le 08 Février 2021. Pendant ce temps, les menaces de mort émanant d’autres prisonniers n’ont cessé. L’angoisse de Shakiro et de Patricia en est même devenue paroxystique. Ainsi, c’est l’ensemble de leurs droits humains élémentaires et fondamentaux qui ont été baffoués, » constate Nate Brown, le directeur exécutif de Pan Africa ILGA.

Actuellement, le Cameroun est l’un des États africains où l’homosexualité demeure toujours illégale. D’ailleurs, la loi camerounaise prévoit des peines allant jusqu’à cinq ans de prison, pour pratiques homosexuelles. Les abus à l’encontre de la communauté LGBTIQ camerounaise sont monnaie courante et les exemples sont légion et pléthores au cours des dernières années. On peut citer de nom ainsi, Eva, Marie et Col, qui avaient été incarcérées à la prison centrale de Bertoua dans l’est du Cameroun durant plus de deux ans, avant de n’être libérées que récemment. Plus près de nous, à Kekem, en juin dernier, quatre gays avaient été molestés et battus, avant d’être placés eux-aussi en détention.

«Shakiro et Patricia malgré elles, illustrent ce que continuent de vivre les personnes LGBTIQ à travers l’ensemble du continent africain. Or, les abus et la haine envers les membres innocents de notre communauté doivent cesser impérativement. Qui plus est, le devoir fondamental d’un Etat digne de ce nom réside dans le respect des droits humains et la protection de ses citoyens en danger, » se désole et s’exclame Richard Lusimbo, le responsable de la programmation de Pan Africa ILGA.

Au moment de rédiger ces lignes, une pétition sur les réseaux sociaux émanant de Working for Wellbeing avait déjà été publiée en solidarité avec les deux femmes injustement incarcérées. Cette pétition s’adresse principalement au gouvernement du Cameroun, ainsi qu’à la Commission camerounaise des droits de l’homme et à la Direction des droits de l’homme de la MINJUSTICE. Cette pétition vise également à attirer l’attention de plusieurs organismes internationaux, en charge de missions d’observatoire des droits humains.

«De notre côté, nous, Pan Africa ILGA, nous nous joignons aussi aux efforts de Working For Our Wellbeing, ainsi qu’à ceux d’autres militants du Cameroun, afin de demander aux autorités camerounaises que de garantir les droits à la défense et d’apporter un minimum de sécurité et de bien-être à Shakiro et Patrica. Nous espérons que ces conditions puissent être réunies bientôt, afin que nous puissions entrevoir collectivement une issue plus favorable à leur demande de remise en liberté, dans l’attente d’un procès moins inéquitable, » déclare Nate Brown.

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