Amériques

Haïti : un futur chaque jour plus incertain pour les personnes transidentitaires

Logo de l’organisation transidentitaire ACIFVH (Action communautaire pour l’intégration des femmes vulnérables en Haïti)

Alors qu’en ce 07 Février 2021, Haïti est suspendue à la décision du président Jovenel MOISE de quitter ou non le pouvoir, Yaisah VAL, activiste transidentitaire pionnière dans son pays, nous livre ses impressions et analyses.

Propos recueillis au téléphone par Moïse MANOEL, le 06 Février 2021.

1. Peux-tu présenter ton organisation et nous dire qui tu es ?

Je suis Yaisah VAL. Mon organisation est A.C.I.F.V.H et je suis la première femme trans en Haiti à avoir fait ouvertement mon coming-out sur les ondes hertziennes.

Yaisah VAL.

Auparavant, il y avait toujours une confusion entre orientation sexuelle et identité de genre dans le débat public en Haïti.

Depuis 2016 et l’avènement d’A.C.I.F.V.H, nous faisons de la pédagogie, afin de dissocier ces deux enjeux. Aujourd’hui, notre objectif principal est l’inclusion politique sociale et culturelle, ainsi que médicale des personnes transidentitaires.

A cet effet, avec l’aide d’un bailleur, nous avons mis en place un refuge, afin d’accompagner les personnes transidentitaires en situation de rupture familiale dans leurs démarches administratives.

2. Peux-tu nous parler du refuge plus en détails ?

Logo de « Kay Trans Ayiti »

Le refuge s’appelle « Kay Trans Ayiti » (Maison des personnes transidentitaires d’Haïti). Il existe depuis 2 ans déjà et c’est notre fierté.

Quand les personnes trans commencent leur transition elles vivent des situations de rejet exacerbé en lien avec leur entourage.

Mais ici au refuge, elles bénéficient d’un accompagnement psychosocial et médical. Ainsi, nos pensionnaires sont nourries et logées et on leur assure des cours afin de remédier au décrochage scolaire.

3. Qu’en est-il du suivi à plus long terme ?

« Kay Trans » dispose de 20 places et avec le recul se pose la question du suivi à plus long terme du public-cible que nous recevons.

Pensionnaires de Kay Trans Ayiti (Dieu Nalio Chery / AP file)

Cet enjeu n’est pas apparu immédiatement, mais au fur et à mesure du temps, il se fait plus criant.

Aujourd’hui, nous sommes à la recherche d’une solution décente qui soit garante de la dignité humaine, en termes de solution pérenne d’hébergement.

C’est ce qui nous amène à faire du plaidoyer auprès des autorités afin de chercher à les sensibiliser, en vain, à ce jour.

4. Justement, venons-en à la politique. Il y a une situation de pays-lock (pays bloqué) et un grand flou entourant le maintien au pouvoir de l’actuel président, qu’en est-il ?

Je dirai qu’Haïti est un premier lieu bloquée en raison de l’insécurité grandissante qui affecte les déplacements de la population.

Chaque sortie à l’extérieur du domicile représente un risque renouvelé qui peut aboutir au drame.

Pendant ce temps, le banditisme se professionnalise, tandis que les gangs sont désormais organisés en cartel, dans un pays où les services publics ont baissé les bras.

Ensuite le blocage est politique. L’opposition souhaite le départ du président Jovenel MOISE ce 07 Février, tandis que le président actuel affirme que son mandat doit se prolonger d’un an encore.

En attendant, les syndicats proches de l’opposition débrayent et l’approvisionnement de la population en électricité en pâtit, comme l’ensemble de l’activité économique.

5. Qu’est-ce que tu retiens du mandat de Jovenel MOISE en tant que militante transidentitaire haïtienne ?

M. Jovenel Moïse, président d’Haïti (Photo de VOA par Wikimedia Commons)

Il y a eu ce décret en Juin 2020, relatif au changement d’état-civil. Cela a constitué une petite surprise. Il faut savoir qu’en Haïti, actuellement, il n’y a plus de chambre des députés, donc l’ensemble des décisions sont prises par le président par décret.

Ensuite, ce décret, je l’ai accueilli avec circonspection, car il est question de changement d’état-civil en lien avec un « changement morphologique », ce qui renferme une terminologie assez vague. De toutes les façons, ce décret a été pris sans concertation avec la société civile, alimentant nos interrogations, autant que le mécontentement des secteurs conservateurs de la société haïtienne, notamment chez les évangélistes.

Néanmoins, il en résulte aujourd’hui, qu’on assimile les personnes transidentitaires, ainsi que les activistes de la communauté, aux membres du gouvernement actuel qui est très impopulaire, dans une manoeuvre politique teintée de transphobie.

En effet, une fraction de l’opposition amalgame délibérément Jovenel MOISE à la communauté Trans, afin de le diaboliser politiquement autant que pour jeter un voile d’opprobe sur nos luttes.

6. Comment vois-tu la poursuite du militantisme transidentitaire dans ton pays ?

A l’OEA (Organisation des Etats Américains) en 2016, Haiti a été le seul membre caraïbéen à signer un engagement en faveur de la loi dite « sur l’identité de genre ».

Nous aimerions que cet engagement se traduise concrètement pour que le droit à l’hormonothérapie soit réel, avec un accès rendu moins dispendieux à ce type de traitement.

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