Amériques

Haïti : un nouveau meurtre endeuille la communauté LGBT+

L’assassin présumé, Obenson SAINDOR, 28 ans.

Le 17 Octobre dernier, un nouvel assassinat transphobe est venu endeuiller la communauté LGBT+ en Haïti. La victime est un homme trans qui était dans les rangs de la police. Cet assassinat est survenu une semaine après le décès de Maïkadou, alors que 6 disparations toujours inexpliquées en un mois, ne cessent de questionner la communauté, quant à sa sécurité et son devenir en Haïti, selon Midou BLONSKI (pseudonyme) de FACSDIS (Femme en Action contre la Stigmatisation et la Discrimination Sexuelle).

Propos de Midou BLONSKI recueillis au téléphone par Moïse MANOEL.

Dans quel contexte politique et social ce nouveau meurtre transphobe survient-il ?

En Haïti, il a toujours assez difficile pour les organismes LGBT que de travailler avec la police ou les forces de l’ordre, voire avec une quelconque institution publique ou gouvernementale.

Carte d’Haïti (Source : Wikipedia)

Le problème est triple en cas d’assassinat LGBTphobe en Haïti.

D’une part, il y a une propension à minimiser systématiquement la dimension homophobe ou transphobe du crime. Ce qui va de pair avec le fait que l’homosexualité ou la transidentité soient taboues. Par exemple quand Maïkadou est décédé, peu de gens se sont attardés sur son orientation amoureuse.

Ensuite, le plus souvent, la justice haïtienne est lente d’ordinaire. Mais quand il s’agit de crimes de haine liés à l’orientation sexuelle, on dirait que la situation empire. C’est juste mon ressenti. Autre exemple, Charlot JEUDY est décédé il y a de cela presque un an, le 25 Novembre 2019, mais jusqu’à présent, les résultats de l’autopsie n’ont toujours pas été divulgués.

Enfin, bien qu’il y ait le principe de séparation des pouvoirs, le gouvernement haïtien s’engage peu pour faire en sorte que rendre justice en Haïti soit plus efficace et plus rapide.

En définitive, la justice en Haïti c’est vraiment comme une tortue.

Quelles sont les circonstances de cet assassinat ?

La victime, Mickerlange FRANCOIS

L’assassin présumé a 28 ans et s’appelle Obenson SAINDOR et le policier exécuté par arme à feu s’appelait Mickerlange FRANCOIS.

Le crime s’est déroulé dans une discothèque de Pétionville, le samedi 17 Octobre dernier.

Le motif du différent serait d’ordre passionnel et lié à la jalousie. En effet, la victime entretenait une relation amoureuse avec la conjointe de l’assassin présumé. Ce dernier avait déjà menacé de mort Mickerlange, en l’enjoignant de s’éloigner de son ménage. Hélas, ces menaces n’avaient pas été prises au sérieux par la victime, qui ne s’était méfiée de rien.

Preuve de la signature du crime, l’assassin présumé a été appréhendé avec
l’arme de service de la victime, qui était policier de profession. L’arme en question est un revolver de calibre 9mm. L’accusé était également en possession d’un autre revolver sur lui qui aurait pu servir à commettre ce nouvel homicide, selon les enquêteurs.

Qu’est-ce que tu en penses personnellement ?

L’assassin présumé
peu après son arrestation

Pour moi cette nouvelle affaire illustre la manière dont sont traitées les femmes en Haïti.

Elles ne sont pas respectées et elles sont vues comme des objets. Par conséquent, on peut tuer un rival, homme trans de surcroît, comme bon nous semble. La femme est vue comme une propriété, un bien qui doit rester exclusif.

Cet homicide illustre à nouveau la négation du désir féminin et des aspirations de la femme. Comme elle en aime un autre, alors il faut supprimer cet autre, sans s’interroger sur ce qui ne colle plus dans le couple. Voilà où il est le problème. On reste toujours dans une société patriarcale où l’expression amoureuse de la femme est niée. L’aboutissement de cette mentalité, c’est la soumission ou la mort.

Où en est l’enquête ?

L’assassin a été appréhendé avec
l’arme de service de la victime

En dehors des détails qui ont ébruité sur les réseaux sociaux, il faudrait se rapprocher de l’OPC (Office de Protection du Citoyen) pour en savoir plus.

Au niveau médiatique, cette affaire n’a pas défrayé la chronique. Tout juste sait-on que l’assassin présumé a été retrouvé dans le sud du pays, à Cavaillon, dans le département des Cayes.

Si au sein de la communauté LGBT+, cet assassinat a suscité un grand émoi, car il s’ajoute déjà à une longue liste de décès et de disparition; au sein de l’opinion publique nationale, ces crimes de sang sont désormais jugés comme insignifiants, tant ils sont monnaie courante.

En tout état de cause, l’assassin présumé savait que le policier était un homme trans. Le fait de mourir en raison de son identité de genre me révolte.

Au niveau associatif, essayez-vous de prévenir ce type d’assassinat ?

On fait déjà du plaidoyer au niveau des droits des femmes. On fait du plaidoyer pour que nous puissions avoir droit à une justice qui prenne mieux en considération les enquêtes relatives aux personnes LGBT. Malheureusement, force est de voir que cela ne suffit pas toujours.

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