Afrique

Cameroun 2017 : L’enfer des personnes LGBTI

La marche pacifique lors de la Journee commemorative de lutte contre les violences.

Juillet 2017: La marche pacifique lors de la Journee commemorative de lutte contre les violences.

L’année 2017 au Cameroun a été nourrie par de multiples violences et abus faits aux personnes LGBTI au quotidien.

Par Jacks Oke

La prison centrale de Yaoundé.

La prison centrale de Yaoundé.

Le Cameroun est compté parmi les Etats du monde entier qui de nos jours condamnent encore les relations sexuelles entre personnes adultes consentantes de même sexe.

L’année 2017 au Cameroun a été nourrie par de multiples violences et abus faits aux personnes LGBTI au quotidien. En passant par les agressions physiques et verbales jusqu’aux assassinats tout en faisant un crochet aux rejets familiaux et évictions de domicile sans toutefois oublier les difficultés d’accès à la justice, à l’éducation et à la santé , les personnes LGBTI restent et demeurent des proies à dévorer pour une société de prédateurs homophobes.

Le rejet permanent du Gouvernement du Cameroun des recommandations liées à l’orientation sexuelle et l’identité de genre, formulées par la société civile et les gouvernements, est motivé par la souveraineté de l’Etat, la loi camerounaise et l’opinion publique qui en est défavorable.

Issa Bakary Tchiroma (Photo de Cameroun.be)

Issa Bakary Tchiroma (Photo de Cameroun.be)

Les propos homophobes tenus par certains leaders politiques à maintes occasions laissent surtout croire qu’ils entretiennent un statu quo motivé par leurs propres sentiments personnels, profondément imprégnés de jugements moraux. Par exemple, le Ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, s’est exprimé sur ce sujet à l’occasion de nombreux points de presse en affirmant que :

« 99 % des camerounais sont croyants et toutes les croyances dans notre pays sont contre l’homosexualité (…) »,

ou encore que :

« L’homosexualité est une question de souveraineté (…) Le peuple camerounais est mûr (…) il n’a pas besoin de donneurs de leçons (…). L’homosexualité constitue au Cameroun une abomination ».

En dépit de ce discours public homophobe dominant et largement relayé par les média locaux, certaines voix dissonantes commencent à se faire entendre parmi une certaine élite politique, qui se veut tolérante. Ainsi Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, déclarait dans une émission télévisée dans une chaine de la place diffusée le 2 décembre 2012 :

« Je n’ai rien à penser de l’homosexualité. Il peut arriver que des Camerounais où des citoyens d’autres pays du monde aient des tendances, je dirais naturelles en eux, en une certaine inclinaison vers certaines pratiques sexuelles, il faut les respecter ».

Interviewé à ce sujet, Joshua Osih, vice-président du Social Democratic Front, le principal parti de l’opposition, quant à lui, affirme :

« Le gouvernement Camerounais ressort son drapeau homophobe à chaque fois qu’il est en difficulté. L’homosexualité pour ma part n’est pas une priorité au Cameroun. Ce que les gens font dans leur salle à manger ne regarde pas les Camerounais. Ce n’est pas parce qu’il y a des homosexuels au Cameroun que le pays se porte si mal (…). Cela dit, depuis toujours au Cameroun, on emprisonne les gens pour leur orientation sexuelle et même pour leur opinion. Pour ma part, je demande que soit dépénalisée l’homosexualité et les délits de presse ».

Sur le plan de la justice, la présence des lois discriminatoires à l’instar du 347-1 du Code pénal et du 83 Al 1 et 2 de la loi de 2010 sur la cyber sécurité et cybercriminalité ne cessent de rendre complexe le quotidien des personnes LGBTI. En revanche, plusieurs auxiliaires de justice s’inspirent pour commettre des cas d’abus à l’instar de la non-assistance par un avocat des personnes LGBTI victimes d’arrestation sur la base de leur orientation sexuelle.

Avant une visite aux prisonniers LGBT au prison central de Yaoundé, le militant Jean Jacques Dissoke prépare des paquets alimentaires.

Avant une visite aux prisonniers LGBT au prison central de Yaoundé, le militant Jean Jacques Dissoke prépare des paquets alimentaires.

A nos jours, nous comptons 07 personnes incarcérées sur la base de leur orientation sexuelle à la prison centrale de Yaoundé.

Dans la santé, bien que le gouvernement camerounais ait décidé d’intégrer les populations clés parmi lesquelles les personnes gays et transgenres dans le Plan Stratégique National de lutte contre le VIH-Sida, certains établissements et prestataires de santé restent encore à la traine et refusent systématiquement de prendre en charge ces personnes qui souffrent quelques fois de certaines pathologies particulières.

Au cours de l’année 2017, 27 cas de non prise en charge de personnes LGBTI ont été enregistrés par l’Observatoire National des Droits des Personnes LGBTI et de leurs Défenseurs ainsi que dans le cadre du projet Fonds Mondial.

Concernant le plan social, malgré la sensibilisation de la population générale par des organisations comme la Cameroonian Foundation for AIDS (CAMFAIDS), Association pour l’ Action Humanitaire , Affirmative Action, Humanity First Cameroon, l’Association pour la défense des homosexuels (ADEFHO), Alternatives-Cameroun, et bien d’autres , les attaques tardent à disparaitre.

Juillet 2017: La marche pacifique lors de la Journée commemorative de lutte contre les violences à Yaoundé au Cameroun.

Juillet 2017: La marche pacifique lors de la Journée commemorative de lutte contre les violences à Yaoundé au Cameroun.

A cet effet, la Journée commémorative de lutte contre les violences faites aux défenseurs des droits humains a été initiée par la CAMFAIDS dans le but de sensibiliser la société en général pour la tolérance et l’acceptation. Notons que cette population considère les personnes LGBTI comme des malades mentaux. Pire encore des personnes possédées.

Tout à côté , Le Rassemblement de la Jeunesse Camerounaise, dirigé par Sismondi Barlev Bidjocka, un journaliste, s’est imposé progressivement sur la scène médiatique comme l’étrange mascotte du combat contre l’homosexualité en créant la journée internationale de lutte contre l’homosexualité célébrée les 21 août et dont le but est de traquer les homosexuels et exiger une plus grande punition pénale contre ceux qui la pratiquent ou la préconisent.

La majorité des courants religieux appelle au rejet des personnes homosexuelles, ce qui participe par ailleurs à la matérialisation de la stigmatisation et de la discrimination notamment la Conférence épiscopale nationale qui, par la voix de son président Monseigneur Samuel Kleda, a appelé les « fidèles catholiques et tous les hommes épris de bonne moralité à barrer la voie à l’homosexualité », appelant ainsi à « une tolérance zéro contre l’homosexualité ». L’homosexualité est présentée comme une menace contre la cohésion sociale pouvant détruire la cellule familiale. Pire, « l’homosexualité peut même être assimilée à du terrorisme sexuel », selon Cheick Hassan Nsangou, Guide National issu de la Communauté islamique Ahl-Ul-Bayt du Cameroun.

Tout ceci encourage par conséquent à justifier le taux de chômage et l’absence de formation /compétence élevée chez les personnes LGBTI en particulier au Cameroun mais aussi le statut de « sans domicile fixe » qui leur est collé suite aux rejets familiaux et expulsions dont elles sont victimes au quotidien.

Malgré cet état de chose, la communauté LGBTI et la société civile camerounaise entendent pour cette nouvelle année 2018 harmoniser davantage les efforts afin d’assurer un climat propice et prospère ainsi qu’un avenir meilleur pour permettre aux personnes LGBTI de vivre dans une effectivité de sécurité.

Bonne année 2018.


Au Cameroun, l’homosexualité est condamnée par le code pénal dans l’Article 347-1 qui punit d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20.000 à 200.000 francs CFA toutes personnes qui ont des rapports sexuels avec des personnes de même sexe.

L’article 83 de la loi sur la cybercriminalité paru en 2010 qui punit à son tour d’un emprisonnement d’un à deux ans et d’une amende de 500.000 (cinq cent mille) à 1.000.000 (un million) FCFA ou de l’une de ces deux peines seulement, celui qui par voie de communications électroniques, fait des propositions sexuelles à une personne de son sexe.


Jacks Oke, l’auteur de cet article, est un militant pour les droits LGBTI au Cameroun qui écrit sous un pseudonyme.

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