Afrique

Une Noël solitaire et douloureuse pour des LGBT

L’occasion de la fête de la Nativité, essentiellement familiale, est très souvent vécue avec tristesse par les LGBT en proie au repli sur eux-mêmes ou à l’exclusion familiale en raison de leur orientation sexuelle et leur identité de genre.

Cahier intime d’un gay

Par Erin Royal Brokovitch

Tristesse

Tristesse

Pour moi qui ai toujours gardé le principe et la tradition que Noël est une fête que l’on passe avec sa famille, sinon ce moment perd sa magie, je me souviens du grand moment de solitude vécu l’année dernière du fait de l’avoir passé loin des miens.

Un choix fait sur la défensive, par résignation et par colère après ce qui avait été vécu comme un manque de considération entretenu par ma famille. J’avais donc décidé rester dans mon coin en me disant « si l’on ne veut pas de toi, à quoi sert-il d’aller vers eux ? ».

J’avais alors passé la fête à la cérémonie d’un ami. Malheureusement, être avec des amis ne compensait pas la rupture de ce lien tissé au fil des années avec sa famille, de ce lien qui s’intensifie au fur et à mesure et qu’on ne peut s’expliquer. Cette frustration de ne pas être avec les miens me rongeait de l’intérieur. Et du coup, la fête était triste. Parce que l’occasion de Noël était depuis par tradition un moment de regroupement familial, je me sentais comme avec des étrangers parmi mes amis. Je me sentais comme une âme errante cherchant à retrouver le fil conducteur, dans cette situation bouleversée.

Je me souviens avoir eu le cœur lourd de retour à la maison, toute la soirée. La tristesse de cette existence vécue comme un pestiféré prenait montait en emphase, tout cela remontait à la surface. C’était dur.

Alors, quand pour cette année, j’ai vu L., une amie, couler des larmes à l’évocation du souvenir de sa famille dont elle est coupée depuis 5 mois, ça m’a fait repensé à ce que j’ai dû traversé l’année dernière et que plusieurs autres LGBT doivent endurer.

L. est transgenre et a été chassée du domicile familial pour cela. Sans autre forme de procès, son père sans ménagement l’a sommé de partir de la maison, aller vivre sa déviance loin de sa maison. Sa maman n’avait rien trouvé à redire si ce n’est de chercher encore à culpabiliser L. par rapport à sa nature, lui demandant si elle ne peut rien faire pour négocier la décision du papa en changeant. Décourageant et affligeant !

Alors, ce 23 décembre, alors que L. et moi nous apprêtons à sortir pour des courses, elle me demande si je compte voir ma famille pour les fêtes. C’est donc l’évocation de ses proches qui fait remonter des souvenirs. Elle fond en larmes. Elle me confie vouloir parfois être avec eux.

Je l’encourage à aller leur rendre visite à l’occasion de ces fêtes, mais c’est encore un interdit dans son esprit. Elle dit plus tard peut-être, mais que c’est encore tôt ! Conclusion, elle est résignée à continuer de subir la souffrance de l’éloignement de sa famille en silence.

Ma stupéfaction monte quand pour essayer de la convaincre, je lui demande si elle est en contact avec sa maman, si elle l’appelle souvent, car ça me parait la moindre des évidences. Au moins, garder le lien à distance. L. me révèle que sa maman n’a plus jamais appelé depuis cinq mois qu’elle vit seule dans son coin, loin d’eux. Cela me perturbe véritablement. Une maman ???

L. est depuis leader d’une très jeune organisation qui milite pour la cause transgenre.

Comment pour une nature subie, l’on peut être à ce point déraciné de ceux avec qui l’ont a grandi, que l’on a toujours aimé ?

Pour moi qui ai fait le choix cette année d’être en famille malgré tout pour éviter que le traumatisme de l’année dernière ne se reproduise, j’ai d’abord voulu passer le réveillon du 24 avec des neveux.

Mais non. Alors que je cherchais à entrer en contact avec un filleul, cette phrase clinquante de son papa qui donnait écho à toute cette stigmatisation et ce rejet souvent observé. A un moment, il m’a balancé mot pour mot dans nos échanges : «Tu es une personne suspecte et indésirable ». Bien sûr je lui ai remis les idées en place et remonté les brettelles dans la querelle qu’il a imposé, mais toujours est-il que le coup était donné avec sa déclaration. Lui qui n’est pas une parenté de sang, directe, il ne faisait qu’exprimer la réputation et les commentaires nourris par ma famille. Dur!

Autant d’épreuves sont malheureusement le lot de plusieurs LGBT. Se résigner au repli. A l’exclusion de leur proches, condamnés à la tristesse de cette solitude subie et très pesante.

Néanmoins, Joyeux Noël 2017 à tous les gays, lesbiennes, bisexuels, transgenres et intersexués.

Erin Royal Brokovitch, l’auteur de cet article, est un militant pour les droits LGBTI au Cameroun qui écrit sous un pseudonyme.

 

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