Afrique subsaharienne

Niger : le Niger s’apprête à pénaliser l’homosexualité et à rendre le « mariage gay » passible de la peine de mort

Le Niger est un pays qui tire son nom du fleuve éponyme, ici à Niamey (Moïse Manoël-Florisse photo courtesy)

76crimes a été informé ce jeudi par un lanceur d’alerte vivant au Niger de l’imminence de dispositions visant à pénaliser l’homosexualité sur place. Pourtant, dans l’histoire juridique du Niger, jusqu’alors, il n’y avait jamais eu de mesures allant dans ce sens.

Nous avons donc décidé de retranscrire à peu près fidèlement la teneur des propos du président nigérien qui s’est exprimé sur les ondes d’une radio publique. Puis, nous avons interviewé Djapharou Saoude Hirokoye (pseudonyme), un observateur, afin d’avoir son ressenti et de mieux appréhender le contexte politique et social local.

Le Niger est un pays enclavé du Sahel (source: journal Libération)

Concrètement, à l’initiative de Mohamed Bazoum, le président de la République et de son gouvernement, a été décidé de la mise en place d’un comité d’experts visant à toiletter le code pénal local d’inspiration française, afin de l’adapter aux « réalités économiques et sociales » du Niger. Ainsi, Bazoum s’est exprimé en ces termes sur une radio publique, la Voie du Sahel, cette semaine :

« Il s’agit d’un comité pluri-disciplinaire composé de représentants de la présidence, de la primature, de l’assemblée nationale, ainsi que d’officiers de la police judiciaire, de magistrats et de membres du barreau. Des personnes de la société civile y participent également, à l’instar d’enseignants chercheurs ou d’acteurs de la presse publique et privée.

Le code pénal du Niger date de 1810 et à l’exception de quelques modifications éparses, il n’a jamais fait l’objet d’une refonte de fond. Ainsi, il n’y a qu’un seul article du code pénal qui traite de l’homosexualité, l’article 282 et ce dernier punit uniquement les relations sexuelles et impudiques sur un mineur de moins de 21 ans.

Dans le futur code pénal, il y aura toute une section consacrée à l’homosexualité. Néanmoins cela nous a amené à devoir définir l’homosexualité, avec les différentes catégories que cela recoupe… Après ce travail définitoire nous avons ensuite réfléchi aux infractions et aux peines prévues. En tout cas, il y aura bel et bien une abrogation de l’article 282 dans sa forme actuelle ».

Bazoum poursuit et précise :

« Quiconque à des sentiments amoureux pour quelqu’un de son propre sexe tombera sous le coup d’une infraction, afin de sanctionner cette déviance. Par exemple embrasser un autre homme quand on est un homme ou embrasser une femme quand on est une femme, sera sanctionné…Il en sera également ainsi en cas de caresse ou d’autres marques d’affection.

Ensuite, une relation sexuelle entre personne de même sexe quelque soit l’âge constituera une autre infraction. D’autre part, l’âge sera aussi une circonstance aggravante du délit, en cas de minorité du partenaire ».

Pour rappel, la moyenne d’âge au Niger est de 16 ans.

Bazoum ajoute :

« En outre, le fait de se marier avec quelqu’un de son propre sexe sera considéré désormais comme un crime, ce qui implique des peines pouvant aller de 10 ans de réclusion criminelle, jusqu’à la prison à vie ou la peine de mort.

Pour la personne qui aura officié le mariage, tel un marabout ou un officier d’état-civil, elle sera jugée pour crime à l’instar des mariés, avec des peines analogues. Il en sera de même pour les prêtres.

Le parent qui aura donné son enfant en mariage sera de même, sanctionné pour crime. Idem pour les témoins ou les garçons d’honneur qui vont tomber sous le coup de la loi.

Enfin, toute personne physique qui dirige ou finance un club d’homosexuels en public ou en privé sera passible d’une peine d’emprisonnement assortie d’une amende. Les personnes morales qui gèrent, aident, font du prosélytisme ou financent les groupes LGBT voire les individus de cette catégorie seront passibles de poursuites ».

Palais de la présidence de la République à Niamey, Niger (Moïse Manoël-Florisse photo courtesy)

76crimes : « Qu’est-ce qui a déclenché cette offensive juridique contre les personnes LGBTI au Niger ? »

Djapharou Saoude Hirokoye : « En octobre 2022, la députée Nana Djoubie a déposé une proposition de loi afin d’ouvrir la voie à la pénalisation de l’homosexualité au Niger, car de jeunes lesbiennes poursuivies pour outrage à la pudeur, n’ont pu être condamnées du fait de leur orientation amoureuse, étant donné que l’homosexualité ne constitue pas une infraction au Niger.

Par la suite, cela a fait boule de neige, puisque l’Association des Etudiants Musulmans du Niger (AEMN) s’en est mêlée. Aujourd’hui, partout au Niger, l’on ne parle plus que de cela.

Les arguments entendus dans le débat public révèlent la crainte que l’homosexualité ne fasse tache d’huile, avec une peur de contagion du corps social.

Il faut dire que le Niger vient de vivre récemment les premières manifestations publiques de personnes LGBTI de son histoire, portant sur leur propre orientation sexuelle et leurs conditions de vie, à travers les revendications de demandeurs d’asile issus du Cameroun, du Libéria et de Côte d’Ivoire. Leur façon d’utiliser les médias, de se vêtir, de se comporter et de brandir fièrement des drapeaux arc-en-ciel a provoqué une commotion dans tout le pays.

Pour la tranquillité de la communauté LGBTI native du Niger et pour leur sécurité, je pense qu’il serait bien qu’ils partent avec l’aide du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), car jusqu’à présent, ils n’ont réussi à soulever dans l’opinion qu’une levée de bouclier, en refusant de se plier à la discrétion des us locaux.

Pour en revenir à la proposition de loi de madame Djoubie, pour l’heure, elle n’a pu être examinée, car le calendrier parlementaire était déjà chargé en fin d’année dernière. Toutefois elle sera très certainement soutenue avec un large consensus en 2023. En effet, bien que le Niger soit un état laïc, les politiciens ne manquent pas de rappeler que l’homosexualité est condamnée par l’ensemble des religions, dont l’islam majoritaire ici.

De mon côté, je pense que cette situation amène à devoir redoubler de prudence. Aussi, je ne comprends pas très bien pourquoi le président parle de faire interdire le mariage homosexuel, car je n’ai jamais eu vent de pareille chose dans mon pays, très conservateur. Je constate avec amertume également que les gens confondent tout, en faisant un amalgame entre l’identité de genre et l’orientation sexuelle, en ce qui concerne les efféminés.

Ces derniers ont toujours fait partie de notre culture en organisant les cérémonies de mariage dans nos coutumes. D’ailleurs, c’est ce qui leur sert de gagne-pain le plus souvent, car autrement ils n’ont pas d’amis garçons et ont peu d’autres moyens de subsistance.

Enfin, il y a beaucoup d’hypocrisie, car la prostitution masculine est quelque chose qui court vraiment les rues à Niamey. Quand on voit ces beaux jeunes hommes qui ne travaillent pas, qui dorment toute la journée et qui exhibent des téléphones dernier cri, on comprend énormément de choses ».

Si vous souhaitez soutenir ou entrer en contact avec Djapharou Saoude Hirokoye, vous pouvez lui écrire à l’adresse suivante : info@76crimes.com.

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