Yasmine, une jeune femme transgenre vivant à Douala, au Cameroun, a été victime d’une violente agression physique au cours de la semaine du 18 octobre.
L’agression qu’elle décrit, s’est déroulée dans l’enceinte même du restaurant où elle travaille.
Par Jean-Jacques Dissoke-Maniben
Une transphobie hélas ordinaire
L’incident a commencé lorsqu’un homme gay a outé la transidentité de Yas qui vit en tant que femme transgenre. Ces propos entendus de la part d’autres clients du restaurant ont immédiatement mis le feu aux poudres.
Deux hommes virulents d’un ton comminatoire l’ont accusée de « corrompre les jeunes » et de vouloir propager « l’abomination ».
Pensant pouvoir désamorcer la situation en détournant l’attention de sa transidentité, Yas a déclaré aux clients en colère qu’elle était lesbienne.
Contre toute attente, cette réponse a provoqué une violence encore plus grande : insultes, coups et menaces d’être dénudée aux yeux de tous, afin de vérifier son sexe biologique.
Battue et humiliée, Yas a échappé de justesse à une agression sexuelle grâce à l’intervention de passants.
Interventions et réactions
Le propriétaire de son logement qui était alors présent sur les lieux a tenu à témoigner : « J’ai vu Yasmine à terre, encerclée par des jeunes excités exsudant la haine. C’est ainsi que je suis intervenu, car nul ne mérite d’être traité de la sorte. »
Le propriétaire du restaurant a de son côté ajouté : « C’est une jeune femme respectueuse et travailleuse. La voir dans cet état m’a bouleversé. Nous avons dû la défendre pour éviter le pire. »
Un voisin solidaire a également déclaré : « Cette violence est inacceptable. Yas est notre sœur, notre amie. Elle mérite protection et respect, pas de la haine. »
La police n’a pas été contactée car dans les affaires impliquant des personnes LGBT+, les forces de l’ordre camerounaises interviennent souvent en faveur des agresseurs. De plus, la loi camerounaise portant sur l’interdiction des relations sexuelles entre personnes du même sexe est souvent interprétée comme une loi contre les personnes LGBT+ dans leur ensemble, y compris les personnes transgenres.
Une vie précaire mais résiliente
Yas a été victime d’une agression similaire au printemps dernier, alors qu’elle était sans domicile fixe. Depuis, grâce au soutien de l’association camerounaise de défense des droits des personnes LGBT+ SORIH (Solidarité, Droits et Santé), elle a pu louer une petite chambre.
Elle a également pu trouver l’emploi qu’elle occupe actuellement en tant que serveuse, ce qui lui permet de subvenir à ses besoins, malgré un environnement hostile.
Son avenir reste toutefois incertain. Yas souhaite demander l’asile en France, mais la procédure tarde en raison de sa complexité et des lenteurs administratives. Aussi, elle vit dans une vigilance constante, consciente que chaque jour pourrait lui valoir de nouvelles violences.
Bien qu’elle ait été secourue, Yas reste profondément marquée par cette agression. Elle raconte : « L’un des jeunes a essayé de m’arracher mes vêtements. Si cela s’était produit, je ne sais pas où je serais aujourd’hui. » Malgré la peur et la douleur, elle affirme tenir le coup, mais son histoire illustre l’extrême vulnérabilité des personnes LGBT+ au Cameroun.
Point de vue de l’auteur
Cet incident souligne l’urgence d’une mobilisation nationale et internationale pour mettre fin à la violence homophobe et transphobe. Cette agression rappelle enfin que pour garantir la dignité et la sécurité des minorités sexuelles et de genre, l’intervention d’organisations spécifiques telles que SORIH s’avère essentielle, alors que les budgets internationaux alloués à ces associations diminuent.
