Depuis 10 ans, aucun scrutin ne s’est tenu en Haïti. Pourtant, le Conseil Électoral Provisoire (CEP) chargé de la supervision des élections a annoncé le 05 octobre un nouveau report du calendrier électoral prévu, pour des questions d’organisation. A ce jour, la date du nouveau scrutin n’a toujours pas été annoncée.
Initialement fixées au 13 décembre prochain, des élections auraient dû permettre l’élection d’un nouveau chef de l’État et l’élection d’un parlement, dans un pays toujours en proie à une forte insécurité, alors que des gangs armés contrôlent de larges secteurs de la capitale, Port-au-Prince.
Une situation qui n’est pas sans faire réagir les défenseurs des droits humains sur place, notamment ceux issus des communautés LGBT+.

Un report des dates d’élections motivé pour des raisons techniques
Le Conseil Électoral Provisoire a annoncé le report sine die des élections présidentielles, afin de tenir compte de changements de dernière minute du décret électoral du 2 juin 2026, remanié pour la troisième fois en 5 mois par le Conseil des Ministres dirigé par Alix Didier Fils-Aimé. Ce dernier concentre à la fois les fonctions de Premier ministre et de Président du Conseil des ministres, en l’absence d’un Président de la République en fonction.
Si les changements publiés au Moniteur – le journal officiel de la République d’Haïti – sont techniques et ont pour mérite de rendre les élections présidentielles et législatives plus compétitives, au prix d’un possible émiettement de la scène politique haïtienne – abaissement des frais d’inscription pour se porter candidat à un poste électif – ils n’en bouleversent pas moins le calendrier politique du pays, plongeant la population dans l’expectative, à l’instar de Merlin Jean, un militant LGBT+ originaire de Ouanaminthe (Nord-Est d’Haïti) :
« Je comprends les difficultés liées à l’insécurité, mais Haïti ne peut pas rester indéfiniment sans élections. Le report du scrutin doit être accompagné d’engagements concrets, d’un calendrier réaliste et de garanties de transparence. La population a besoin de sécurité, mais aussi de représentants légitimes et d’institutions démocratiques ».
Du brouillard politique à la lassitude
Pour Johnny Clergé, un autre militant LGBT+ basé à Port-au-Prince, les dernières annonces aggravent une situation déjà critique selon lui :
« Ce report des élections n’est pas sans conséquences. Beaucoup de partis politiques se sont réunis samedi 10 octobre pour exiger le départ du premier ministre. Si la démission d’Alix Didier Fils-Aimé devait advenir, ça aurait l’effet d’une déflagration politique supplémentaire, amenant le pays dans l’incertitude totale ».
Pour rappel, Alix Didier Fils-Aimé dirige le gouvernement intérimaire haïtien depuis moins d’un an, puisqu’il a été nommé à ce poste en février de cette année.
Le 10 octobre, une plateforme appelée « l’Assemblée du Consensus National », regroupant des organisations de la société civile, ainsi que des partis politiques réunis à Pétion-ville, a soutenu l’idée de l’évincement du premier ministre et son remplacement par un exécutif bicéphale incluant un président et un nouveau premier ministre de transition.
Clergé poursuit : « Aujourd’hui, Haïti n’intéresse plus la communauté internationale après 5 ans d’une transition interminable, incapable d’organiser un scrutin et dont le seul dessein semble être de survivre à elle-même, pour paraphraser le titre du livre de l’essayiste haïtien Pierre-Raymond Dumas « Cette transition qui n’en finit pas » ».
« Aussi, la transition, en dehors de tout processus électoral, est propice à la fraude et au manque de transparence. Or, je pense que l’on peut sortir le pays de l’ornière, en associant davantage la diaspora et les forces de la société civile, lors d’États-Généraux ».
« La population haïtienne est à bout, car il n’y a pas d’amorce d’un retour à une normalité politique et constitutionnelle à l’horizon. On en revient toujours au même point de départ, à savoir l’incertitude. Pendant ce temps, les difficultés du quotidien demeurent. Ainsi, la semaine dernière, on est restés sans internet, en raison des défaillances de couverture des opérateurs », renchérit-il.