Deux jeunes lesbiennes placées en détention provisoire et écrouées à la Maison d’arrêt de Niamey le 16 juillet dernier ont finalement été rendues à la liberté aux termes du délibéré le mardi 05 août.
Pourtant le ministère public avait exigé le maintien de l’audience publique de comparution et avait même requis 3 ans de prison ferme et 100 000 francs CFA d’amendes (152 euros) contre les deux prévenues, pour outrage public à la pudeur, en vertu des articles 275 et 276 du code pénal nigérien. Cependant, les magistrats du siège en ont décidé autrement.
Pour rappel, le Niger ne pénalise pas l’homosexualité, mais cette dernière est très mal vue sur place et des tentatives de criminalisation de l’homosexualité ont eu cours par le passé.

Une affaire de moeurs très médiatisée
C’est une affaire de jalousie malsaine qui va amener une militaire à dénoncer la bisexualité de la maîtresse de son conjoint, policier de profession.
Au fil de l’enquête, les perquisitions vont révéler que Rokya (pseudonyme) partageait son ménage avec une autre femme, Habiba (pseudonyme) qu’elle retrouvait dans une garçonnière qu’elles louaient toutes les deux.
De plus, les photos intimes et le contenu des échanges sur les téléphones des accusées n’ont guère laissé place au doute quant à la nature de leur couple, rendant l’affaire virale sur les réseaux sociaux.
Un dossier vide juridiquement
Néanmoins, même si Habiba a reconnu les faits en plaidant la clémence sur la recommandation de ses conseils tandis que Rokya s’est mûrée dans le silence, les magistrats de siège ont statué d’un non-lieu et n’ont pas retenu les réquisitions du parquet, arguant de l’absence d’infraction.
Pour un observateur de la vie locale, Djapharou Saoude Hirokoye (pseudonyme), « les jeunes femmes ont partagé des moments de complicité dans un lieu privé, à la discrétion des regards et non dans un lieu public. Par conséquent, le chef d’inculpation a été considéré comme nul et non avenu ».
Ce verdict vient aussi souligner le travail courageux rendu par des juges pour rendre une justice indépendante et impartiale, nonobstant les pressions politiques, sociales et religieuses, dans un pays dirigé par la junte militaire du général Abdourahamane Tchiani.
Une justice sous pression
Dans un ultime appel avant la publication de cet article, Djapharou Saoude Hirokoye rapporte une sanction politique contre le juge qui a prononcé un non-lieu envers les deux lesbiennes, puisque le 07 août il a été démis de ses fonctions de magistrat auprès du tribunal de grande instance de Niamey. Actuellement, il aurait été relegué à un poste administratif, selon nos confrères du Journal du Niger.
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