Amériques

Saint-Martin : la vulnérabilité des personnes LGBTI face au réchauffement climatique

Peu abordée, la question de la vulnérabilité climatique des personnes LGBTI est peu mise en lumière, alors qu’il s’agit d’une question globale au coeur des préoccupations onusiennes. Dans cette série en deux parties, nous allons donner la parole à des acteurs de la zone caraïbes qui est une des plus touchées par les conséquences déjà perceptibles du réchauffement climatique.

En Septembre 2017, l’île franco-hollandaise de Saint-Martin, située à 250 kms au nord de la Guadeloupe, avait été frappée de plein fouet pour un des ouragans les plus dévastateurs ayant jamais balayé l’Atlantique Nord, à ce jour.

Tour à tour, en tant que personnes LGBTI, Laurent, Lysanne et Matthieu vont nous livrer leur analyse respective, plus de 3 ans après la catastrophe.

Saint-Martin a la particularité d’être une île caribéenne administrée à la fois par la France et les Pays-Bas.

Par Eric Gaba (Sting – fr:Sting) — Own workReferences used :Landsat ETM+ imagery;Astronaut photograph from the Image Science & Analysis Laboratory, NASA Johnson Space Center : ISS004-E-8155 image (orthorectified).Additional reference for the toponymy: Géoportail France, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5730888

Propos recueillis au téléphone par Moïse MANOEL, le 01 Janvier 2021.

Un cyclone pas comme les autres.

Pour Saint-Martin, Irma n’est pas le premier cyclone et les habitants sont habitués à ce type de phénomène météorologique.

Matthieu, natif de l’ïle et résident de Marigot sur la partie française ajoute : « comme tous les ans, nous sommes préparés au passage des ouragans sur l’île. On fait des réserves d’eau, des courses et on achète du gaz et du charbon de bois. On sait qu’on n’aura pas d’eau et pas d’électricité, une fois l’accalmie revenue ».

Seulement, depuis quelques décennies, c’est l’intensité, la récurrence et la violence de ces ouragans qui marquent les esprits et qui interrogent.

Laurent implanté depuis 33 ans se souvient encore de l’ouragan Luis en Septembre 1995 : « à l’époque, c’était long et ça a duré 36 heures avec des rafales, des bourrasques et des pluies diluviennes, durant lesquelles il a fallu se calfeutrer. J’ai mis 2 ans à m’en remettre environ. Depuis l’ouragan Luis, des événements cycloniques, on en a vécus 15 ».

Toutefois, pour les insulaires, l’ouragan Irma de Septembre 2017 reste unique dans les annales.

« Avec Irma, il y a eu plein de choses que je qualifierais de surnaturelles : à savoir, des tornades, des tonnerres « dans le ventre » de l’ouragan, ainsi que des rafales de plus de 500 KMS/H », abonde Laurent.

Image satellite de l’ouragan Irma

Des dégâts considérables, humains et matériels.

Avec tristesse, Matthieu explique laconiquement : « J’ai tout perdu : la maison familiale a été entièrement dévastée. J’ai aussi perdu mon job et ma voiture… J’étais en train de lancer ma vie sur de bons rails, j’avais fait quelques crédits à la consommation quand tout a été détruit en l’espace de quelques heures ».

Depuis l’île néerlandaise voisine de Saba, Lysanne qui est saint-martinoise de coeur a également été affectée par la puissance du cyclone Irma. Toutefois, elle concède : « le côté français de l’île a été impacté par de nombreuses submersions marines et les infrastructures de télécommunication ont été fortement endommagées« .

Ce qui n’est peut-être pas sans lien avec les difficultés de la gestion post-catastrophe : « les secours nous sont arrivés depuis la Guadeloupe un peu tard », déplore encore Laurent. « Le bilan officiel est de 11 morts, mais ce chiffre pourrait être plus élévé dans la réalité », poursuit-il. « Des morts ont été vus sur les plages ».

Les dégâts causés par l’ouragan Irma ont été considérables

Les personnes LGBTI face à la catastrophe.

Pour Lysanne, il n’y a pas grand doute : « les personnes LGBTI constituent déjà un groupe vulnérable et marginalisé. Dans ces conditions, le réchauffement climatique ne peut qu’aggraver la situation, qui plus est dans le bassin caribéen où il existe encore les « burglary laws » (lois anti-sodomie de l’époque victorienne).

Un constat que Laurent semble nuancer : « Vivre un ouragan comme Irma correspond à vivre un monde qui s’effondre sous nos yeux et l’isolement qui affecte de nombreuses personnes LGBTI ne peut qu’empirer la situation. Mais au final, une catastrophe naturelle de cette ampleur touche tout le monde indistinctement, quelque soit sa fortune », résume t-il.

Cependant dans le malheur, des solidarités ont émergé, Matthieu point-il : « la catastrophe a rapproché les personnes LGBTI. Avant le cyclone, je ne parlais pas à n’importe qui, mais après le désastre, j’ai eu plus de liens avec la communauté LGBT qu’avant ».

D’ailleurs à cet effet, Lysanne ajoute : « l’âpreté de l’après-Irma à obliger des personnes LGBTI à se rapprocher d’autres gens qui ne les acceptaient pas auparavant, mais qui comme elles avaient perdu leur emploi ».

Saint-Martin aujourd’hui

L’économie touristique est repartie comme si de rien n’était, surtout sur la partie néerlandaise

« En tout, il y a eu près de 20 000 départs sur toute l’île », selon Laurent, après Irma.

Avec regret Lysanne pointe une communauté LGBTI saint-martinoise fragmentée par la catastrophe en raison de l’éparpillement des personnes LGBTI : « beaucoup sont partis aux Pays-Bas ou en France, mais cela a distendu les liens qui nous unissaient ».

Matthieu, lui, est le seul membre de sa famille a être resté sur l’île et il se bat encore pour terminer de renover la maison familiale du Quartier d’Orléans. Concernant ses proches, il tient à rassurer : « ce n’est pas tant le souvenir de l’ouragan qui ne les fait pas revenir, que la qualité des écoles qui les font rester en France hexagonale ».

En dépit des chambardements, avec le recul Lysanne observe que : « c’est sur les solidarités qui se sont développées lors de l’ouragan Irma que les activistes LGBTI sur place ont pu capitaliser, afin de poursuivre leur militantisme, alors que Saint-Martin se reconstruisait ».

Laurent de son côté, songe à anticiper un peu la future catastrophe et réfléchit à la mise en place d’actions telles que des « ateliers de prévention ou des groupes de paroles ». Trois ans et demi après, il assure ne pas savoir si l’on peut se remettre d’un phénomène climatique comme Irma. Il pense en être marqué à vie.

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