Afrique/Afrique subsaharienne

La loi anti-LGBTI du Sénégal condamne un journaliste

Tamsir Jupiter Ndiaye

Tamsir Jupiter Ndiaye

Le 31 juillet, le Tribunal des flagrants délits de Dakar,  au Sénégal, a condamné  le journaliste Tamsir Jupiter Ndiaye à six mois de prison ferme pour des actes homosexuels.

La condamnation découle d’un incident en juin qui a impliqué un groupe de jeunes, y compris Kéba Nar Sy, un jeune homme qui aurait entre 13 au 25 ans selon différentes sources.

Ceci est la deuxième condamnation liée à l’homosexualité pour Ndiaye. En 2012, il avait été condamné à quatre ans de prison pour  actes contre nature avec une personne de même sexe et coups et blessures volontaires. Cette peine a ensuite été réduite et il a bénéficié d’une liberté conditionnelle en 2013.

Les actes homosexuels au Sénégal sont punissables d’un emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende allant jusqu’à 1.500.000 francs CFA (2.300 euros ou US $2.500)

Pendant le procès, Ndiaye et Sy ont donné de très différents histoires de l’incident, selon ce que les journaux sénégalais  Le Quotidien et PressAfrik ont rapporté. 

Selon Ndiaye, un ancien employé de l’UNESCO qui avait été incarcéré depuis son arrestation: 

[Le 24 juin, Ndiaye] s’est rendu compte que son véhicule n’était pas dans un bon état. Croyant que c’était une panne d’essence, il s’est rendu à la station. Après avoir fait le plein, il a constaté que la panne n’avait pas disparu. Après vérification, il s’est rendu compte que le moteur chauffait. Alors qu’il s’affairait autour de son véhicule, il a vu la victime et un autre garçon s’en prendre à un autre jeune homme. «Je suis intervenu pour leur dire d’arrêter de battre l’enfant. Puis j’ai demandé à Kéba Nar Sy où il allait. Il m’a dit qu’il allait tout juste devant. C’est ainsi que je lui ai demandé de monter afin que je le dépose, car il m’a confié qu’il ne connaissait pas les autres.

Mais quand je voulais le descendre près de la mosquée, il m’a dit de continuer, car les jeunes qui nous suivaient [étaient] des agresseurs», a-t-il précisé. Avant d’ajouter qu’il a été poursuivi par une voiture 4X4 qui a même eu à endommager son véhicule.

En plus des injures que l’un de ses poursuivants l’a abreuvées et qu’il a eu à répondre, il croit que le garçon a été monté contre lui. «J’ai l’impression qu’on lui a utilisé pour me descendre. Quand on nous confrontait, il m’a dit ce qu’on m’a dit de dire c’est ce que je vais dire», a-t-il souligné. Tamsir Ndiaye indique en outre qu’il était en train d’observer le ramadan. «Je pense être victime d’un malheur qui refuse de me quitter», dit-il au juge.

Selon Sy:

[Ndiaye] l’a trouvé à la station Shell de Dieuppeul au moment où il tentait avec un ami de récupérer un billet de 1 000 francs subtilisé par un autre garçon. «Quand je partais, il m’a interpellé. Il m’a demandé la route qui mène à Grand-Dakar. Quand je lui ai montré, il m’a dit qu’il ne connaissait pas la ville. Et m’a prié de l’accompagner et qu’il va me payer le transport pour le retour.»

Et tout s’emballe : «C’est ainsi que j’ai pris place à bord de son véhicule. Après une certaine distance, il a pris ma main qu’il a introduite dans ses parties intimes. Il était en érection. Il m’a demandé si c’était bon. Il a posé aussi sa main sur mon sexe. Il m’a demandé de lui faire la fellation. Je lui ai dit que ce n’était pas ce que tu m’as dit. Je lui ai demandé de me laisser descendre en lui donnant un coup de poing. Son portable est tombé et je l’ai pris. Quand il a ouvert la porte, je suis descendu et j’ai crié au voleur. Des gens qui sont venus à mon secours l’ont poursuivi jusqu’à la police de Dieuppeul.»

Le 31 juillet, le juge a rejeté la version de l’incident que Ndiaye l’a donné  et l’a condamné  à six mois de prison ferme. 

Le 3 aôut, l’organisation internationale de plaidoyer Freedom House a critiqué son emprisonnement sans entrer dans les détails de l’affaire:

« L’accusation sans cesse des personnes LGBT par le Sénégal est en contradiction avec l’engagement global du pays pour les droits humains universels, » a déclaré Jenai Cox, responsable principal du programme pour l’Afrique. « Le code pénal qui criminalise les actes sexuels contre nature devrait être abrogée car elle encourage la discrimination, porte atteinte à la liberté d’expression, et viole les lois sénégalaises et internationales. »

Freedom House, basée aux Etats-Unis, est un organisme de surveillance indépendant qui prône le changement démocratique, surveille l’état de la liberté dans le monde, et  fait la promotion de la démocratie et les droits humains. Il a  des bureaux régionaux à New York  et dans la Jordanie, le Kirghizistan, le Mexique et l’Afrique du Sud.

 

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