Afrique subsaharienne

RD Congo: « les bailleurs internationaux de l’aide d’urgence ne s’intéressent pas à la situation des activistes en RDC »

Pensant être sorti d’affaire, Jérémie Safari, le directeur exécutif de Rainbow Sunrise Mapambazuko/LGBTI, avait pu quitter le chaudron homophobe de Bukavu, en vue de pouvoir souffler un peu dans l’anonymat de Kinshasa, la bouillonnante capitale de la République Démocratique du Congo.

Hélas, se sentant « abandonné » des bailleurs internationaux de l’aide d’urgence, il a dû avorter son projet de relocalisation temporaire, pour pouvoir revenir non loin de Bukavu dont il avait dû fuir les brimades de la population.

Fatigué, exténué et épuisé, vivant confiné dans un appartement loué avec un bail de très court terme, c’est un homme en colère et dépité que 76crimes a interviewé, alors qu’une comparution devant le juge l’attend toujours.

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Jérémie Safari (image floutée)

Pourquoi as-tu quitté Kinshasa ?

Jérémie Safari : « Je me suis senti abandonné à Kinshasa, en dépit de mes sollicitations. C’est comme si les partenaires de l’aide d’urgence, ne s’intéressent pas à la situation des activistes de la RDC. Or, je comptais sur une aide à la relocalisation temporaire afin de pouvoir rester un peu là-bas.

En toute franchise, j’ai même songé à abandonner l’activisme LGBTI. J’ai vécu de vrais moments de doute, en me demandant pour quelles raisons j’avais intégré ces causes et ces combats-là.

A l’Est de la RDC, la situation est critique et les bailleurs ne répondent pas. Je dénonce aujourd’hui un réel manque de réaction. Quand ils disent qu’ils interviennent dans le monde entier en soutien des activistes en danger, c’est faux et j’en suis bien la preuve ! »

Carte de la République Démocratique du Congo (RDC)

Comment as-tu fait pour quitter Bukavu, étant donné que tu n’as pas pu bénéficier d’appui ?

Jérémie Safari : « j’ai quitté Bukavu en mars dernier et j’ai pu me rendre à Kinshasa en avion, grâce à l’appui d’un bailleur réactif qui m’a donné 400 euros.

Néanmoins, une fois sur place, je ne pouvais plus longtemps rester chez l’amie qui m’hébergeait, car je n’étais pas en mesure de pouvoir contribuer aux dépenses liées aux charges quotidiennes, malheureusement.

A présent, je suis revenu dans l’agglomération de Bukavu, dans le Sud-Kivu, mais je suis dans un autre quartier qu’auparavant. Toutefois, il m’est quasiment impossible de pouvoir sortir dans la rue et je reste le plus souvent calfeutré à mon domicile.

Je me sens coincé là où je vis actuellement et je travaille pour mon organisation à distance. Cependant, je ne peux recevoir personne ».

Comment as-tu fait pour pouvoir te relocaliser par toi-même ?

Des listes de personnes LGBTI circulent à Bukavu et dans sa région, en langue swahili

Jérémie Safari : « Dans notre organisation, il nous restait un fonds qui m’a servi à pouvoir reprendre un hébergement temporaire. Je paie la location près de 450 dollars US par mois et mon bail est de deux mois. Ainsi, le conseil d’administration de l’association dont je suis le directeur exécutif essaie de me soutenir en attendant que les choses aillent mieux. Cependant, la situation n’est ni viable, ni vivable, à assez brève échéance.

Demain ou après-demain, à tout moment, l’on peut me retrouver et Dieu seul sait ce qu’il peut m’arriver par la suite. L’agglomération de Bukavu est relativement petite à l’échelle de la RDC, car elle ne compte que 250 000 habitants.

De plus, je fais toujours l’objet de poursuites judiciaires et l’on me fait un véritable procès en sorcellerie, car mon influence supposée serait néfaste à l’hétéronormativité de la jeunesse congolaise. Ca n’a pas de sens !

Les gens du parquet voudraient pouvoir m’extorquer de l’argent, afin de pouvoir étouffer l’affaire et classer le dossier sans suite, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.

Aussi, mon avocat me recommande toujours de pouvoir quitter la ville, pour des raisons de sécurité, alors que des listes de gays circulent régulièrement dans la région.

Malheureusement, j’ai le triste privilège d’être encore une fois cité ».

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