Le boycott lesbien: SIL répond à 3 questions

La réponse par Solidarité Internationale LGBTQI aux 3 questions posées par 76 Crimes en français:

 

Logo de Solidarité Internationale LGBTQI

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1. SVP parler de l’historicité de vos démarches pour organiser cet atelier. Vous avez contacté d’abord la QAYN et une association en Côte d’Ivoire? SVP expliquer le contexte de ces démarches.

L’historique de cet atelier est effectivement important. Voici le résumé  d’une histoire déjà longue et complexe :

Décembre 2012 : à la conférence de l’ILGA de Stockholm, les quelques militants francophones se réunissent, constatent qu’ils sont très peu nombreux (comme toujours dans les conférences de l’ILGA) et expriment le souhait de se revoir pour réfléchir aux modalités du renforcement du mouvement LGBT francophone en Afrique. Thomas Fouquet Lapar fait partie de ce groupe.

Printemps 2014 : Thomas Fouquet Lapar et Robert Simon échangent sur la faiblesse du mouvement LGBT francophone et notamment sur son manque de visibilité au niveau international. Ils décident, en accord avec Philippe Colomb, fondateur de Solidarité Internationale LGBT en 2005, de relancer cette association qui était en sommeil. Thomas est le président de l’association. Robert, le trésorier. Aucun des participants à la conférence de Stockholm n’ayant pris l’initiative d’organiser une nouvelle rencontre de ce groupe francophone, Thomas cherche un financement pour organiser un séminaire LGBT francophone à Paris. L’ambassade des Pays Bas à Paris apporte un financement.

Décembre 2014 : Solidarité internationale LGBT (et surtout Thomas) organise début décembre un séminaire auquel participe une dizaine de personnes (9 africains, hommes et femmes + Thomas). SIL participe aussi à l’organisation pour la journée mondiale des Droits de l’Homme, le 10 décembre, de deux conférences : l’une à UNESCO le matin sur la lutte contre les discriminations LGBTphobes dans les écoles et l’autre l’après midi au Conseil National des Barreaux sur la défense des victimes de l’homophobie. Une réunion est organisée à l’ambassade des Pays Bas pour rendre les conclusions du séminaire. Les participants au séminaire souhaitent que l’action se poursuive et expriment deux souhaits : 1) l’organisation d’un nouveau séminaire, mais cette fois ci en Afrique et centré sur les besoins des lesbiennes ; l’idée était de réaliser le séminaire à Abidjan puisque le président d’Alternative Cote d’Ivoire participait au séminaire de Paris. 2) la création d’un site internet inter-associatif francophone LGBT.

Printemps 2015 : Thomas Fouquet Lapar et Françoise Mukuku (RDC), qui avait participé au séminaire de Paris écrivent un projet à destination du ministère des Affaires Etrangères et du Développement International (MAEDI). Il s’agit de financer les deux actions dont le besoin avait été exprimé par le séminaire de Paris. Le financement demandé est obtenu.

« Souvent associées aux mouvements des homosexuels, les revendications lesbiennes n’en dégagent pas moins des particularités régulièrement rendues invisibles par les discours généraux sur la défense de l’orientation sexuelle. À la demande de lesbiennes francophones d’Afrique, l’idée serait d’organiser un séminaire rendant compte de l’état des mouvements lesbiens dans cette région pour renforcer leurs capacités d’action. »

Printemps 2016 : Thomas s’étant retiré, Robert constitue une nouvelle équipe pour mener à bien le projet financé par le MAEDI et relancer SIL. Deux réunions avec des associations lesbiennes françaises et avec la responsable du groupe lesbien d’Alternative Cote d’Ivoire présente à Paris, sont organisées fin juin. Les associations lesbiennes françaises viennent à ces réunions et participent à la discussion sur le projet mais par la suite ni les associations lesbiennes françaises ni Alternative Cote d’Ivoire ne contribueront à la mise en œuvre du projet.

Logo du Queer African Youth Network

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Eté 2016 : SIL contacte QAYN pour parler du projet de séminaire mais plus largement pour envisager une collaboration car leur site internet montre un travail de qualité.  QAYN répond négativement (1er septembre) notamment parce que le calendrier de notre projet ne convient pas avec leur agenda et parce qu’ils veulent porter « entièrement le leadership et la visibilité de toutes les initiatives (les)  concernant ». QAYN conclue positivement en écrivant : «Nous espérons toutefois d’autres opportunités ou espaces où nous pourrons définir ensemble d’autres initiatives.
Bon succès dans ce projet et à bientot. »

SIL répond que les questions de calendrier, de visibilité et de leadership ne devraient pas constituer un obstacle à la collaboration :

« Merci pour cette réponse qui reste ouverte. Je pense que  nous pouvons poursuivre la discussion car les trois points que vous soulevez ne me semblent pas être des obstacles insurmontables: »

QAYN répond (16 septembre):

« je vous recommande vivement de questionner votre façon de voir nos organisations. La regard colonialiste (je me mesure mes mots) qui laisse croire que nous ne sommes pas en mesure de penser de nous même, de définir nos propres besoins et trouver les moyens pour les soulager est très perceptible dans vos propos et dans le projet en question.

J’espère avoir été plus clair maintenant. »

SIL a arrété le dialogue avec QAYN à ce moment là,  mais quand nous avons vu que deux représentantes de QAYN et une représentante de CAL avaient confirmé leur participation au séminaire (liste de participantes du 13 janvier), nous en avons été satisfaits car nous souhaitons que toutes les associations LBT d’Afrique francophone travaillent ensemble.

Concernant CAL, Françoise Mukuku nous avait signalé en juin 2016 le projet de CAL d’organiser une rencontre lesbienne en Afrique de l’Ouest en juillet  mais le lieu n’était pas connu. Nous ne pouvions nous engager à soutenir cette rencontre qui était prévue quelques semaines après sans savoir où le séminaire se tiendrait. Par ailleurs Françoise Mukuku a rompu les ponts avec SIL en considérant que nous n’allions pas assez vite dans notre prise de décision sur le projet de site internet.

Au cours de l’été, Robert évoque avec le président d’Humanity First Cameroon (HFC), qu’il connait depuis deux ans, le projet de séminaire à Abidjan. Humanity First Cameroon, suggère alors d’organiser cette rencontre à Yaoundé. HFC ne connaissait pas tout l’historique de ce projet.

A la fin de l’été, Robert est élu  président de SIL.

Automne 2016 : Nous apprenons qu’ au moins 2 réunions ont été organisées pour des lesbiennes des pays francophones au cours de l’année à Abidjan.

Devant l’absence de réponse d’Alternative Cote d’Ivoire à nos demandes répétées d’un projet de séminaire s’appuyant sur les conclusions de ces autres rencontres, SIL approfondit le dialogue avec HFC et début décembre décide de confier l’organisation du séminaire à HFC. Plusieurs réunions Skype sont organisées. Le principe est que c’est HFC qui définit le contenu du séminaire. Pour cela HFC lance une enquête de besoins aux potentielles participantes.  La date de la rencontre est fixée : 20 au 24 février. SIL aurait souhaité qu’il soit pris un peu plus de temps pour organiser cet atelier mais le calendrier d’HFC ne permettait pas de reporter.

Au mois de novembre, à l’initiative du fondateur de Rainbow Solidarité, membre de notre conseil d’administration, une rencontre entre SIL et AVAF est organisée. Nous aurions pu alors envisager de confier l’organisation du séminaire à AVAF mais les contacts avec HFC étaient alors trop engagés et nous connaissions mieux HFC qu’AVAF.

2. Envisagez-vous de collaborer et soutenir des associations LBT d’Afrique francophone à l’avenir?  Y compris les réseaux qui ont appelé aux boycott?

Bien sur nous allons continuer à travailler avec des associations LBT d’Afrique Francophone, dont éventuellement celles qui ont appelé au boycott du séminaire de Yaoundé mais cela nécessitera que les relations avec ces associations soient clarifiées. L’hostilité manifestée à l’égard de SIL par ces associations nous invite à faire une pause dans notre action.

Dans la préparation de cette rencontre nous avons été en contact avec des lesbiennes africaines qui souhaitaient vivement participer au séminaire de Yaoundé mais c’est HFC qui a arrêté la liste des participantes en tenant compte des contraintes budgétaires et des contacts existants. Nous avons notamment encouragé une association de RDC pour réaliser, avec l’aide de l’Institut français, un témoignage vidéo de femmes lesbiennes. Ce témoignage, très fort, avait pour but de faire entendre la voix de quelques femmes de RDC lors du séminaire de Yaoundé.

La lettre ouverte écrite par les participantes de l’atelier de Yaoundé exprime leur satisfaction d’avoir pu se rencontrer, échanger, élaborer des projets, malgré les attaques dont cette rencontre était l’objet. Il n’y a pas de raison pour laquelle nous ne continuions à travailler avec elles. Nous travaillerons avec toutes les associations (comme l’écrivait AVAF récemment,  tout en appelant au boycott du séminaire de Yaoundé) qui souhaiteront travailler avec SIL. Nous ne souhaitons pas être une cause de division du mouvement LGBT africain.

3. On accuse SIL d’ètre une association géré uniquement par des gays. C’est vrai? Est-ce que vous n’avez pas intégré pas des lesbiennes dans vos organes de décision? Si non, pourquoi? Est-ce que vous n’avez pas intégré pas des lesbiennes dans la planification de l’atelier?

Pour préparer l’assemblée générale de SIL en septembre 2016, nous avions souhaité avoir des femmes dans notre conseil d’administration. Malheureusement il n’y avait qu’une femme et une demi-douzaine d’hommes lors de notre assemblée générale. Nous avons proposé à cette femme de s’associer à nos travaux. Elle a décliné l’offre. Dans le mouvement LGBT français la relation entre les gays et les lesbiennes est difficile. Quasiment toutes les associations de lesbiennes ont quitté l’Inter LGBT (qui réunit plusieurs dizaines d’associations LGBT).

Solidarité Internationale LGBTQI, décembre 2016: "SIL recherche une lesbienne ou bisexuelle trans ou cis ou queer pour gérer un merveilleux projet de rencontre LBTQ en Afrique francophone. Si ça te dit, lit la suite !"

Solidarité Internationale LGBTQI, décembre 2016: « SIL recherche une lesbienne ou bisexuelle trans ou cis ou queer pour gérer un merveilleux projet de rencontre LBTQ en Afrique francophone. Si ça te dit, lit la suite ! »

Nous sommes 5 au conseil d’administration de SIL. 5 hommes. Cela ne nous empêche pas de vouloir travailler avec les associations LBT, en France comme en Afrique. Nous avons publié sur notre site internet (22 décembre 2016) un appel pour rechercher la collaboration d’une personne LBTQ pour contribuer au suivi du projet de séminaire.

Nous sommes conscients du manque de diversité de notre conseil d’administration mais fallait il pour cela refuser de mettre en œuvre ce projet issu du séminaire de Paris ? N’aurions nous une légitimité que sur les questions gays ?

Notre souci de la diversité du mouvement LGBTQI se manifeste notamment par le fait que lors de notre dernière assemblée générale nous avons ajouté les lettres QI au nom de notre association.

Le séminaire a-t-il été attaqué par des associations lesbiennes parce qu’il était mis en œuvre par une association africaine LGBT et non par une association LBT ?

Nous continuons à croire qu’une association comme SIL est utile au sein du mouvement LGBT français. Nous continuons à croire que le mouvement LGBT francophone doit se renforcer et s’organiser.  Quelle place prendre dans cet espace et dans cette dynamique ? C’est une réflexion que nous mènerons avec tous ceux qui s’intéressent à notre association.

Robert SIMON
Président de SIL
Paris le 28 février 2017

 

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