Commentaire/Moyen Orient / Afrique du Nord

Mesures de répression en Égypte: Pourquoi maintenant ?

Rédaction :  Denis LeBlanc et Colin Stewart

Une nouvelle, vaste répression policière contre les personnes LGBTI est en cours en Égypte, avec 77 arrestations depuis octobre 2013. Mais pourquoi ces mesures de répression? Et pourquoi maintenant?

Militant de longue date et commentateur Scott Long fournit des quatre réponses détaillées à ces questions dans son blog, A Paper Bird (Un oiseau en papier). Ce qui suit sont des extraits raccourcis de son interprétation de cette répression, traduit par le rédacteur:

1. Le sensationnalisme des médias alimente les arrestations.

Scott Long says, "A typical headline from Youm7: 'Crackdown on a network of shemales in Nasr City. Ahmed says, "I changed my name to Jana after being raped by the grocer and my psychologist. We get our clients from Facebook and we act like females by wearing makeup and adopting feminine attitudes. Are they going to put us in a men’s or women’s prison?" ' Photo caption: 'Ahmed, the accused.' " Long states: "I blurred the face: Youm7 didn’t."

Scott Long : «Un titre typique du journal Youm7: Descente sur un réseau de transsexuels  à Nasr City  Légende de la photo: «Ahmed, l’accusé.» Long déclare: j’ai brouillé le visage: Youm7 ne le fait pas.

«Chaque histoire juteuse donne à la police plus d’incitation à poursuivre la publicité. Youm7 (septième jour), un journal  privé, est le pire délinquant.

Ils hurlaient de joie à chaque nouvelle arrestation, publiant les noms et les visages, marchant dans les prisons avec la collaboration de la police de la capture des malfaiteurs à la caméra vidéo … Depuis la Révolution, (Youm7 est) devenu l’officieux porte-parole de l’armée et de l’appareil d’état pour la sécurité.

Au cours de la présidence Morsi, le journal fouetta l’hystérie contre la Fraternité musulmane (Muslim Brotherhood) … Plus récemment, son rédacteur en chef était un de l’élu oint pour dire au monde attendant que le généralissime Sisi était prévu de se présenter pour la présidence.

Un titre typique de Youm7: «Descente sur un réseau de transsexuels à Nasr City.»   Dit Ahmed: «J’ai changé mon nom de Jana après avoir été violée par l’épicier et mon psychologue. Nous recevons nos clients à partir de Facebook et nous agissons comme les femmes en portant maquillage et en adoptant des attitudes féminines. Vont-ils nous mettre dans une prison pour hommes ou des femmes.»  Youm7 et ses imitateurs déshumanisent les «déviants» arrêtés, les présentant comme deux personnes pathologiques et irréfutablement criminels. Chaque article propose de nouvelles images et verbiages de la dégradation.

Graffiti in Cairo by street artist Keizer, 2012. (Photo courtesy of Scott Long)

Graffiti au Caire par un artiste de la rue Keizer en 2012. (Photo de Scott Long)

 

2. Le gouvernement approvisionne ces histoires aux médias.

L’épanouissement de la stigmatisation est une marque définissant le régime militaire depuis le coup d’État. Toute la stratégie du gouvernement de Sisi a été de diviser et de conquérir l’Égypte … Cela a commencé l’été dernier … Les cercles de vies indignes de vivre, de ceux expulsés brutalement à la fois de la société et de l’espèce humaine, continuent de s’accroître.

L’Égypte est maintenant lui-même en train de se dévorer dans une quête furieuse de définir qui n’est plus égyptien. Les «pervers» ne sont que les dernières victimes.

La police et les médias ont généré ensemble, une panique morale classique à part entière … Marcher au centre-ville pendant la prière du vendredi, j’ai entendu un sermon acheminé sur haut-parleurs en plein cœur du Caire:

«Pourquoi voyons-nous maintenant des hommes pratiquant des vices abominables?» l’imam enjoint. «Pourquoi ont-ils mis du maquillage, rouge à lèvres, et se comportent à  la manière des femmes? » …

Ces formes de «déviance» sont maintenant le sujet commun dans les mosquées du coin ainsi qu’aux nouvelles nationales. … Youm7 a interrogé des experts sur le «problème»:

«Récemment, un phénomène grave est apparu dans notre société, avec des effets dévastateurs sur les individus, la société et la nation. Ce phénomène est le crime de l’homosexualité [« الشذوذالجنسى, «déviance sexuelle».] …

«L’homosexualité» est un affront à l’humanité tout entière …

Les critiques de ces arrestations de l’occident [« prouvent »] qu’il y a un complot étranger contre la moralité et la virilité de l’Égypte.

 

3. La virilité est de base ici.

Grafitti on Mohamed Mahmoud Street, Cairo, 2013. On the left, the original version calls the police “gays.” Other activists painted over the insult and made a different statement: “Homophobia is not revolutionary.” (Photo and caption courtesy of Scott Long)

Graffiti sur la rue Mohamed Mahmoud, Le Caire, 2013 Sur la gauche, la version originale appelle la police «gays». D’autres militants ont peints sur l’insulte et fait une déclaration différente: « L’homophobie n’est pas révolutionnaire » (Photo et légende de Scott Long)

La répression vise principalement les personnes LGBT parmi les communautés répandues et fragiles de l’Égypte qui sont les plus vulnérables et visibles, ceux qui défient les normes du genre.

Ceci en dépit du fait que, alors que la loi égyptienne criminalise les actes homosexuels [Note du rédacteur: voir ci-dessous], elle ne dit rien sur le «travestisme» ou «l’allure efféminée.»

Pourtant, dans beaucoup de ces cas, les gens ont été condamnés pour des actes homosexuels avec aucune preuve, uniquement en raison de leur allure (ou leurs vêtements ou le maquillage dans leurs sacs à main) ….

Beaucoup de ces gens ne se définissent pas comme «trans», ni sont-ils liés à certains pronoms sexués. Une façon de mettre cela est que «l’identité du genre» si cela signifie quoi que ce soit en Égypte, il existe souvent ensemble avec la «sexualité» plutôt qu’un axe démonté pour l’identité…d’être des « «ladyboys» (un terme souvent entendu en arabe des personnes LGBT), ou fem ou trans ….

J’ai déjà écrit ici comment la Révolution a soulevé la question nerveuse à savoir, quel sens présente cette virilité égyptienne? Les généraux qui ont pris le contrôle du pays après la chute de Moubarak ont commencé de dénigrer les jeunes dissidents comme des efféminés: Cheveux longs, culturellement hybridé, et incapable de vertus masculines … les révolutionnaires eux ont adopté une langue attaquant la virilité des autres: «Soi un homme,» appellent au courage et au défi et pour dire que les opposants étaient des mauviettes …

Ce qui en est résulté? Un environnement où toutes les parties ont constamment débattu de la virilité et porté accusation en son absence. Fusionné avec une peur de la vulnérabilité nationale et de la non-pertinence diplomatique … cela a créé des conditions idéales pour la diffamation des transgresseurs du genre comme des traîtres de la culture et du pays.

 

4. La répression est pratique pour la réputation de la police.

Egyptian leader Abdel Fattah al-Sisi, the former military commander-in-chief. (Photo courtesy of Wikimedia Commons)

Le chef égyptien Abdel Fattah al-Sisi, ancien commandant en chef militaire. (Photo de Wikimedia Commons)

Dans le sillage de la Révolution, les forces de la police égyptiennes étaient discrédités et méprisés … Après Février 2011, la police a presque disparu de la plupart des rues égyptiennes …

Avec l’ascension de Sisi les flics sont de retour avec une vengeance. Vous les voyez à chaque rond-point, au gros ventre, suffisant, exigeant des chauffeurs de taxi leurs pots de vin par jour … Mais poursuivre des ennemis encore plus méprisés de la vertu exalte leur image.

Les reportages prononcent le moral: quand il s’agit de «déviants», nos forces de sécurité sont sur leurs gardes. …

Cette répression jusqu’ici ne procède pas par les espaces publics, lieux de drague ou cafés, ou en se faufilant dans les espaces pseudo-publics comme les pages Internet ou les lieux de discussion en ligne … Ce sont les résidences privées qu’envahit la police. Avec chaque nouvelle, ils vantent leur capacité de vision rayons-X à travers les murs comme de la cellophane.

Et c’est le message le plus sombre … La Révolution s’est rebellé contre les yeux des policiers à la fenêtre, ses oreilles aux murs, sa main griffée sur l’épaule. C’est sûr. Il n’y a aucune intimité. La main est un coup de poing, et il frappe à la porte. Le coup est un rappel que l’État est toujours là, qu’il peut contrôler ce que vous faites, ce que vous portez, ce que désir votre corps. Le coup s’accapare de vos rêves. C’est les personnes trans ou gay ou lesbiennes, ou les gars efféminés ou mokhanatheen («les efféminés», «les hommes qui ressemblent aux femmes») qui entend et le craint maintenant; …

Habitué à craindre, ils sont un public attentif. (Un homme gay avec rien d’exceptionnel de son apparence m’a dit il y a trois nuits qu’il a peur de répondre à la porte de nos jours, à la crainte d’aller à l’extérieur de peur que ses voisins le voient, se doutent de quelque chose et le signale à la police.)

La Révolution nous a promis les «libertés individuelles», mais oublier ça; «notre société» ne pouvait pas «les appliquer correctement»; elles sont une aspiration corrompue, une évasion de la nécessité du contrôle.

Rappelez-vous tous ces rêves de demain? Demain est parti.

 

Une mémoire d’espoir

Scott Long (Photo courtesy of HRW)

Scott Long (Photo de Human Rights Watch)

Avant la vague actuelle d’arrestations, la dernière fois que quelque chose de semblable s’est produite c’était il y a environ huit ans, entre 2001 et 2004, lorsque la police en Égypte a arrêté des milliers d’hommes LGBTI pour la «débauche».

Long dit : «Je peux dire avec fierté que cette répression a pris fin parce que nous à Human Rights Watch, ainsi que des militants du Caire, ont documenté en détail clair, y compris les méthodes louches que les flics en civil utilisaient pour tromper et capturer les gens.»

«C’est la fin des cas homosexuels en Égypte,» un grand fonctionnaire du Ministère de l’Intérieur a déclaré à un avocat bien placé en 2004, «en raison des activités de certains organisations des droits de la personne.»

Pour plus d’informations, lire l’article au complet en anglais au : A Paper Bird :  “Brutal gender crackdown in Egypt: The tomorrows that never came”

 

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Une réflexion sur “Mesures de répression en Égypte: Pourquoi maintenant ?

  1. Pingback: La police égyptienne traque la communauté LGBT sur Internet | 76 Crimes en français

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