Afrique

Hervé, arrêté au Cameroun en 2016, abandonné aujourd’hui

Hervé, arrêté en avril 2016, perdu et abandonné à lui-même aujourd’hui, appelle à l’aide pour redonner un sens à sa vie.

Par Erin Royal Brokovitch

L’on se souvient du cas de ce jeunhomme qui avait été piégé en 2016 par un élément de la garde présidentielle et conduit vers la brigade d’Emombo où il fut détenu plusieurs jours, muté d’unités en unités. Après le déferrement au parquet, les avocats avaient obtenu qu’il puisse comparaitre libre. Le procès suit son cours depuis, mais Hervé, 26 ans, vit une véritable misère dans sa vie personnelle.

« Abandonné à moi même, menacé, traumatisé, j’ai pas de sommeil, j’ai même peur de marcher en route et tout… » .

C’est en ces termes qu’Hervé décrit son état aujourd’hui. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis qu’il est sorti de détention l’année dernière.

Tout d’abord, de retour dans la maison familiale où il vivait, son père l’interroge sur les raisons qui ont conduit à sa détention, il raconte toute la vérité, et puis patatras… son père commet alors l’irréparable, il déchire tous ses diplômes, si durement acquis. Un acte qui non seulement réduit à néant toutes les années d’étude, d’efforts et de sacrifices, consentis pour espérer avoir une bonne vie, mais anéantie également les chances d’obtenir un emploi qui lui assurerait une bonne situation sociale.

Parce qu’ayant été accusé d’être gay, son père ne tolèrera pas à son fils d’être homosexuel, n’accepte pas d’avoir un fils de cette contre nature. Dépourvu désormais de ses diplômes, Hervé est aussi chassé de la maison familiale par son père. Pour cet être candide qui n’a jamais appréhendé la vie sous ses revers durs, qui la contemple avec une certaine naïveté, c’est avec une nouvelle réalité, dure de la vie qu’il va désormais devoir composer.

Logo de Humanity First Cameroon

Logo de Humanity First Cameroon

Rejeté par sa famille, il est recueilli fort heureusement par l’association Humanity First qui suivait son cas, dans le refuge de cette association. Des actions dynamiques sont entreprises pour restaurer à Hervé la dignité dans son existence. Mais force est de déplorer, de déchanter qu’en dehors de la volonté affichée de Humanity First à aider Hervé, en dehors de ce que eux, peuvent faire, Hervé essuie des déceptions par rapport à ce qui avait pu lui être promis de part et d’autres.

Invité à l’ambassade des Etats-Unis accompagné du responsable Droits humains de Humanity First, face à la détresse exprimée dans son cas, l’attaché politique d’alors de cette chancellerie se veut rassurant, porteur de grands espoirs pour sortir Hervé de son ornière. L’on parle de facilitation d’un asile vers les Etats-unis pour Hervé. Entre temps, promesse lui est faite de mobiliser des fonds pour sa sécurité. Hervé y voit l’issue tant espérable pour sortir de sa situation autour de cette Société qui le tient en paria.

D’autant plus que ce sont des engagements et promesses qui viennent d’une institution d’envergure. Malheureusement, rien n’arrivera, Hervé dans sa candeur, attendra en vain, et avec son esprit naïf, espère jusqu’aujourd’hui.

Alors, les victimes de cruelles injustices homophobes comme c’est le cas d’Hervé aujourd’hui, sont-elles juste des bêtes de foire qu’on contemple pour satisfaire sa curiosité, ou juste des sujets à alimenter les rapports devant servir de tremplin à ceux-là qui pour les rencontrer et avoir le fin mot sur leurs histoires, les courtisent quasiment ? Mais pour quel bénéfice, pour qui ?

Dans tous les cas, c’est de tels sentiments qui viennent à l’esprit et les victimes déchantent vu que leur situation n’est pas améliorée par la suite! Mais Dieu sait les espoirs qu’ils placent dans chacune des occasions qui se présentent, chacune des rencontres avec tel ou tel personne ou institution qui manifeste un intérêt sur leurs cas. Ce qui représente  à chaque fois pour eux, et même aujourd’hui encore, des opportunités en or.

Justement, Hervé attend toujours, continue d’espérer, tant à cause de ce qui lui est arrivé, l’horizon de sa vie est trouble. Après avoir vécu dans le refuge de Humanity First dont le bail a malheureusement expiré, il a bénéficié de la générosité du responsable des Droits humains Raphael Dou’a qui a proposé de l’héberger depuis. Belle preuve de solidarité agissante, et de responsabilité.

Son procès est toujours en cours, Maitre NDONGO Jathan qui le suit nous apprend du renvoi ce mois de l’audience prévu le mois dernier en raison de l’indisponibilité du plaignant, retenu le jour de la dernière audience à la garde présidentielle où il est en service.

Mais, entre son procès qui est toujours en cours, la peur d’écoper à son terme d’un emprisonnement,  les jours qui passent et se ressemblent pour lui avec ce sentiment que sa vie est bloquée, Hervé espère toujours que la sollicitude des institutions en capacité de redonner sens à sa vie, ou de toute âme de bonne volonté peuvent encore réagir. Ils y fondent véritablement beaucoup d’espoir.

Il est véritablement aux abois, n’ayant même pas les ressources pour subvenir à ses besoins essentiels au quotidien.

A cause de ce qui lui est arrivé, sa scolarité d’étudiant en botanique à L’université des Montagnes à Bangangté s’est arrêtée net. Son quotidien est dépression, anxiété, peur post traumatique. Il dit ne pas se sentir en sécurité, avoir généralement l’impression en plein jour, « que des gens le poursuivent ». Ses besoins pour retrouver de l’équilibre et du sens à son existence qui était en pleine construction c’est soit obtenir de l’aide pour suivre une formation  au niveau national ou international, soit bénéficier d’un asile vers un autre pays.

Erin Royal Brokovitch, l’auteur de cet article, est un militant pour les droits LGBTI au Cameroun qui écrit sous un pseudonyme.

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