Europe

France : Arc Essentiel pour redonner sens à la vie des refugiés LGBTQ+

Arc Essentiel est une association de médiation par les pairs de refugiés LGBTQ+. Thomas O. son fondateur a accepté d’en livrer la génèse ainsi que les contours pour 76crimes.

(source : @arcessentiel)

Thomas O. : « Je suis un activiste en faveur des droits LGBT+ et contre le VIH/sida depuis 2010 et j’ai commencé à militer au Cameroun, dans mon pays d’origine. J’ai démarré ma militance plus exactement avec Affirmative Action, avant de travailler pour « Enfants d’Afrique », contre les violences faites aux mineurs. D’ailleurs, il y avait également un volet de prévention contre le VIH chez les adolescents au sein de cette organisation. Par la suite, mon militantisme a encore pris une autre envergure quand j’ai été élu représentant des organisations travaillant avec les populations clés, à partir de 2015. Depuis 2017, ma vie a basculé quand j’ai fait le choix de demander l’asile en France où depuis 6 ans, je milite en tant que réfugié LGBT+, pour d’autres réfugiés LGBT+ ».

Thomas O., (source : @ouest-france)

76crimes : « Pourquoi avoir fait le choix de la France ? »

Thomas O. : « Je suis parti du Cameroun, suite aux persécutions auxquelles j’ai fait face. Eric Ohena Lembembe (journaliste et défenseur des droits humains engagé dans la protection des droits des personnes LGBT+) a été assassiné en 2013 et les menaces à mon encontre n’ont jamais cessé dès lors. En outre, il y avait les pressions de mon entourage et je ne pouvais plus vivre caché. Tout cela a concouru à me faire partir du Cameroun.

Arrivé en France, j’ai immédiatement demandé asile dans l’enceinte de l’aéroport Charles De Gaulle, où l’on m’a fait passer un entretien en zone d’attente. Ensuite, l’on m’a remis un sauf-conduit de 8 jours pour pouvoir me rendre en préfecture pour déposer ma demande. Elle a été accepté un an plus tard lorsque j’ai été reconnu en tant que réfugié en 2018».

76crimes : « Qu’avez-vous fait pendant l’année où a duré l’examen de votre dossier ? »

Thomas O. : « Pendant un an, je ne pouvais pas travailler, car c’est ce qui est stipulé sur l’attestation de demande d’asile. Du coup, j’étais bénévole au secours catholique de Bondy, où j’accompagnais les populations vulnérables. On accompagnait des publics en difficulté avec des kits alimentaires ou sinon l’on donnait des chèques à des personnes en situation de précarité énergétique en hiver.

Avec le recul, je dirais que le bénévolat m’a permis de pouvoir me familiariser aux us et à la culture du pays d’accueil et j’ai su positiver cela. Cependant c’est quand j’ai obtenu mon statut de réfugié que les difficultés ont commencé. D’abord, il m’a fallu trouver un logement et concomitamment un emploi. Par exemple, la reconnaissance des diplômes est l’un des points les plus problématiques pour un réfugié. Par exemple, j’ai eu le concours d’entrée à la formation d’assistant social. Néanmoins, le temps que j’obtienne une reconnaissance de mon diplôme camerounais, le cursus de formation avait déjà commencé.

En ce qui concerne le logement, j’ai eu la chance de bénéficier d’un partenariat entre l’ardhis et adoma. Et plus d’une fois, ce qui m’a sauvé de la rue en France est le fait que j’ai une sœur qui vive ici ou bien le fait que je sois en couple. Toutefois, les logements temporaires ne sont pas toujours les meilleures expériences et à la résidence Matisse dans le 13ème arrondissement, il m’a fallu me débattre au milieu de personnes homophobes et toxicomanes. En effet, à plusieurs reprises, j’ai déposé des plaintes ou des mains courantes. Néanmoins aujourd’hui, j’ai pu devenir un médiateur social et culturel au Point d’Information et de Médiation Multiservices (PIMS) de Paris, où je me plais beaucoup ».

76crimes : « Qu’est-ce qui t’a amené à fonder l’association Arc Essentiel ? »

Thomas O. : « Les demandeurs d’asile bénéficient d’un accompagnement conséquent quand ils arrivent en France, mais par contre, dès que le statut de réfugié est obtenu, ils se sentent un peu perdus. Aussi, une fois arrivés en Europe, l’on constate que les réfugiés LGBT+ refont l’expérience du rejet au sein de leurs propres communautés d’origine et c’est une expérience commune à tous qu’ils soient afghans, latino-américains ou africains.

C’est ainsi que durant le confinement de mars 2020, j’ai mis à profit mon temps libre pour réfléchir à une association d’aide aux demandeurs d’asile et aux réfugiés par les pairs, car c’est quelque chose qui n’existait pas du tout. Or l’on a besoin d’innovation sociale.

Aussi, quand je sonde et que je demande aux gens qui viennent nous voir, si l’assistante sociale sait qu’ils sont homosexuels, je me rends compte à quel point les non-dits et les omissions biaisent totalement l’accompagnement de ce public en difficulté. Mais au moins, dans nos locaux de la Maisons de la vie associative et citoyenne du 14ème arrondissement, ils peuvent s’exprimer à cœur ouvert. Et au besoin, nous les réorientons vers des structures et des partenaires gay-friendly davantage en adéquation avec leurs demandes ».

76crimes : « Quelles sont vos activités ? »

Thomas O. : « A l’avenir, nous songeons également à sensibiliser les organisations de la communauté LGBT+ à l’accompagnement des personnes migrantes homosexuelles ou transgenres. Cependant, pour l’heure, l’on se focalise davantage sur les demandes de titre de séjour, ainsi que sur les inscriptions à pôle-emploi du public que nous suivons.

Par exemple, si les exilés obtiennent leur statut de réfugiés, on va les accompagner vers une demande de revenu de solidarité active (RSA) pour les majeurs, ou vers la mission locale s’il s’agit de mineurs. En outre, nous proposons nos conseils et notre appui à toute demande de logement, dès lors que notre public obtient une attestation de prolongation d’une première demande de titre de séjour.

Pour finir, l’on travaille sur les projets professionnels ou les projets de reprise d’études. On aide et on oriente tout le temps et inlassablement. En 2022, nous avons accueilli près de 260 personnes, ce qui est déjà très encourageant ».

76crimes : « Avez-vous comme préoccupation les droits humains dans les pays d’origine ? »

Thomas O. : « Oui, naturellement. La diaspora LGBT+ a notamment un rôle à jouer dans la dépénalisation universelle de l’homosexualité. A travers nos voix d’exilés et de réfugiés, nous permettons à nos interlocuteurs de toucher du doigt des réalités brulantes, quant à l’état de droit dans nos pays d’origine où les mentalités sont souvent rétrogrades. Plus que jamais nos voix sont nécessaires pour faire entendre à nos compatriotes homophobes vivant en Europe que l’homosexualité n’est pas une importation occidentale. D’ailleurs, cette homophobie illustre le fait que certains n’ont pas leur place, dans un pays dont ils piétinent les valeurs de tolérance et d’acceptation de l’autre ».

Pour entrer en contact avec Thomas O., vous pouvez cliquer ici.

Les accueils de permanence de son organisation sont tous les mercredi de 18H30 à 21H30, ainsi que les samedi de 11H00 à 18H00, à la Maison des réfugiés, 50 Boulevard Jourdan, à Paris.

Une réflexion sur “France : Arc Essentiel pour redonner sens à la vie des refugiés LGBTQ+

  1. Pingback: La Global Black Pride va prendre ses quartiers à Paris en 2026 | 76 Crimes en français

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.