Alors que les mois de juillet et août ont nourri une réflexion féconde quant aux chantiers de militance au sein de la communauté LGBT+ de Guadeloupe, Leïla, de l’association Secret’s Out a accepté de nous parler des un an d’existence de l’organisation à laquelle elle préside.

76crimes : « Pourquoi fonder une nouvelle organisation en faveur du public LGBT+ en Guadeloupe ? »
Leïla : « J’ai vécu dans l’Hexagone et à mon retour en Guadeloupe après l’épidémie de covid 19, j’ai découvert Amalgame Humani’s qui s’occupe notamment de la ligne d’écoute Voix arc-en-ciel en faveur des victimes de LGBTphobies dans l’archipel.
J’ai néanmoins été frappé du décalage qui prévaut entre la visibilité de la communauté LGBT+ antillaise dans l’Hexagone et la situation sur place, ici.
Puis autour de moi, on m’a poussé à me lancer et à aller de l’avant et le 28 février 2022, l’association a été fondée. Au total, nous sommes un groupe de 7 membres fondateurs ».

76crimes : « Quel est le plus grand défi auquel vous êtes confrontés ? »
Leïla : « C’est de faire sortir les membres de la communauté pour des raisons autres que festives. On a beau faire des soirées jeux ou des expositions, on a du mal à faire sortir les nôtres.
Toutefois, l’on peut venir à notre rencontre pour qui le souhaite 2 fois par semaine à l’espace « Il y a kaz », à Pointe à Pitre, à deux pas du Mémorial ACTe. Nous sommes joignables les jeudi après-midi de 17H00 à 20H00 et les samedi de 10H00 à 13H00.
Il s’agit d’une permanence pour pouvoir écouter et échanger et permettre à des gens de ne pas se sentir seuls, car beaucoup de personnes ne vont pas en soirée.
Après, nous organisons aussi des temps de convivialité avec des soirées thématiques. L’un n’exclut pas l’autre ».
76crimes : « Il se dit sur les réseaux sociaux que vous êtes contre les interventions en milieu scolaire pour parler d’homophobie auprès des jeunes, est-ce vrai ? »
Leïla : « En effet, une personne se répand en mensonges, mais dans les faits, le rectorat a aussi contacté « Ma différence LGBT » lors de la réunion consacrée aux interventions en milieu scolaire. Sa présidente a soumis l’idée, pour les prochaines sessions, de proposer aux personnels encadrants des témoignages de personnes LGBT.
Chez Secret’s out, nous avons trouvé l’idée séduisante, mais davantage adaptée au public lycéen, afin qu’ils puissent poser des questions et interagir.
Concernant les personnels encadrants, nous pensions que cela aurait été plus intéressant de faire des mises en situation pratique, afin qu’ils puissent mieux appréhender les situations de harcèlement et de discrimination vécus par les élèves LGBT à l’école.
Depuis plusieurs mois, le rectorat de Guadeloupe sait et est au courant de cette rumeur, mais cette courte réponse vaut mise au point.
Au final, dans les écoles, nous avons fait une opération de sensibilisation auprès des personnels, puis le 17 mai dernier, nous sommes intervenus dans un collège, auprès d’élèves de 6ème, en compagnie d’Amalgame Humani’s.
Cependant, ce n’est pas le cœur de notre activité pour le moment ».
76crimes : « C’est à dire ? Pouvez-vous nous en dire plus ? »
Leïla : « Nous organisons beaucoup d’ateliers en vue de créer des débats, afin de canaliser la parole publique et d’avoir un espace pour répondre au tout venant, car les propos relevant de l’homophobie ordinaire sont monnaie courante en Guadeloupe.
Par exemple, on aborde des thèmes tels que la binarité, la transidentité, la religion, le coming-out, naître ou devenir LGBT.
Souvent, c’est l’opportunité que de pouvoir collaborer avec des professionnels libéraux ou des organisations davantage structurées, comme Aides.
Malgré un public un peu timide parfois, on arrive à toucher des personnes entre 25 et 35 ans et c’est positif.
Pour l’avenir on aimerait pouvoir se positionner sur des activités de médiation familiale, car l’on se rend compte que c’est souvent là où l’homophobie est la plus douloureusement vécue ».

76crimes : « Avez-vous un message à faire passer auprès de la diaspora LGBT+ antillaise vivant à Paris ou à Montréal, par exemple ? »
Leïla : « Enfin, on aimerait dire qu’ici aussi les choses bougent, à l’instar de ce qui se passe dans l’île soeur, la Martinique, où ils sont un peu plus avancés en termes d’activisme.
Aujourd’hui, beaucoup de personnes arrivent à concilier leur vie en Guadeloupe, avec leur orientation sexuelle et revenir au pays ne doit plus être perçu comme un frein à notre épanouissement. On doit pouvoir revenir en vacances en Guadeloupe, si on le souhaite, puis rester si l’on en a envie au même titre que les hétérosexuels.
Pour finir, pour l’an prochain on organisera une marche des fiertés en Guadeloupe, où un service de sécurité sera présent pour les participants à ce défilé. Nous avons engagé des échanges avec plusieurs partenaires et nous prendrons le temps de faire les choses correctement et sans précipitation, pour que la population et les personnes concernées soient convenablement informées, avec l’aval des autorités bien sûr ».
Articles connexes sur la Guadeloupe :
- Eco-féminisme noir lesbien à Paris : Faire face aux conséquences du chlordécone de l’autre côté de l’Atlantique (16 août 2023, 76crimesFR.com)
- Communiqué de presse : Venir et vivre en Guadeloupe n’est pas un enfer pour les communautés LGBT+ en 2023 (11 août 2023, 76crimesFR.com)
- Tribune : Non à la prédation politique autour de l’appellation « Centre LGBT+ de Guadeloupe » (07 août 2023, 76crimesFR.com)
- Portrait : Dominique Pouzol, artiste guadeloupéen engagé contre les LGBTphobies en Guadeloupe (26 juillet 2023, 76crimesFR.com)
- La communauté LGBT+ boude la « Pride de Guadeloupe » (23 juillet 2023, 76crimesFR.com)
- Cheminement personnel, cheminement politique en faveur des personnes LGBTI dans la Caraïbe francophone (14 novembre 2022, 76crimesFR.com)
- Guadeloupe : « la droite radicale antillaise et les braises du populisme numérique LGBTphobe » (15 mai 2022, 76crimesFR.com)
- Guadeloupe, l’homosexualité n’est ni une maladie mentale, ni une maladie curable (06 avril 2022, 76crimesFR.com)
Pingback: Guadeloupe : 2025, annus mirabilis pour la communauté LGBT+ ? | 76 Crimes en français