Afrique

Au Cameroun, ma vie est un enfer parce que j’appuie mon frère gay

Au Cameroun, si vous êtes un membre aimable et solidaire de la famille d’un homosexuel, vous deviendrez une cible pour les agresseurs violemment anti-homosexuels.

Le militant camerounais des droits des LGBT, Dominique Menoga, s’est enfui en France pour sa vie en 2012 et y a obtenu l’asile.

Maintenant, trois membres de sa famille demandent également l’asile pour échapper à la persécution qu’ils subissent au Cameroun en raison de leur association avec lui — sa nièce Joséphine et deux frères, Emmanuel José Essama, dont le récit de ses expériences au Cameroun est toujours en cours de compilation, et Guillaume Albert Medouma, dont l’histoire est ci-dessous.

Lire ci-dessous le deuxième des articles basés sur les récits des membres de la famille.  L’histoire de Guillaume Albert Medouma a été compilée avec l’aide d’un militant bénévole des droits humains qui s’appele « M. Defender » (un pseudonyme):

Guillaume Albert Medouma travaille à son ordinnateur représentant CAMFAIDS à la « Formation à la prise en charge globale des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes vivant avec le VIH en Afrique sub-saharienne » (RAF VIH, 2012)

Guillaume Albert Medouma travaille à son ordinnateur représentant CAMFAIDS à la « Formation à la prise en charge globale des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes vivant avec le VIH en Afrique sub-saharienne » (RAF VIH, 2012)

Guillaume Albert Medouma Boheli — en danger  parce que son frère est militant gay

Guillaume Albert Medouma Boheli, né le 13 novembre 1985 à Yaoundé au Cameroun dans une famille très religieuse.

Dès son jeune âge, il entretient des liens forts avec son frère aîné, Dominique Menoga, et se rend compte que Dominique est gay.

Guillaume se souvient:

« En classe de cours élémentaire, Dominique se comportait comme une fille.  Mon père l’obligeait à jouer au foot, aux bandits et policiers, à être un garçon. Moi, je devais le soutenir, le protéger quitte à frapper ceux qui l’insultaient et le provoquaient. Je couvrais même toutes ses relations amoureuses avec des garçons ».

Un jour de juillet 2000, une dispute a éclaté entre le Dominique et un petit ami. A cet instant, leur maman avait suivi et est allé dans sa chambre. En fouillant, elle a découvert un paquet de préservatif et de lubrifiants.

Tout bascule dans la famille quand on apprend l’homosexualité de Dominique.

« Notre papa a commencé à bastonner Dominique, il l’a ensuite enfermé dans la chambre sans eau ni nourriture. Je partais lui donner quelque chose à manger en cachette » se souvient Guillaume.

On a fait toutes sortes de choses à Dominique sous prétexte de « le désenvouter » de l’esprit de l’homosexualité.

« C’est moi qui l’ai aidé à s’échapper de la chambre où il était enfermé en trompant la vigilance de mon père » explique Guillaume.

Graffiti homophobe laissé sur la voiture.

Graffiti homophobe écrit sur la voiture: «Famille de porc»

L’orientation sexuelle de Dominique a fait le tour de la famille maternelle et paternelle. Après une réunion de famille, on décida que les plus petits soient mis à l’écart de cette malédiction qui s’abattait sur la généalogie de leur grand-père maternel.

Les enfants avaient été placés chez ses tantes. « C’est pour ça que Joséphine et moi-même avons dû quitter la maison pour aller vivre à Emana, le quartier où vivaient mes tantes et ma grand-mère familiale maternelle », déclare Guillaume.

C’est à cette époque entre 2002 et 2009 (jusqu’à son baccalauréat), que sa nièce Joséphine et lui ont vécu les brimades familiales, des séjours spirituels forcés, pour soigner ce fameux « mal de l’homosexualité »

En 2010, il a quitté Emana pour étudier à l’Université de Soa à Yaoundé. Par la suite, il a participé à plusieurs séminaires organisés par USAID, l’ACMS, CAMNAFAW, RAF/VIH, etc.

Aussi en 2010, il débute ses premiers pas de révolutionnaire chez CAMFAIDS, l’association fondé par Dominique et le militant/journaliste Eric Lembembe.

« J’ai dû entrer dans le monde gay et gagner la confiance de ce milieu, par solidarité, je fréquentais les mêmes snack-bars du milieu gay, au Carrefour de la Joie », se souvient-il.

Des autres graffiti homophobes écrits sur sa voiture: «Sale pédé»

Des autres graffiti homophobes écrits sur sa voiture: «Sale pédé»

Durant deux ans, à l’Université de Soa, les étudiants hétéros ont commencé à le persécuter en écrivant des insultes sur le mur de sa chambre car pour eux ne pouvait être « Pédé que celui qui fréquente les Pédé ».

En sport, personne ne venait dans son équipe. Personne n’acceptait de se laver en sa compagnie. Il subissait les moqueries comme « leur famille est maudite, deux pédés dans une famille, c’est héréditaire ».

Ces épreuves renforçaient encore plus sa détermination à soutenir son frère et la communauté gay, au détriment de sa vie.

Grâce à Éric Lembebe, il est recruté comme stagiaire, puis comme salarié d’ASSOAL, tout en étant bénévole comme webmaster du site web de la CAMFAIDS. En fin 2012, après l’exil de son frère, il reste combattre avec Éric.

En 2013, Éric a été assassiné. « Toute la communauté homosexuelle était sous pression » se souvient-il.

Quand l’orientation sexuelle d’Éric fut mise au grand jour via les dirigeants d’ASSOAL, des rumeurs ont surgi.

« C’est sûr que lui aussi est dans la secte des pédés sinon, comment il a fait pour avoir aussi facilement le travail et grimper aussi rapidement les échelons » a-t-il entendu murmurer un jour.

Un bon matin mi-2014, on déménagea son bureau. Apres avoir pris rendez-vous avec le coordonnateur Jules Dumas Nguebou, ce dernier lui dit

« Tu soutiens les pédés donc tu en fais partie. Par conséquent nous ne pouvons pas te garder malgré que ton travail soit satisfaisant. En ce moment, l’image d’ASSOAL est en jeu, donc vas te chercher ailleurs ».

Mis au chômage, il est obligé de retourner dans la maison des parents à Manguier, un quartier très dangereux et pauvre à Yaoundé.

Depuis 2015, du fait des travaux militants de Dominique à l’étranger, on recevait les insultes des voisines et des jeunes du quartier, continue-t-il.

« Tout le monde savait que Dominique était parti du pays parce qu’il était homosexuel. On l’accusait de promouvoir l’homosexualité et de salir le Cameroun à l’étranger » conclut-il.

Au quartier, on nous traitait de « famille de pédés ». Les gens du quartier disaient « Ton frère a fui le Cameroun pour aller se marier avec un vieux blanc ». [Un mensonge.]

Guillaume Albert Medouma

Guillaume Albert Medouma

Le climat était devenu électrique au quartier au point où la famille a dû changer les portes et mettre des cadenas neufs.

Un matin, en rentrant d’un séjour à Kribi, la cuisine de la maison a été saccagée. Les murs en terre battue et en planches de bois étaient à terre.

Sa mère pleurait et était angoissée que cela présage une chose plus grave.

Plusieurs filles ont quitté Guillaume après qu’elles aient su que son grand frère était «un gros pédé» par les rumeurs de quartier.

Lorsque qu’il a rencontré Mireille Agnès, son actuelle femme, il a pris le risque énorme de lui avouer que son frère était gay et qu’il le soutenait fermement ».

Lorsque qu’il rencontre Mireille Agnès, son actuelle femme, il prend le risque énorme de lui avouer que son frère est gay et qu’il le soutient fermement .

« Je n’en pouvais plus » lâche-t-il.

Avec fierté, il prénomme son fils Dominique Savio Menoga Boheli » à l’honneur de son frère ainé.

« Depuis la fin de l’année 2017, j’ai reçu des menaces verbales et physiques. Des jeunes du quartier passent toutes les semaines devant notre cour en moto ou à pied, en proférant les injures et en lançant des bouteilles, alors que les enfants jouent dans la cour », déclare-t-il.

À chaque fête populaire, il craint que des bandits ivres les agressent.

Au total, ces trois derniers mois, il s’est fait agresser deux fois dans des violentes bagarres avec les jeunes du quartier.

Les gens du quartier ont même porté plainte à son encontre dans deux commissariats publics pour « coups et blessures » et « propagande de l’homosexualité ».

Guillaume craint pour sa vie, en danger tous les jours dans ce quartier. Il craint aussi pour sa famille persécutée simplement …parce que son frère est gay !

 Guillaume Albert Medouma travaille sur sa voiture. (Photo de Dominique Menoga)

Guillaume Albert Medouma travaille sur sa voiture. (Photo de Dominique Menoga)

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2 réflexions sur “Au Cameroun, ma vie est un enfer parce que j’appuie mon frère gay

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