Afrique/Afrique subsaharienne

Kenya : Comment mettre fin aux violences homophobes

Un rapport de Human Rights Watch:

Kenya : Violences homophobes dans la région côtière

Le gouvernement devrait protéger et non persécuter les minorités sexuelles

Cliquer sur l'image pour télécharger le rapport en anglais.

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(Nairobi) – Dans la région côtière du Kenya, des individus ont été la cible de nombreux assaillants en raison de leur identité et de leur orientation sexuelles, ont déclaré PEMA Kenya et Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Lors de six incidents au moins perpétrés entre 2008 et 2015 dans les comtés de Mombasa, de Kwale et de Kilifi, des foules ont menacé ou s’en sont pris violemment à des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) ou à des personnels de santé au service de cette communauté, en l’absence d’une réaction suffisante de la part des autorités.

Ce rapport de 70 pages, intitulé « The Issue is Violence: Attacks on LGBT People on Kenya’s Coast » (« Il s’agit de violence: Attaques contre les personnes LGBT sur la côte kényane ») s’appuie sur des recherches menées en 2014 et 2015 par Human Rights Watch et PEMA Kenya, une association communautaire basée à Mombasa qui fournit un soutien aux minorités sexuelles et transgenres en matières de droits humains, de santé, de VIH/sida et de bien-être économique. Des violations des droits des membres de minorités sexuelles ont été documentées dans la région côtière du Kenya, notamment des violence en réunion, des agressions, des viols, des incitations à la violence, ainsi qu’une protection insuffisante. Les deux groupes ont identifié les moyens par lesquels les autorités kenyanes pourraient améliorer leur réponse à de tels abus.

Carte du Kenya indique Mombasa et la région côtière

Carte du Kenya indique Mombasa et la région côtière

« Pour de nombreuses personnes LGBT de cette région, la sécurité est une préoccupation quotidienne », a déclaré Esther Adhiambo, Directrice exécutive de PEMA Kenya. « En dépit d’une amélioration de l’attitude de la police vis-à-vis des personnes LGBT ces dernières années, la discrimination demeure un problème majeur. Leur crainte justifiée de déposer plainte pour des crimes motivés par la haine signifie que la violence se poursuit en toute impunité ».

La réponse des autorités aux lynchages et autres formes de violence à l’encontre des gays est limitée. Les fonctionnaires condamnent rarement les attaques. Y compris dans les rares cas où une protection est accordée aux victimes, la police n’a procédé à aucune arrestation pour participation ou incitation à de telles attaques.

Beaucoup de victimes ne déposent pas plainte, estimant que la police ne les aidera pas ou, pire, qu’elle pourrait les arrêter plutôt que leurs agresseurs. Dans plusieurs cas, les victimes ayant tenté de déposer plainte se sont heurtées à des discriminations policières, certaines ayant été moquées, d’autre harcelées ou se voyant refuser le droit de faire une déclaration.

La loi kenyane prévoit de punir jusqu’à 14 ans de prison pour le soi-disant délit de « relations charnelles contre-nature ». Bien que les poursuites pour rapports entre personnes de même sexe soient rares au Kenya, la police du comté de Kwale a arrêté deux hommes en février 2015 uniquement sur la base de rumeurs, les soumettant à un examen rectal humiliant, dans une tentative regrettable de « prouver » leur orientation sexuelle. Les arrestations ont eu lieu dans le contexte d’une chasse aux sorcières contre les homosexuels lancée par les résidents du comté. Au moins deux hommes ont été agressés, tailladés avec des tessons de bouteilles, manifestement victimes de crimes homophobes. Elles ont confié à Human Rights Watch et à PEMA avoir renoncé à signaler ces incidents à la police, de crainte d’être arrêtées.

Les violences non signalées commises sur la base de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre ne constituent pas seulement une violation grave des droits humains, mais compromettent aussi les efforts du Kenya pour lutter contre une épidémie de VIH/sida qui sévit surtout parmi les populations vulnérables, notamment les femmes transgenres et les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes, ont déclaré les deux organisations. Dans trois des agressions commises en réunion, les violences ou les menaces brandies par les résidents et les chefs religieux locaux ont contraint les prestataires de santé travaillant auprès des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes à fermer temporairement ou définitivement leurs locaux ou à suspendre leurs programmes. Des attaques anti-gays à Kwale en février ont également poussé des dizaines de personnes à fuir la région ou à rester confinées chez elles des semaines durant, provoquant une baisse notable de la participation aux activités de prévention du VIH dans un centre de soins de santé de Mombasa.

L’ONUSIDA a appelé à la dépénalisation des rapports homosexuels, soulignant que celle-ci marginalise les groupes vulnérables et les prive de services de prévention du VIH et de soins essentiels.

Les organisations de la société civile de la côte kényane, notamment PEMA Kenya, ont lancé des initiatives de sensibilisation des policiers, des prestataires de soins de santé et des chefs religieux aux questions d’identité et d’orientation et sexuelles, ainsi qu’à l’importance de la non-discrimination. Ces initiatives ont progressivement amélioré le climat dans lequel les personnes LGBT vivent dans la région, mais les groupes de la société civile soutiennent que cela ne devrait pas être leur seule responsabilité. Le gouvernement devrait également jouer un rôle pour mettre fin aux violences et aux discriminations homophobes et transphobes.

Uhuru Kenyatta, le président du Kenya (Photo d'Africa.com)

Uhuru Kenyatta, le président du Kenya (Photo d’Africa.com)

« Le président Kenyatta a récemment décrit les violations des droits des homosexuels au Kenya comme n’étant pas un problème », a rappelé Lorna Dias, Coordinatrice exécutive de la Gay and Lesbian Coalition of Kenya (GALCK), un regroupement d’organisations dont PEMA Kenya est membre. « Notre réponse, c’est qu’être gay ou lesbienne n’est pas un problème, mais que c’est le fait de le remettre en cause qui en est un grave. Et le gouvernement ne peut abdiquer sa responsabilité dans la répression des violences contre nos communautés ».

En 2014, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a adopté sa résolution pionnière 275, qui engage les gouvernements à prévenir et à réprimer toutes les formes de violences visant les personnes sur la base de leur identité et de leur orientation sexuelles réelles ou supposée.

« Alors que certains dirigeants kenyans ont tenté de dépeindre l’homosexualité comme ‘non-africaine’, la résolution de la Commission africaine consacre ce que beaucoup de défenseurs africains des droits humains disent depuis longtemps, à savoir que c’est la violence et l’exclusion qui sont anti-africaines », a déclaré Daniel Bekele, Directeur de la division Afrique de Human Rights Watch. « Le Kenya devrait respecter cette résolution et protéger, plutôt que persécuter les minorités sexuelles et transgenres, sur la côte et partout où sévissent les violences anti-LGBT. »

 

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