
Par Jean Jacques Dissoke
Au Cameroun, comme ailleurs en Afrique, ce sont près de 200 organisations de lutte contre le VIH qui dépendent peu ou prou des financements internationaux de l’aide américaine pour pouvoir apporter des traitements ainsi qu’un accompagnement idoine auprès des populations clés (travailleuses du sexe – détenus – personnes LGBT+ – employés du secteur des transports de marchandises ) pour vaincre la pandémie.
A travers le continent africain, la récente suspension des programmes d’aide multilatérale fait naître une grande stupeur, ainsi que la crainte d’un brutal retour en arrière, alors que l’épidémie du VIH semblait sous contrôle au cours de la dernière décennie, avec 25 millions de vies sauvées.
D’aucuns évoquent « Un vaste saut dans l’inconnu », tel que François Venter, professeur de médecine à l’université de Johannesburg, décrit la situation au Malawi, au Zimbabwe, au Mozambique et en Ouganda.
Il ajoute : « Sur place, les gens commencent à paniquer. Si le financement du PEPFAR est complètement stoppé dans un pays comme l’Ouganda par exemple, cela signifie que personne n’aura accès aux traitements antirétroviraux et que des centaines de milliers, voire des millions de personnes mourront. Or, nous n’avons eu aucune communication des Américains sur l’avenir de ce plan et ce manque d’information est très effrayant. »
Actuellement et par décret de l’administration Trump depuis le 20 janvier 2025, toute l’aide étrangère américaine a été gelée pour une durée de 3 mois, à l’exception faite de l’aide destinée à l’Égypte et à Israël ainsi que de « l’aide humanitaire vitale ». Cependant Dieu seul sait quelle aide est éligible à l’aide humanitaire vitale et tout cela est extrêmement opaque voire discrétionnaire.

Outre l’achat de médicaments auprès des laboratoires pharmaceutiques, PEPFAR subventionne le recrutement et la consolidation d’équipes médicales formées au dépistage, à la prévention et à l’accompagnement aux soins de près de 20 millions d’africains dans environ 30 pays du « continent noir ».
Pour l’heure, si les décrets trumpiens prennent des largesses avec l’interprétation du droit américain, arguant de leur caractère temporaire, néanmoins les mesures de suspension de l’aide sociale fédérale ont d’ores et déjà été bloqués par des juges, tandis qu’ aucune mesure similaire n’a encore été prise par voie de justice concernant l’aide internationale.
« Ces programmes sont en place depuis 20 ans, sous l’administration Bush », rappelle Venter. « Ils ont bénéficié à des millions de personnes et sont destinés aux populations les plus exposées au VIH et les résultats sont exceptionnels. Arrêter ce programme serait un coup de massue. »
Sans le soutien des États-Unis et sans ressources financières locales adéquates pour soutenir la poursuite de ces efforts, les pays africains pourraient peut-être trouver d’autres partenaires internationaux qui puissent prendre le relai des États-Unis à l’avenir, selon un haut responsable du Centre africain de prévention des maladies.
« Cet arrêt du financement peut exposer les personnes vivant avec le VIH à un risque accru immédiat de maladie et de décès tout en sapant les efforts de prévention de la transmission du virus parmi les populations-clés des pays les plus touchés par la pandémie. Pourtant, une observance assidue et régulière des traitements contre le VIH signifie Zéo transmission du virus », écrit Jérôme Salomon, sous-directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sur le réseau social LinkedIn.
Au Cameroun, le taux de prévalence du VIH/SIDA est de 2,1% dans la population générale, mais il est de 20% chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) et de 25% chez les travailleurs du sexe. Ces dernières années, le nombre d’infections liées au VIH est reparti à la hausse chez les jeunes filles et parmi les adolescentes, selon le plan stratégique national de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme pour la période 2024-2030.