Afrique subsaharienne

Panafricanisme: Fierté Afrique Francophone donne rendez-vous aux défenseurs des droits humains d’Afrique en novembre prochain

Lancé récemment en début 2023, mais initiée depuis 2019, Fierté Afrique Francophone donne rendez-vous à toute la communauté des défenseurs des droits des minorités sexuelles et de genre de l’Afrique d’expression française à Abidjan, en novembre prochain, pour une rencontre d’une durée de deux jours. Joseph Messinga-Nkonga, son secrétaire permanent camerounais, nous explique les raisons qui ont sous-tendu l’avènement de ce nouveau réseau, dans le contexte africain actuel.

76crimes: « Quel a été le point de départ de Fierté Afrique Francophone ? »

Joseph Messinga-Nkonga: « En tant que francophones du continent africain, nous étions marginalisés depuis longtemps et la plupart des espaces de rencontre et des documents s’adressant aux défenseurs des droits humains étaient systématiquement en anglais. Par ailleurs, durant le covid, les activistes africains anglophones ont lancé « Pride Afrique », alors de notre côté, on a cessé de s’inhiber et l’on a lancé Fierté Afrique Francophone, en Afrique de l’Ouest, afin d’être visibles pour montrer que l’on existe. Il faut savoir qu’aujourd’hui encore, de nombreux bailleurs ne financent des projets qu’en anglais.

A présent, une centaine d’organisations nous ont rejoints car chacun de notre côté dans différents pays, nous étions confrontés aux mêmes difficultés ».

Joseph Messinga-Nkonga

76crimes: « Quels sont vos principaux accomplissements jusqu’à présent ? »

Joseph Messinga-Nkonga: « Concrètement, nous avons lancé récemment deux fonds. Le fonds « Woubi » qui est un mécanisme de financement flexible et féministe pour permettre aux organisations de petites tailles de mener à bien des projets de développement. Enfin, le fonds « Carlos Idibouo » vise à venir en aide à des personnes victimes de violences basées sur le genre, notamment des défenseurs des droits humains en danger.

D’autre part nous menons d’autres activités connexes, en lien avec du plaidoyer, à travers le programme Eding qui sert à renforcer les connaissances des activistes, relatives aux droits fondamentaux et aux droits universels, en vue ultérieurement de construire des contentieux juridiques stratégiques, comme celui qui a abouti à ce que le Botswana dépénalise l’homosexualité en 2019, grâce à une décision de la cour suprême de justice locale ».

76crimes: « Comment vous positionnez-vous par rapport aux récentes évolutions dans la région subsaharienne, avec les récents coups d’état et quelles sont les spécificités de l’Afrique francophone dans sa globalité, au regard des personnes LGBT+ ? »

Joseph Messinga-Nkonga: « Dans l’ensemble, il est des pays où nous avons plus de mal à mobiliser que d’autres, je pense au Burundi, au Rwanda, au Niger, à la Guinée, à la Mauritanie, à Madagascar, ainsi qu’à l’Afrique du Nord en général et en particulier, le Maroc.

En outre, même s’il n’existe pas toujours de lois explicitement LGBTphobes dans tous les pays, l’on observe qu’il y a d’autres leviers pour faire arrêter arbitrairement les défenseurs des droits humains : atteinte aux bonnes moeurs, accusations de pratiques occultes.

Concernant les coups d’état militaires survenus cette année au Sahel ou au Gabon, Fierté Afrique Francophone reste attachée aux socles de valeurs démocratiques, de paix, de justice et d’acceptation de l’autre.

Cependant dans un contexte de restriction de la parole publique, les défenseurs des droits des minorités sexuelles et de genre observent une attitude attentiste. Le moyen long terme reste encore pavé d’une grande incertitude. On ne sait pas encore si ces régimes ouvrent une parenthèse ou une nouvelle ère autoritaire dans la région.

C’est pour cela que notre première rencontre panafricaine prendra la forme d’états-généraux, afin de discuter de l’efficacité de nos actions en faveur des droits humains, dans un contexte africain globalement difficile aujourd’hui.

Aussi, pour aller plus loin, nous souhaiterions pouvoir faire un point quant à l’histoire de nos luttes en faveur des minorités sexuelles et de genre, afin de pouvoir nous réconcilier avec notre passé de militance, tout en permettant de rapprocher les différentes strates de générations d’activistes, pour brasser nos expériences.

Ainsi, l’on donne rendez-vous aux panafricains qui partagent nos combats et nos valeurs, en novembre prochain, à Abidjan en Côte d’Ivoire pour venir soutenir l’alliance que nous sommes en train de construire ».

Vous pouvez prendre contact avec Fierté Afrique Francophone en cliquant ici.

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