Afrique/Commentaire

Acclamations et craintes face à la résolution africaine historique

Beaucoup de travail a besoin d’être fait partout en l’Afrique pour donner suite à larésolution de la Commission africaine qui s’oppose à la violence et aux infractions des droits humains contre les minorités sexuelles, a dit Juliet Mphande, militante Zambienne active aux des droits humains, aux médias et à la paix

Ici, Mphande commente et nous décrit le message que la résolution envoie aux gouvernements africains et sa signification pour les défenseurs des droits humains et des minorités sexuelles africains :

Juliet Mphande

Juliet Mphande

“La Résolution 275 appartient à tous les enfants de l’Afrique dans tout leur diversité sexuelle, variantes du genre et à leurs défenseurs, y compris ceux qui sont partis avant nous …

“Les conséquences dévastatrices de l’exclusion, de la bigoterie, de la haine et de l’intolérance sur l’Afrique ne peuvent pas dans l’ensemble être exagérées.”

Par Juliet Mphande

le 29 mai 2014

Logo of the African Commission on Human Rights

Logo de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.

La résolution 275, adoptée lors de la 55ème session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), à Luanda en Angola (avril -mai 2014), est une résolution opportune et monumentale qui veut répondre aux menaces graves contre les personnes en raison de leur orientation sexuelle et l’identité du genre réelle ou présumée et aussi contre leurs défenseurs. (Voir le texte intégral de la résolution ici)

Cette résolution intervient à un moment où la plupart du continent africain est ravagé par de la violence accrue contre la communauté LGBTI et ses défenseurs notamment dans des pays comme le Nigeria et l’Ouganda où les gouvernements ont renforcé les lois draconiennes existantes qui favorisent la violence contre les personnes LGBTI et interdisent l’important travail des défenseurs des droits de la personne.

L’adoption de la résolution 275 a coïncidé avec le plan stratégique de la CADHP de 2014 à 2017 qui envisage :

«la promotion de la protection des droits de la personne et des peuples, la paix, la stabilité, la démocratie et la bonne gouvernance en tant que fondements du développement durable et des sociétés stables en Afrique.»

Il vaut aussi la peine de le noter que cette importante résolution fut adoptée quelques jours seulement après la commémoration du 20ième anniversaire du génocide rwandais, ce qui a incité les partis les plus touchés à rappeler aux nations africaines de renforcer leur détermination de ne jamais permettre un autre génocide sur le continent.

En tant que défenseur africain des droits de la personne, je célèbre cette résolution opportune et les progrès louables que la Commission africaine fait vers la tentative de résoudre l’impasse continentale actuelle ciblée contre des personnes de diverses orientations sexuelles et de genres.

Soucis et problèmes

Cependant, je ne peux m’empêcher de me méfier du fait que la CADHP a décidé de prêter sa voix à la condamnation de violations contre les personnes de sexualités diverses et de genre sexuel variant soit un signe majeur d’incidents répandus de violence et de harcèlement que les individus ont vécu et continuent de vivre sur le continent africain .

Il est aussi évident pour tous de voir que ce message envoyé aux gouvernements africains en passant par une session ordinaire de la CADHP quoique bienvenue, ne réglera pas tous les problèmes reliés dont le continent est confronté.

Cette année même, le Nigéria et l’Ouganda ont tous deux profité de leurs efforts visant à renforcer les lois existantes contre la sodomie et l’égalité et ont en outre rendu illégal le travail des défenseurs des droits de la personne de travaillant sur ces questions de continuer à faire leur travail important. Un autre exemple est le Cameroun, un pays où actuellement un rassemblement de plus de deux femmes peut être interprété comme une réunion lesbienne.

Image of murdered activist Eric Lembembe, with quote from HRW researcher Neela Ghoshal.

Portrait de Éric Lembembe, avec citation du chercheur de HRW Neela Ghoshal: «Je ne sais pas si le meurtre de Lembembe sera résolu. Mais je sais que vous ne pouvez pas tuer ce mouvement.»

En 2013, le Cameroun a perdu un formidable défenseur des droits humains – Éric Lembembe victime qui fut d’un crime de haine violent – il est un des pays où plus de personnes de sexualité diverses et de genre variant ont été arrêtés cette dernière année,  mais qui continue à recevoir très peu d’attention des médias.

Faites un voyage pour l’Afrique du Sud, un pays avec l’une des constitutions les plus progressistes au monde et les personnes de sexualité diverses et de genre variant doivent encore endurer des actes de violence de viol et d’assassinassion avec peu de recours de leurs gouvernements, encore une fois , c’est un flagrant exemple de la façon dont la loi ne protège pas les personnes contre la violence et souvent du mal fatal.

Gambia President Yahya Jammeh (Photo courtesy of WIki Commons)

Président Yahya Jammeh de la Gambie (Photo de WikiMedia Commons)

En Gambie, le président Jammeh a menacé d’éradiquer du pays les personnes de sexualité diverses et de genre variant qu’il identifie comme  “la plus grande menace de l’existence humaine.” Dans un même temps il affirme la souveraineté de la Gambie pour résister à la pression internationale de reconnaître leurs droits qui, dans ce cas, peut inclure la Commission africaine.

Au Zimbabwe, les personnes de sexualité diverses et du genre variant sont devenus le coup principal des attaques verbales du président Robert Mugabe qui avoisinent souvent l’incitation des acteurs tant d’état que non gouvernementaux d’adopter la violence contre cette communauté.

Des raids sur les gays au Zimbabwe est devenu une forme de manifestation sportive désobligeante où les policiers identifient et se lancent sur le harcèlement des organisations des droits de la personne pour leur amusement personnel. Cependant, les arrestations sont réelles, la peur inimaginable, la perte à l’estime de soi et de sa vie débilitante et malheureusement permanente.

En Zambie, un pays souvent décrit comme tranquille par les forces gouvernementales, les voix dissidentes (y compris ceux de l’opposition politique, des médias, des dirigeants de la société civile et des défenseurs des droits de la personne) qui remettent en question le statu quo sont rigoureusement ciblé et souvent accusé d’une myriade de délits et traîné devant la police et les tribunaux, sans beaucoup de réparation ou de sympathie.

Le 30 mai 2014, le monde sera prêt à entendre le verdict final dans une affaire très médiatisée et très attendu de sodomie en Zambie, où deux personnes ont été détenues pendant plus d’un an et privés de leur droit fondamental à la liberté sous caution , soumis à la torture et aux châtiments cruels et inhumains pour le crime allégué de s’engager dans des relations «consensuelles» avec une personne du même sexe. Selon la loi zambienne, se livrer à des actes de sodomie est passible d’une peine de quinze ans à la perpétuité. [Note du rédacteur : La conclusion de ce procès a été retardée.] Au moins douze autres Zambiens ont été arrêtés et remis aux forces de l’État cette année passée avec six cas apparaissant actuellement devant les tribunaux.

 «Une simple goutte dans la mer»

Toutefois, ces cas de beaucoup d’autres, sont une simple goutte dans la mer car ils sont beaucoup plus qui ne font jamais les manchettes et cela me laisse demander à quel point les choses peuvent être dans certains de nos pays profondément conservateurs comme la Somalie, l’Éthiopie, le Mali et le Sénégal pour n’en citer que quelques-uns.

Africa - graphic courtesy of BlackLooks.org Afrique - graphique de BlackLooks.org

Afrique – graphique de BlackLooks.org

La CADHP et les groupes de la société civile africains ont du pain sur la planche et de louange pour l’adoption de cette résolution historique qui ne peut pas être attribuée seul à la Commission africaine. Il a été le résultat d’innombrables efforts déployés par les assiégés et non célébrés défenseurs des droits de la personne, groupes de la société civile, et des décideurs de l’hémisphère Sud avec le soutien sans relâche reçu grâce à la collaboration avec les organismes gouvernementaux et un réseau d’alliés mondiaux , y compris les Nations Unies.

Quelle différence cela fera-t-il ?

Qu’est-ce que cette résolution historique signifie pour les personnes africaines de sexualité diverses et de genre variant et leurs défenseurs des droits de la personne? Quelles mesures immédiates se traduisent en termes réels pour les personnes qui vivent ces réalités à tous les jours?  Va-t-il réduire le problème de l’augmentation de la violence et d’accroissement de l’impunité parrainée et politiquement motivée dans les pays comme l’Ouganda et le Nigeria ? Va-t-il ouvrir des portes fermées auparavant pour leur protection future dans des environnements qui sont émancipés de violence et de harcèlement ?

La CADHP aura-elle maintenant un mandat pour tenir les gouvernements du Cameroun, du Nigéria, de l’Ouganda, de la Zambie et du Zimbabwe, pour n’en citer que quelques-uns, responsables des comptes au-delà de recevoir leurs rapports? Ou est cette résolution écrite à l’encre comme bien d’autre résolutions adoptée par une CADHP surchargée et souvent sous-financée dont le seul pouvoir repose dans l’adoption de résolutions et puis l’attente pour que les pays «souverains» agissent ou  suivent leur exemple?

Je suppose qu’il n’y ait pas de réponse immédiate à ces questions car il est encore trop tôt et le verdict n’a pas encore été rendu sur celui-ci, mais pour le défenseur des droits humains et la personne de sexualité diverses et de genre variant en Afrique qui font face à l’arrestation imminente, à la violence et en certains cas, la mort, le temps s’est écoulé et chaque seconde qui passe est cruciale car il peut malheureusement être leur dernière.

Scene from the Rwandan genocide of 1994. (Photo courtesy of Wikimedia Commons)

Scène du génocide Rwandais de 1994. (Photo de Wikimedia Commons)

S’il y a une leçon que l’Afrique comme continent peut tirer, ce serait le génocide rwandais il y a 20 ans et même ici, il a commencé avec la haine, la culpabilité, l’ignorance et l’intolérance et en conséquence, des millions périssent et de nombreux autres déplacées en conséquence de leur différence perçue.

En ce moment, un génocide et un déplacement silencieux passent sur le continent africain. Même au moment où j’écris cet article, des communautés entières se tournent contre eux-mêmes, les acteurs étatiques violent leur droit de protéger en se cachant derrière des lois archaïques, les présidents qui ont autrefois juré de faire respecter les constitutions abrogeant leur serment d’office en diffamant leurs propres citoyens. Et les soi-disant pays «amis» se tournent le dos à ceux qui sont dans le besoin urgent de protection se cachent derrière la loi et les exigences de visa.

La résolution 275 appartient à tous les enfants de l’Afrique de sexualité diverses et de genre variant et à leurs défenseurs, y compris ceux qui sont passés avant nous pour la défense de leur humanité, il est pour ceux qui ont combattu sans relâche, sans fatigue souvent à leur propre détriment et il est pour ceux qui restent se battre sur le front aux côtés des autres, sans aucune protection pour leur rêve d’une Afrique tolérante, d’une Afrique que nos ancêtres ont peut-être envisagé, où chaque personne doit être protégée d’être soumise à des indignités non quantifiables et même la mort en raison de leur orientation sexuelle réelle ou perçue et l’identité de genre .

Les conséquences dévastatrices de l’exclusion, la bigoterie, du mépris et de l’intolérance sur l’Afrique dans son ensemble ne peut pas être surestimée. C’est un triste jour où l’Afrique participe à la dégradation de son propre tissu social et moral – une triste journée lorsque les gouvernements et les dirigeants politiques sont prêts à sacrifier leur propre pour des gains politiques. C’est un triste jour quand, autant qu’ils le veulent, la CADHP peut seulement publier des déclarations larges, mais c’est toujours un début, mais un petit et c’est dans cet esprit que je célèbre la résolution 275.

Ce commentaire a été à l’origine publié par SOGI News.

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