Alors que les financements internationaux dédiés aux droits humains et aux programmes d’inclusion diminuent, les communautés LGBT+ les plus vulnérables paient le prix fort. Dans de nombreux pays d’Afrique, d’Asie, des Caraïbes ou d’Europe de l’Est, les discriminations à l’embauche, les licenciements abusifs, le harcèlement et la stigmatisation excluent massivement les personnes LGBT+ du marché formel de l’emploi. L’aide au développement traditionnelle, déjà insuffisante, se fragilise davantage sous l’effet des recompositions géopolitiques et des arbitrages budgétaires opérés par les grandes puissances, notamment depuis le retour d’une administration conservatrice à Washington.
Dans ce contexte, continuer à penser l’aide aux communautés LGBT+ uniquement sous l’angle de la subvention associative est une impasse. Il faut ouvrir un nouveau levier : le microcrédit adossé aux banques mutualistes et coopératives, comme outil stratégique d’empowerment économique.

Une voie déjà éprouvée : le microcrédit pour les femmes
Depuis les années 1980, le microcrédit a démontré son efficacité pour l’autonomisation économique des femmes, notamment grâce au modèle porté par la Grameen Bank au Bangladesh. En permettant à des femmes exclues du système bancaire classique d’accéder à de petits prêts pour lancer des activités génératrices de revenus, ce modèle a favorisé la création de coopératives, de micro-entreprises locales et d’écosystèmes économiques résilients.
Dans de nombreux pays, les agences de développement — telles que l’Agence française de développement (AFD) ou la Banque mondiale — ont soutenu ces dispositifs avec succès. Pourquoi ne pas adapter ces mécanismes aux réalités spécifiques des personnes LGBT+ discriminées ?
Discrimination structurelle, réponse structurelle
Pour beaucoup de personnes LGBT+, notamment les personnes transgenres, l’exclusion professionnelle est quasi systémique. L’absence d’emploi stable entraîne précarité, dépendance, exposition aux violences et parfois à l’économie informelle à haut risque.
Le microcrédit peut constituer une alternative puissante :
- financement de coopératives artisanales, agricoles ou numériques ;
- soutien à l’entrepreneuriat individuel (commerce, restauration, services) ;
- développement d’activités collectives portées par des associations LGBT+ ;
- structuration de mutuelles d’épargne communautaires.
Adossé à des banques mutualistes locales, ce levier permettrait de contourner les blocages du secteur bancaire classique, souvent frileux face aux profils jugés « à risque ». L’économie sociale et solidaire offre ici un terrain naturel d’expérimentation.
Repenser l’aide au développement à l’heure des restrictions budgétaires
La contraction des budgets d’aide internationale impose une réflexion stratégique. Les subventions directes restent indispensables pour la défense des droits et l’action juridique, mais elles ne suffisent pas à assurer une viabilité économique durable.
Si les financements publics diminuent, notamment sous l’influence de priorités politiques plus conservatrices aux États-Unis, il devient impératif de diversifier les instruments. Le microcrédit représente un mécanisme :
- moins dépendant des arbitrages politiques annuels ;
- fondé sur la rotation des fonds (remboursement et réinvestissement) ;
- générateur d’autonomie plutôt que d’assistance.
Il ne s’agit pas de substituer le crédit aux obligations des États en matière de droits humains. Il s’agit de compléter l’arsenal existant par un outil pragmatique favorisant l’insertion économique.
Un appel aux agences de développement
Nous appelons les agences de développement des pays riches à :
- Créer des lignes dédiées de microcrédit inclusif ciblant les personnes LGBT+ discriminées.
- Nouer des partenariats avec les banques mutualistes et coopératives locales.
- Mettre en place des garanties publiques pour sécuriser les prêts.
- Former les acteurs bancaires à la non-discrimination.
- Évaluer et documenter l’impact socio-économique de ces dispositifs.
L’inclusion économique est un pilier de la dignité humaine. Permettre aux personnes LGBT+ d’accéder à l’entrepreneuriat, à la propriété et à la stabilité financière, c’est réduire leur vulnérabilité face aux violences et aux exclusions.
L’aide au développement du XXIᵉ siècle ne peut plus être seulement redistributive ; elle doit être structurante. Ouvrir le levier du microcrédit aux communautés LGBT+ n’est pas un geste symbolique : c’est une stratégie d’avenir.
L’empowerment économique n’est pas un luxe. C’est une urgence.
Moïse MANOËL-FLORISSE, journaliste
Edmide JOSEPH, fondatrice de Femmes En Action Contre les Discriminations Sexuelles (FACSDIS) en Haïti
Johnny CLERGÉ, fondateur de l’organisation arc-en-ciel d’Haïti (ORAH)