Amériques

Guyana : Où en est le dernier pays à pénaliser l’homosexualité en Amérique du Sud ?

Le Guyana est un pays anglophone du Nord de l’Amérique du sud, amazonien géographiquement et caribéen culturellement. Il est voisin du Vénézuéla, du Brésil et du Suriname (ING: @touringguyana)

En ce début d’année 2024, 76crimes retourne comme l’an dernier à la même époque au Guyana où nous avions interrogé Dillon Mohamed, l’ex-délégué régional du Caribbean Interfaith Network (CARIN), qui avait participé à la fondation d’une église inclusive à l’endroit des personnes LGBT+, la Hope Anglo-Catholic Church de Georgetown.

Un an plus tard, nous revenons au Guyana qui demeure le seul pays des Amériques dont la loi sur la sodomie ne fasse l’objet d’aucune contestation en justice, alors que l’article 353 du code pénal du pays, hérité de la colonisation britannique, prévoit la prison à perpétuité dans pareils cas.

C’est cette situation unique en Amérique du Sud qui nous amène aujourd’hui à faire la rencontre de Joel Earl Simpson, le fondateur de Society Against Sexual Orientation Discrimination (SASOD), la principale organisation de défense des droits des personnes LGBT+ au Guyana.

Pour 76crimes, Joel va expliquer les évolutions en cours au Guyana depuis les années 2000, notamment vis à vis des minorités sexuelles et de genre.

76crimes : « Quelle a été la génèse de SASOD ? »

Joel Earl Simpson : « J’ai fondé SASOD il y a plus de 20 ans, en juin 2003 et à l’époque l’acronyme signifiait Students Against Sexual Orientation Discrimination. J’étais un jeune étudiant en 2ème année à la faculté de droit de l’Université du Guyana et je voulais que les lois dans mon pays changent en valeur de l’égalité, pour que la constitution de notre pays prenne en compte l’orientation sexuelle comme facteur de discrimination, à l’instar de l’Afrique du Sud post-apartheid, par exemple.

On pensait voir s’esquisser de timides signes d’ouverture de la part du président Bharrat Jagdeo en ce sens, mais finalement les tirs de barrage des communautés chrétiennes et musulmanes ne nous ont pas permis d’être entendus. Le gouvernement d’alors et l’opposition se sont même ligués contre notre proposition ».

Joel Earl Simpson est l’incontournable et charismatique leader de SASOD au Guyana, dont il est la figure emblématique. (ING: @joelearlsimpson)

76crimes : « Avez-vous subi personnellement l’homophobie au Guyana ? »

Joel Earl Simpson : « Dans un pays où le maintien de la loi crée une pression sociale et permet aux voyous et aux citoyens ordinaires de pouvoir extorquer les personnes LGBT+, j’ai été agressé le 16 juin 2019 sur la voie publique après m’être rendu dans une discothèque (le Palm Court) parce que je suis une personnalité publique qui ne cache pas son orientation sexuelle.

J’ai été molesté par 6 hommes qui nous avaient contraint précédemment, mes amis et moi, à quitter cet établissement de nuit, après nous avoir balancé de la bière à plusieurs reprises. J’ai reçu plusieurs coups de pieds alors que j’étais au sol et cette attaque m’a valu une hospitalisation.

De toute façon, le fait d’être un homme noir qui s’amuse et qui danse avec d’autres hommes est encore vu de manière extrêmement péjorative ici et si j’avais été indo-caribéen, les gens n’auraient rien trouvé à redire ».

76crimes : « En 21 années de militance, quelles ont été vos victoires et quels sont vos combats actuels ? »

Joel Earl Simpson : « En 2018, après 9 ans d’une bataille judiciaire acharnée nous avons obtenu la reconnaissance de l’inconstitutionnalité de la loi contre le travestissement auprès de la Cour de Justice des Caraïbes située à Port d’Espagne à Trinité et Tobago. C’est une victoire que nous avons obtenu après la condamnation de 4 personnes pour travestissement en 2009.

En 2012, nous avons favorisé l’éclosion de Guyana Trans United (GTU) qui est un groupe de soutien d’entraide et de solidarité à destination des personnes transgenres, afin d’apporter des solutions à leurs problèmes de sans-abrisme. C’est un groupe qui intervient également sur le champ de la santé et du soutien médico-social et professionnel.

Enfin en 2018, nous avons lancé la première marche des fiertés publique et bien visible dans un pays caribéen anglophone. Depuis d’autres pays nous ont emboîté le pas, comme la Barbade ou Trinité-et-Tobago.

Pour finir, nous menons également régulièrement des activités de baromètre pour mesurer la prégnance des préjugés au sein de la société guyanienne et nous observons un recul notable de la stigmatisation, notamment au sein des nouvelles générations, puisque 76% des sondés de la dernière enquête réalisée par RMK Consulting Enterprise (2022) déclarent que l’annulation de la loi criminalisant les relations entre deux hommes aurait un impact positif ou n’aurait aucun impact sur leur vie ».

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