La présidence de Donald Trump commence avec un déluge de décret consacrant une politique étrangère et nationale caractérisée par des attaques contre la communauté transgenre, mais aussi par le retrait des Etats-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ainsi que la suspension temporaire (90 jours) de l’aide au développement à destination des pays du Sud Global, visant notamment les associations de la lutte contre le VIH.

Encore sonnés, les défenseurs des droits des personnes LGBT+ et les activistes contre le sida ont commencé à analyser l’impact des décrets présidentiels signés par Donald Trump le jour de son investiture le lundi 20 janvier dernier.
Voici une brève synthèse des premières réactions aux décisions prises par Donal Trump, le 47ème président des Etats-Unis.
La négation de la transidentité et de l’intersexuation
Le décret exécutif de Trump ne reconnaît l’existence que de 2 genres, masculin et féminin et exige que seuls ces termes soient utilisés dans les documents d’identité délivrés par les autorités américaines. Cela inclut les passeports et les visas entres autres.

A l’autre bout du monde, l’onde de choc des décrets signés par Donald Trump s’est déjà fait ressentir et une première réaction asiatique s’est faite jour, jusqu’au royaume himalayen du Népal, en la personne de Sunil Babu Pant, un leader politique gay en vue.
« Nous, les communautés népalaises des minorités sexuelles et de genre, dénonçons les déclarations faites par le président américain Trump concernant l’identité de genre », a-t-il déclaré. « Nous nous opposons fermement à toute tentative d’effacer ou de nier l’existence du troisième genre, des personnes transgenres, des personnes non-binaires, des personnes bispirituelles, des Hijras et d’autres individus de genres divers ».
« Nous exhortons toutes les missions diplomatiques américaines sous l’administration Trump dans le monde à s’abstenir de promouvoir des politiques qui discriminent ou portent atteinte aux droits des minorités sexuelles et de genre dans le monde ».
« À l’heure actuelle, le Royaume du Népal reconnaît légalement trois genres et par le passé, il en a peut-être reconnu six au total dans son histoire », a ajouté Pant.
Dix-sept pays reconnaissent légalement les identités non binaires ou un troisième genre, selon Equaldex, une base de données internationale en ligne sur les droits des LGBT dans chaque État.
A contrario, le décret signé par Donald Trump est présenté par le camps républicain et conservateur aux Etats-Unis comme une mesure visant à « Protéger les femmes contre l’extrémisme idéologique du genre et à rétablir la vérité biologique au sein du gouvernement fédéral ». Le texte intégral est ici.
Retrait de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
Au cours de son premier mandat de président, Donald Trump s’était emporté contre l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) durant la pandémie de la COVID-19, lorsqu’il l’a accusée d’être « rien de moins qu’une escroquerie mondialiste corrompue payée par les États-Unis mais détenue et contrôlée par la Chine ».
Pourtant, les missions de l’OMS permettent de superviser les efforts internationaux concernant l’accessibilité des traitements contre le VIH, tout en apportant une surveillance épidémiologique internationale et en effectuant une activité de veille et de soutien à la recherche internationale en matière de santé.
« C’est la décision la plus cataclysmique », déclare Lawrence Gostin, professeur de droit de la santé mondiale à l’université de Georgetown et directeur du Centre de droit de la santé mondiale de l’OMS, dans un interview donné au média National Public Radio (NPR). « C’est une grave entorse aux intérêts nationaux américains ainsi qu’ à notre sécurité nationale. Cela va contraindre nos agences fédérales de santé publique – comme le CDC [Centers for Disease Control and Prevention] et les NIH [National Institutes of Health] – à avancer à tatons ».
L’ensemble du texte du décret consacrant le retrait des Etats-Unis de l’OMS est ici.

Suspension du programme d’admission des réfugiés aux États-Unis Trump a ordonné la suspension immédiate du programme d’admission des réfugiés aux Etats-Unis, affirmant que les réfugiés coûtent trop cher à l’Amérique. Il a déclaré aussi qu’il ne relancerait pas ce programme de sitôt, douchant les espoirs de centaines de réfugiés LGBT+ africains qui attendaient l’autorisation de se rendre aux Etats-Unis.
Aussi, Trump a également ordonné au secrétaire à la Sécurité intérieure et au secrétaire d’État de lui soumettre un rapport dans les 90 jours, afin de déterminer si la reprise du programme d’accueil des réfugiés serait dans l’intérêt des États-Unis.
Melanie Nathan, directrice exécutive de la Coalition africaine des droits humains, qui aide de nombreux réfugiés LGBT+ en Afrique, a déclaré que le décret présidentiel de Trump est « inconsciemment cruel… xénophobe, anti-réfugiés, anti-LGBT… et défie l’entendement en ne présageant rien de bon qui puisse protéger l’Amérique ».
« Nos pensées vont à tous les réfugiés, et en particulier aux plus vulnérables et aux plus marginalisés d’entre eux, notamment les femmes, les enfants et les personnes LGBT+ qui ont passé tant d’années à souffrir dans des camps à attendre de pouvoir se construire un futur ailleurs et qui maintenant sont livrés à une forme d’incertitude pour seul horizon ».
Cependant, le décret de Trump laisse entrouvrir une porte d’entrée au cas par cas pour les réfugiés qui présenteraient les situations les plus urgentes. Or, Nathan fait remarquer que les personnes LGBT+ se rattachent à cette catégorie, mais que dès-méshui « elles devront se battre pour être reconnues comme des personnes vivant en situation de danger de mort, tout en condamnant l’intention qui sous-tend ce décret exécutif, à l’endroit de tout individu en demande de protection ».
Le décret est disponible en intégralité ici.

Suspension de l’aide étrangère Trump a ordonné une suspension pour une durée de 90 jours de l’ensemble des programmes d’aide étrangère des États-Unis en attendant une évaluation poussée pour déterminer s’ils sont conformes aux objectifs politiques de Donald Trump.
L’ordonnance affirme que « l’industrie et la bureaucratie de l’aide étrangère des États-Unis ne sont pas alignées sur les intérêts américains et dans de nombreux cas sont contraires aux valeurs américaines. Elles servent à déstabiliser la paix mondiale… »
Un élément crucial de l’aide étrangère américaine est le soutien au Plan d’urgence du président pour la lutte contre le sida (Pepfar) qui depuis 2004 a sauvé environ 20 millions de vies grâce à son travail de lutte contre le VIH / sida dans le monde. Depuis 2004, le Pepfar a été renouvelé à plusieurs reprises pour une durée de 5 ans, mais en 2024, le Congrès n’a approuvé qu’une prolongation d’un an. En tout, c’est un total de 6,5 milliards de dollars qui ont été alloués au Pepfar au cours du dernier exercice financier.
Et l’Associated Press de préciser : « On ne sait pas réellement quels fonds seront immédiatement affectés par l’ordonnance présidentielle du 20 janvier, car le Congrès avait déjà restreint le périmètre de certains programmes d’aide internationale tandis que d’autres enveloppes budgétaires ont probablement déjà été consommées ».
Le décret est disponible en intégralité ici.
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