Amériques/Foi et religion

Rassembler Haïti autour du festival vaudou du Cap-Haïtien

Alors que Port-au-Prince, la capitale, s’enfonce dans la violence, le nord du pays semble tirer son épingle du jeu en attirant de nombreux évènements culturels qui ne peuvent plus se dérouler dans la principale agglomération du pays. Dans ce contexte, Cap-Haïtien devrait pouvoir abriter le premier festival international du vaudou de cette région nord du pays, entre le 22 et le 29 août prochain, à l’initiative d’Action pour l’Inclusion et l’Émancipation Sociale (AIES) qui est une organisation LGBT+.

Feray Vodou est le nom d’un groupe culturel vaudouisant du nord d’Haïti qui prendra part au festival

Steeve Grand-Jean (président d’AIES) : « Je veux que ce festival aboutisse, car enfant, j’ai grandi dans un milieu conservateur chez les témoins de Jéhovah et j’estime avoir été coupé de mes racines culturelles ancestrales. De plus, on m’a poussé à faire ménage avec une femme quand j’étais à l’église, d’où a résulté un mariage malheureux qui a occasionné chez moi gêne, tristesse et dépression , en sus d’une séparation.

Steeve Grand-Jean

Finalement, c’est le vaudou qui m’a sauvé et c’est dans la spiritualité vaudoue en définitive que je suis parvenu à pouvoir m’accepter tel que je suis.

En effet, dans le vaudou, il y a beaucoup de gens qui partagent la même orientation sexuelle que moi et très rapidement, j’y ai fait la connaissance d’une famille de substitution qui m’a apportée énormément de réconfort.

De plus le vaudou étant la religion de mes ancêtres, j’ai pu renouer avec une forme de fierté ancrée dans l’histoire d’Haïti si l’on remonte jusqu’à la cérémonie de Bois-Caïman du 14 août 1791 qui sera le point de départ des révoltes d’esclaves menant à l’indépendance d’Haïti.

Aujourd’hui, j’ai envie de mener à bien ce festival, car dans un pays en proie aux troubles très graves que connait Haïti, il convient d’essayer de se rassembler, alors que chaque jour l’insécurité dans la capitale nous isole les uns des autres. Puis un festival est toujours l’occasion de célébrer une identité culturelle et patrimoniale qui fait que nous sommes haïtiens et rien d’autre.

L’Habitation des Lauriers est une bâtisse dans un style colonial qui a une vocation hôtelière (Ing: @habitation_des_lauriers)

Dans le contexte de forte émigration que connaît notre pays, alors que notre pays se vide de ses forces vives et que le nombre d’homicides atteint des records, il faut continuer à se battre pour assurer la transmission des savoirs à celles et ceux qui vont rester ici pour perpétuer les traditions haïtiennes ».

76crimes : « Avez-vous des préoccupations quant à la sécurité de l’évènement eut égard au contexte du pays ? »

Steeve Grand-Jean : « Le nord d’Haïti est beaucoup plus sécure que le reste du pays et en particulier Port-au-Prince. Ici au Cap-Haïtien, on a de la chance d’avoir une police qui fasse son travail et du coup, je n’ai pas trop d’inquiétudes. De plus, le festival se tiendra dans le cadre exceptionnel de l’Habitation des Lauriers qui surplombe la ville.

Logo d’AIES

Pour l’instant nous avons le soutien du ministère de la Culture et de la Communication ainsi que celui du Bureau National d’Ethnologie.

Parmi les invités qui seront prévus à l’honneur, il y aura Errol Josué, artiste chanteur et comédien, ainsi qu’un invité venant du Bénin, Darius Agbodjogbe.

Enfin, parmi les partenaires qui vont nous soutenir, l’on compte la Fondation Sérovie, la Fondation pour la Santé Reproductrice et l’Education Familiale (FOSREF), l’Association Nationale du Théâtre pour le Renouveau Artistique du CINÉ (ANTHRACINÉ), ainsi que Housing Work. Normalement, d’autres partenaires devraient également se greffer prochainement.

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