Afrique subsaharienne

Cameroun : pas de modification possible de la mention de genre sur la carte nationale d’identité

Au Cameroun, la carte nationale d’identité (CNI) est un document indispensable. Elle constitue une condition préalable à l’accès aux services publics, à l’emploi formel et à la liberté de circulation. Cependant, pour les personnes transgenres, ce document devient trop souvent un instrument d’exclusion et de stigmatisation. C’est précisément cette situation que les défenseurs des droits humains camerounais souhaitent challenger.

La législation camerounaise ne prévoit aucun dispositif permettant à une personne transgenre de pouvoir faire modifier son état-civil ou sa mention de genre sur sa carte nationale d’identité (@idcam.cm)

Par Steeves Winner

Traduire des changements sociaux dans les procédures administratives

La législation camerounaise ne prévoit aucun mécanisme de reconnaissance légale du changement de genre. Les informations inscrites sur la CNI — nom, sexe et photographie — restent identiques aux informations inscrites sur l’acte de naissance de la personne.

Par conséquent, une personne transgenre qui a commencé une transition sociale ou médicale se retrouve en possession d’un document officiel en totale contradiction avec son apparence physique et son identité vécue. Cette rigidité juridique crée un décalage permanent entre l’identité légale et le ressenti individuel des personnes concernées.

Cet écart conduit à des situations humiliantes et dangereuses quotidiennement :

  • Contrôles de police : les personnes transgenres sont exposées aux railleries ou à des arrestations arbitraires lors des contrôles d’identité.
  • Accès aux services publics et au marché de l’emploi : les banques, les administrations publiques et les employeurs rejettent parfois des documents administratifs authentiques, les jugeant « non conformes », quand ils voient l’apparence des requérants.
  • Une stigmatisation accrue : la CNI devient un vecteur de marginalisation, renforçant la discrimination ambiante déjà présente au sein de la société camerounaise.

Speedy, une femme transgenre vivant à Yaoundé, raconte comment les problèmes liés à sa carte d’identité l’exposent régulièrement à des dangers face à la police.

« Quand les policiers me demandent ma carte d’identité, je préfère dire que je l’ai oubliée. Ensuite, je leur glisse un petit pot-de-vin pour éviter les ennuis. Sinon, je prends un taxi ou une moto et je demande au chauffeur d’éviter les barrages. C’est la seule façon pour moi de me déplacer sans subir d’humiliation ».

Ce témoignage illustre à lui seul la réalité quotidienne des personnes transgenres. En effet, pour pouvoir contourner l’absence de documents conformes, les personnes trans doivent recourir à des stratégies coûteuses qui les exposent en définitive à de la corruption et à de l’insécurité.

Un plaidoyer pour le changement de genre sur les documents d’identité

Lors d’un groupe de discussion organisé le 26 mars par Transamical, une organisation locale qui fournit des services et défend les droits des personnes transgenres et des travailleurs du sexe, les personnes trans ont souligné la nécessité d’une action de plaidoyer visant à faciliter la délivrance de cartes nationales d’identité correspondant à leur expression de genre.

Aussi, elles ont souligné qu’une telle réforme constituerait un pas en avant majeur pour la dignité et l’inclusion.

Enfin, ce débat met en lumière la complexité du plaidoyer, car l’obtention d’une carte nationale d’identité qui reflète son identité de genre peut aussi impacter et complexifier la délivrance d’autres documents, notamment pour les voyages internationaux.

Contrairement à certains pays africains qui engagent de timides réformes, le Cameroun ne dispose actuellement d’aucune procédure administrative ou judiciaire permettant de modifier la mention de genre ou le prénom figurant sur les documents officiels.

Ce vide juridique place les personnes transgenres camerounaises dans une situation difficile, sans recours juridique pour faire valoir leur identité de genre, les obligeant à évoluer dans des espaces précaires, entre invisibilité et stratégies de survie.

Les organisations locales et internationales de défense des droits humains plaident en faveur de :

  • La reconnaissance légale du changement de genre.
  • La mise en place de procédures transparentes et accessibles pour la modification des documents d’identité.
  • Des actions de sensibilisation destinées aux fonctionnaires afin de réduire les discriminations dans le cadre des procédures administratives.
  • Une approche cohérente et globale quant à la délivrance de l’ensemble des documents officiels (cartes d’identité, passeports, permis de conduire), afin d’éviter les contradictions.

Steeves Winner, l’auteur de cet article, est un journaliste camerounais qui écrit sous un pseudonyme. Vous pouvez le contacter à l’adresse de courriel suivante : steeves.w@yahoo.com.

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