Afrique subsaharienne

Les dispositions anti-LGBT+ du code pénal camerounais s’appliquent-ils à la fille lesbienne du président ?

Jeune femme lesbienne aux airs émancipés et libérés, Brenda Biya, la fille cadette de Paul Biya âgé de 92 ans, président du Cameroun depuis 1982, remet en question les normes en matière de sexualité dans un Cameroun très conservateur.

Brenda Biya, fille du président camerounais Paul Biya, a révélé publiquement son homosexualité en 2024. (Photo d’Olivier Corsan, du journal Le Parisien)

Par Steeves Winner

Le Cameroun un pays à la législation anti-LGBT+

À 28 ans, Brenda Biya, fille du président camerounais Paul Biya, a fait une apparition remarquée aux côtés de sa mère, Chantal Biya, lors du défilé de la Journée internationale des femmes, le 08 mars, dans la capitale, Yaoundé. Sa présence met en lumière un paradoxe : comment une personnalité publique qui assume ouvertement son homosexualité peut-elle occuper la tribune présidentielle dans un pays où une telle orientation sexuelle est criminalisée ?

L’article 347-1 du Code pénal camerounais prévoit une peine d’emprisonnement de 06 mois à 05 ans pour toute relation homosexuelle. Cette disposition, datant des années 60 et renforcée en 2016, est présentée comme un moyen de protéger les valeurs sociales contre des pratiques perçues comme ayant été imposées pendant la période coloniale.

Aujourd’hui, la criminalisation de l’homosexualité trouve justification auprès des ses défenseurs, dans une volonté manifeste de rompre avec le leg culturel occidental. Marqueur politique associé aux idées de souveraineté, d’indépendance, de panafricanisme et d’authenticité africaine popularisés par l’activiste suisso-camerounaise, Nathalie Yamb, la pénalisation de l’homosexualité fait l’objet d’un large consensus social au Cameroun.

Dans ce contexte, actuellement deux hypothèses circulent : soit il s’agit d’un oubli de la part du cabinet civil du président, soit c’est une décision délibérée de la Première dame Chantal Biya que d’insister sur la présence de sa fille. Dans les deux cas, l’absence de réaction des services de sécurité soulève des questions quant aux circuits décisionnels aux plus hauts niveaux de l’État.

Une fille de président lesbienne qui place les autorités face à leurs contradictions

Brenda Biya, qui a fait ses études en Europe, est souvent perçue comme étant déconnectée des réalités locales. Ses choix de vie – ainsi que son coming out très médiatisé en 2024 – alimentent les critiques concernant l’influence de la culture occidentale et l’aliénation culturelle des enfants du couple présidentiel.

Aussi, cette affaire soulève d’importantes questions juridiques et politiques : la loi s’applique-t-elle de manière égale à tous ? Le parquet devrait-il intervenir ? À terme, certaines figures de l’opposition vont-ils envisager d’utiliser cette exposition de Brenda Biya sous le feu de la rampe médiatique, comme motif pour se pourvoir en justice contre la famille du président.

Pour beaucoup cependant, la présence de Brenda Biya dans la tribune officielle symbolise une énième provocation qui met en lumière les tensions existantes entre la visibilité croissante des personnes LGBT+ désireuses de vivre aussi librement que possible et la défense des valeurs familialistes locales plus traditionnelles.

Steeves Winner, l’auteur de cet article, est un journaliste camerounais qui écrit sous un pseudonyme. Contactez-le à l’adresse steeves.w@yahoo.com.

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