5 hommes ont été libérés de la prison de Kondengui, à Yaoundé, au Cameroun, au début du mois de février dernier, après avoir purgé une peine de 4 mois de prison pour homosexualité.
Leur libération est finalement intervenue plus tôt que prévu, car ils ont été en mesure de régler les amendes de 30 000 francs CFA (environ 51 dollars américains) infligés à chacun, ce qui est tout ce que le juge avait exigé après avoir entendu les plaidoiries de la défense.
Depuis le début de l’année ces 5 hommes ont été accompagnés par l’association de défense des droits des personnes LGBT+, SOS Solidarity, afin d’affiner une stratégie, ainsi qu’un argumentaire de défense juridique.
Dans ce dossier, les défenseurs des droits des personnes LGBT+ affirment que le Cameroun a porté atteinte à la vie privée et aux droits humains de ces hommes.

Un refus de backchich qui tourne mal
Les ennuis de ces hommes ont commencé en septembre dernier, lorsque la police a arrêté Ndjonguoe Alexandre Dilan, 25 ans, soupçonné d’avoir eu un rapport sexuel avec un individu de même sexe.
Au départ, les policiers lui ont proposé de le libérer s’il était en mesure de s’acquitter d’un bakchich de 100 000 francs CFA (environ 177 dollars américains).
Comme il n’était pas en mesure de pouvoir payer cette somme, ils lui ont confisqué son téléphone et l’ont placé en garde à vue, sans avocat, afin de s’enquérir de sa vie privée et de ses relations intimes, en vue d’étoffer un dossier judiciaire à soumettre à la hiérarchie judiciaire.
Un jugement expéditif
Puis, entre le 3 et le 6 octobre, sur le fondement des données téléphoniques collectées, la police a procédé à l’arrestation de 4 autres hommes : Manga Akini 36 ans, Souley Babanya Bachirou 29 ans, Tchatchou Liverin 41 ans et Bachimbe Fidel 33 ans, un ressortissant congolais qui enseignait à temps partiel au Victory Education Center, à Mimboman Château.
Les cinq hommes ont été transférés immédiatement à la prison de Yaoundé dans l’attente d’un procès et de tergiversations entre la la police et le parquet.
Finalement, en décembre 2025, ils ont été jugés, condamnés à 4 mois de prison ferme et à une amende de 30 000 francs CFA chacun.
En vertu de la législation camerounaise, les relations homosexuelles sont passibles d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à cinq ans de détention, mais les peines courtes de moins de 6 mois sont fréquentes.
L’un des hommes incarcérés est marié avec une femme et chacun d’eux occupait auparavant un emploi leur permettant de pouvoir subvenir aux besoins de leurs proches. Aussi, leur homosexualité discrète était tue auprès de leur entourage laissé dans l’ignorance. Aujourd’hui libérés, il leur sera difficile de pouvoir trouver à nouveau une opportunité de travail.
Dans ce contexte, les défenseurs des droits des personnes LGBT+ affirment que la police et les autorités judiciaires ont commis de graves atteintes à la vie privée et aux droits fondamentaux, notamment par le biais d’une surveillance illégale, d’une utilisation abusive des données personnelles et de procédures judiciaires menées en violation des garanties légales telles que le droit à un avocat.
Accompagner les anciens détenus vers une réinsertion durable
La société civile camerounaise et les défenseurs des droits humains se félicitent de la libération de ces hommes, mais soulignent que la procédure judiciaire a été émaillée de pratiques arbitraires et d’abus d’autorité.
Les activistes de SOS Solidarity précisent que Fidel, originaire du Congo, aura besoin d’un soutien supplémentaire pour pouvoir trouver un logement et bénéficier d’une protection personnelle.
En son nom, des discussions sont en cours avec la Join Acting Process for the Success of Sustainable Objectives (JAPSSO), une organisation camerounaise qui coopère avec le Fonds mondial contre les violences sexuelles et sexistes en fournissant une assistance juridique aux populations vulnérables.