Afrique subsaharienne

Sénégal : la surpénalisation de l’homosexualité crée des remous dans le reste de l’Afrique

Rodolphe (pseudonyme), une voix intellectuelle d’Afrique Centrale engagée dans les luttes LGBT+, mais souhaitant témoigner de manière anonyme réagit face à ce qui lui semble être un paradoxe sénégalais sur la scène internationale : être la patrie d’un père de la Négriture, chantre de la voix de l’Afrique qui compte, à travers la figure tutélaire de Léopold Sédar Senghor, père de l’Indépendance du pays (vis à vis de la France, puis du Mali) tout en étant à la pointe du populisme homophobe en Afrique francophone.

En effet, depuis le 9 mars 2026, les relations consentantes entre personnes de même sexe sont désormais passibles de 5 à 10 ans de prison, contre de 1 à 5 ans auparavant, tandis que les montants des amendes concomitantes passent de 1,5 millions de francs CFA (2286 euros) à 10 millions de francs CFA, soit 15 000 euros, dans un pays où les revenus médians en 2017 s’élevaient à 147 euros mensuels.

Enfin, les activités assimilées à de la promotion, du financement ou du soutien de l’homosexualité sont également visées, sachant que la loi empêche également d’accorder des peines réduites ou du sursis.

Manifestant contre les droits LGBT+ à Dakar le 23 mai 2021 à Dakar. AFP / Archives / Mai 2021

Le Sénégal un pays d’extrême-droite ouest-africain

76crimes : « Que vous inspire la position du Sénégal et le récent durcissement de la criminalisation de l’homosexualité sur place ?« 

Rodolphe : « Il y a deux choses, La première, c’est que le gouvernement sénégalais est un gouvernement d’extrême-droite. C’est simplement que les gens n’ont pas l’habitude de voir un gouvernement d’extrême-droite africain avec des Noirs.

D’habitude, l’extrême-droite, elle est polonaise, canadienne, autrichienne, c’est l’extrême-droite MAGA de Trump ou de Bolsonaro, mais les gens n’ont pas l’habitude d’une extrême-droite noire et africaine.

Pour le moment, là ce sont les personnes LGBT+ qui sont dans le viseur, mais de toute façon après ils vont devoir trouver d’autres bouc-emissaires, parce que ce ne sera pas assez. Le Sénégal n’a pas de souveraineté énergétique, alimentaire, industrielle.

Les chiffres de l’économie ne sont pas bons, ils sont même trafiqués. De toute façon, ils vont trouver d’autres bouc-émissaires à un moment donné. Ca sera peut-être les étrangers d’ailleurs. C’est un grand classique.

Les contradictions du Sénégal

Le gros problème, c’est que le Sénégal a eu cet orgueil de vouloir être une nation respectée par le monde entier et c’est un peu paradoxal car ils ont signé toutes les conventions internationales en matière de droits humains, or à présent, ils nagent à contre-courant.

Ce n’est pas comme au Maroc, où dès le départ l’on sait que les relations de même sexe sont proscrites. Le Sénégal n’est pas un cas extrême à l’instar de l’Afghanistan ou de certaines régions de l’Orient, au nord de l’Irak.

Mais l’Iran, l’Irak ou l’Afghanistan n’ont jamais prétendu vouloir participer au concert des nations. Ca n’a jamais été leur but. A contrario, le Sénégal, lui, par orgueil national a souvent eu cette prétention de vouloir peser dans une certaine perception de l’Afrique, avec même cette prétention à parler au nom de l’Afrique.

Le Sénégal détonne même au regard des standards africains

Déjà, il y avait des divergences culturelles politiques et sociales entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Centrale, cependant aujourd’hui même des médias africains originaires d’autres pays francophones et qui couvrent les évènements en cours au Sénégal, avec les arrestations anti-LGBT+ quotidiennes, ainsi que la surpénalisation des relations entre individus de même sexe, se demandent ce qui se passe et surtout, pourquoi les choses vont-elles aussi loin.

Ainsi, en dépit d’une certaine diversité, l’homophobie en Afrique se porte très bien, il n’y a pas grand mystère. Aussi, je pense que 60 à 70% de la population en Afrique est homophobe. Mais entre être homophobe et pousser le curseur jusqu’à nuire deux adultes consentants dans leurs chambres à coucher, il y a là deux choses différentes.

Dans la moitié des pays africains, l’homosexualité est légale ou bien ce n’est pas pénalisé, donc cela doit poser question quand on voit l’évolution actuelle du Sénégal.

Le Sénégal va à rebours du reste du monde

Et même en quittant l’Afrique et en prenant le temps d’observer les grands pays de ce monde, certes la Russie a classé les mouvements militants LGBT+ en tant que groupes terroristes, mais deux hommes peuvent vivre dans le même appartement à Moscou, car l’homosexualité n’est pas illégale en Russie.

Autre pays, l’homosexualité n’est pas illégale en Chine. Et bien que l’appareil d’Etat sur place soit homophobe et que l’appareil d’Etat ne souhaite pas que l’on parle de ces questions là, il n’y a pas de criminalisation.

Pour le moment en Turquie, l’homosexualité est toujours légale, même si la vie des personnes LGBT+ est compliquée. Pareillement, en Inde l’homosexualité est légale, au Brésil elle l’est aussi.

A un moment donné que vont faire les Sénégalais, s’ils souhaitent vraiment peser au niveau mondial ?

Par exemple au Luxembourg l’ancien premier ministre, Xavier Bettel, entre 2013 et 2023 était gay. Que vont faire les autorités sénégalaises si un ou des chefs d’Etats européens sont gays ou lesbiennes et que le Sénégal souhaite approfondir ses relations bilatérales avec l’Union Européenne pour faire du commerce ?

Le Sénégal, un futur Etat paria ?

Les autorités sénégalaises à force de contradictions et d’homophobie finiront dans une impasse et ne pourront que s’adapter ou dans le cas contraire rejoindre des pays au ban des nations à l’image de l’Afghanistan en coupant les liens avec les pays dits modérés. Je pense que ça ne peut être que cela, car il y a la religion musulmane en toile de fond.

Autre exemple, Giorgia Meloni qui est d’extrême-droite en Italie, a nuit aux droits parentaux des lesbiennes en matière d’adoption, mais en aucun cas elle n’a pas remis en cause le fait que l’homosexualité soit légale dans son pays.

Même Trump qui a une politique transphobe, n’a pas remise en cause la légalité des relations entre personnes de même sexe.

Donc j’en déduis que les membres du gouvernement sénégalais qui exhultent, ainsi que les députés, sont des représentants d’une extrême-droite bête, rance. Simplement l’opinion publique des pays du Nord est choqué de l’entendre ou de le constater, car il s’agit de Noirs et qu’ils n’ont pas l’habitude. Je suis triste pour la société sénégalaise, mais je ne suis pas surpris du tout ».

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