Consécutivement à la tribune portant sur les défis de l’accès des personnes LGBT+ au micro-crédit dans les pays du Sud Global de la Francophonie des Caraïbes et d’Afrique, Luc Agblakou du Bénin, membre fondateur des Hirondelles Club International, a accepté de prendre la parole pour livrer son regard quant aux défis de l’insertion professionnelle des jeunes personnes LGBT+ exclues et marginalisées dans son pays, ainsi qu’à travers la sous-région, dans un contexte marqué par la récente adoption par le Sénégal d’une législation aggravant les peines encourues en cas d’homosexualité.
Pas d’insertion sociale sans insertion économique
76crimes : « Qu’en est-il des droits économiques des personnes LGBT+ dont votre organisation à la charge ? »
Luc A. : « Hirondelles Club International » s’occupe de l’hébergement et de l’accompagnement durant 3 mois de jeunes en situation d’itinérance, issus de la communauté LGBT+ au Bénin principalement, mais l’on est également présents dans les pays voisins.
La population que nous prenons en charge est très vulnérable, car il s’agit de personnes en situation de rupture familiale, méprisées par leurs communautés d’origine respectives et dépourvues de capitaux sociaux ou économiques.
Souvent en Afrique de l’Ouest, les personnes que les familles font déguerpir sont les personnes LGBT+ qui représentent une bouche en plus à nourrir et qui ne rapportent pas de ressources dans leurs foyers.
L’on a affaire à des jeunes vivant parfois d’expédients, grâce au travail du sexe ou à des activités illicites [NDLR : Au Bénin, le proxénétisme est interdit dans le code pénal au titre de l’article 556 de Loi n°2018‑16, mais le fait d’être péripatéticien est légal au même titre que l’homosexualité].
A notre niveau, on propose des formations courtes de manucure ou de pédicure, voire de maquillage ou de broderie à celles et ceux qui le souhaitent. Néanmoins, la question de l’insertion professionnelle des personnes que l’on suit demeure entière et le sujet se pose avec encore plus d’acuité pour les personnes trans et intersexes.
De plus, les entreprises locales ne les embauchent pas et les autorités ne s’intéressent pas vraiment à ce type de problématique.
Dans ce contexte, s’il y avait des prêts pour les activités génératrices de revenus à l’endroit des personnes LGBT+, cela aurait facilité les choses ».
L’autonomie économique des personnes LGBT+ comme un impensé des bailleurs internationaux
76crimes : « Est-ce que vous travaillez avec des organismes qui proposent des accompagnements à la bancarisation et au micro-financement ? »
Luc A : « Il n’y a strictement aucun projet qui s’intéresse réellement à la situation économique des personnes LGBT+. La plupart des projets sur lesquels nous proposent de travailler les bailleurs de fonds internationaux ne s’intéressent qu’aux enjeux d’éducation et de santé.
Pourtant notre constat à partir des observations de terrain est limpide : Les personnes LGBT+ qui ont une situation économique sont rarement discriminées et quand les personnes concernées ont de l’argent, le reste de la population est beaucoup moins regardante quant à leur orientation sexuelle.
Or, c’est un levier d’autonomie économique, de respectabilité sociale et de prévention de l’homophobie qui est orphelin de financement.
A notre niveau, ce ne sont pas les idées de projets viables et employeurs de main d’oeuvre qui manquent : plantation de teks, en lien avec des filières locales de menuiserie, plantation de palmiers à huile pour les cuissons de friture des ménagères béninoises.
Aujourd’hui, je déplore le fait que l’on ne nous ait jamais ouvert la possibilité de pouvoir échanger autour de ces sujets, avec les bailleurs de l’aide au développement, en tant qu’organisation qui intervient auprès des publics LGBT+. On ne nous propose de travailler que sur des petits fonds, pas du tout fléchés sur des priorités d’insertion professionnelle durable des personnes que nous accompagnons ».
Le rôle du tourisme au Bénin
76crimes : « Dans le tourisme au Bénin, y-a-t-il des leviers d’employabilité des jeunes dont votre organisation à la charge ? »
Luc A. : « Oui, certains jeunes trouvent des débouchés en tant que serveurs dans les restaurants, ou en tant que commis de cuisine, voire pâtissiers dans les hôtels. Cependant les débouchés principaux restent dans l’emploi informel, autour des activités de coiffure et de soin. Et la situation des femmes trans et LBQ+ me préoccupe particulièrement ».
