À l’approche des municipales aux Les Abymes, les discussions portent — à juste titre — sur l’emploi, la sécurité, l’aménagement des quartiers et la réussite éducative. Mais une question symbolique et profondément politique mérite d’être posée publiquement : le maintien du nom de l’école Christy Campbell – Admiral T dans le quartier de Boissard.
Cette tribune est ouverte à cosignature. Elle ne vise ni à attaquer une personne, ni à alimenter une polémique stérile. Elle appelle à un débat démocratique, transparent et apaisé sur les valeurs que nous choisissons d’inscrire durablement dans l’espace scolaire.

Un symbole culturel puissant… mais un passé controversé
Admiral T est une figure majeure de la scène musicale guadeloupéenne et caribéenne. Son engagement social et son influence culturelle sont indéniables.
Mais le débat ne porte pas uniquement sur une carrière artistique.
Comme une partie de la scène dancehall caribéenne des années 2000, certains textes et prises de position associés à cet univers ont été critiqués pour leur hostilité envers les personnes LGBTQ+. Même lorsque des évolutions ou clarifications ont pu intervenir, la mémoire collective conserve la trace de ces controverses.
Une école publique n’est pas un espace neutre. Elle incarne les principes républicains d’égalité, de fraternité et de protection de tous les enfants.
Pourquoi la question LGBT+ ne peut être évitée
La Guadeloupe, comme d’autres territoires, reste traversée par des tensions autour des questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre. Des jeunes LGBT+ subissent encore insultes, harcèlement et isolement.
Dans ce contexte, le symbole compte.
Peut-on affirmer lutter contre toutes les discriminations sans interroger les signaux que nous envoyons à travers les noms de nos établissements scolaires ?
Peut-on ignorer le ressenti des familles et des élèves concernés ?
Il ne s’agit pas de réécrire l’histoire culturelle de la Guadeloupe. Il s’agit de se demander si le nom d’une école doit rassembler sans ambiguïté l’ensemble des enfants et des parents.
Nommer une école : un acte politique
Donner un nom à un établissement scolaire, c’est :
- proposer un modèle symbolique ;
- inscrire une mémoire dans le quotidien des élèves ;
- engager durablement l’image de la commune.
La tradition républicaine privilégie souvent des figures historiques dont l’héritage est stabilisé par le temps. Le choix d’une personnalité contemporaine, encore active dans l’espace public, expose nécessairement la collectivité à des débats évolutifs.
Le débat n’est donc pas culturel. Il est institutionnel.
Ce que nous demandons aux candidats
Nous appelons les candidats à la mairie des Abymes, notamment Messieurs Eric Jalton, Olivier Serva et Max Céligny à se positionner clairement :
- Maintiendrez-vous le nom de l’école en l’état ?
- Reconnaissez-vous qu’un débat légitime existe sur la dimension LGBT+ de cette dénomination ?
- Êtes-vous prêts à organiser une consultation citoyenne à Boissard ?
- Soutenez-vous l’adoption d’une charte municipale encadrant les critères de nomination des équipements publics ?
Les citoyens méritent des réponses explicites.
Pour un débat démocratique et apaisé
Il ne s’agit ni d’effacer, ni de censurer, ni de stigmatiser.
Il s’agit d’ouvrir un espace de discussion.
Une collectivité moderne doit pouvoir regarder ses choix symboliques avec lucidité. Elle doit pouvoir associer les parents d’élèves, les enseignants, les acteurs culturels, les associations et les collectifs LGBT+ à une réflexion partagée.
Refuser le débat serait en soi un message.
Les Abymes, plus grande commune de Guadeloupe, a une responsabilité particulière. Les symboles qu’elle choisit façonnent l’imaginaire collectif et la perception extérieure du territoire.
Nommer, c’est transmettre.
Transmettre, c’est choisir.
Choisir, c’est assumer.
Nous appelons à un débat public clair, respectueux et inclusif.
Moïse MANOËL-FLORISSE, journaliste spécialisé sur les questions LGBT+ et les dynamiques sociales dans les Outre-mer français