Afrique subsaharienne

Sénégal : vers une répression amplifiée de l’homosexualité

Depuis plusieurs semaines, le Sénégal est secoué par de nouvelles vagues d’arrestations de personnes présumées homosexuelles, des hommes le plus souvent. Alors que des personnalités publiques sont inculpées et que des activistes des droits humains quittent le pays, la presse autant que les autorités divulguent le statut sérologique des personnes détenues incriminées dans ce type de dossier, accusant par amalgame ainsi les personnes LGBT+ de propager le VIH.

Aujourd’hui un nouveau cap est franchi avec une surpénalisation de l’homosexualité devant aboutir prochainement à une modification du code pénal.

Grande manifestation anti-LGBT au Sénégal en mai 2021 (@afrik1TV)

Un nouveau coup de boutoir porté aux personnes LGBT+ en Afrique

Le mercredi 18 février 2018, le gouvernement sénégalais d’Ousmane Sonko s’est engagé à préparer un prochain projet de loi visant à durcir les sanctions vis à vis des personnes LGBT+ se rendant coupables d’actes « contre nature », selon nos confrères TV5 monde.

Pour rappel, le Sénégal est depuis longtemps engagé dans une trajectoire de surpénalisation de l’homosexualité, puisque presque tous les 2 ans depuis 2016, des initiatives en la matière ont été soumises ou présenter aux différents législateurs du pays, notamment sous la houlette de Mame Mactar Gueye qui représente l’ONG conservatrice Jamra.

Aussi, l’actuel premier ministre Ousmane Sonko, alors qu’il était dans l’opposition avait déjà promis depuis 2022 de faire de la représsion de l’homosexualité son cheval de bataille.

Actuellement, en vertu de l’alinéa 3 de l’article 319 de la loi n° 65-60 du 21 juillet 1965, est passible d’un emprisonnement d’1 à 5 ans, ainsi que d’une amende comprise entre 100 000 à 1 500 000 francs CFA (de 150 € à 2 200 €), toute personne ayant commis un « acte contre nature avec un individu de son sexe ».

En outre, les organisations accusées de se livrer à « l’apologie » de l’homosexualité sont également dans le collimateur des autorités locales, puisqu’il y a une réflexion visant à introduire ce chef d’inculpation dans le droit pénal sénégal, ce qui constituerait une grand première.

Ainsi, un journaliste livrant un texte jugé favorable aux droits LGBT+ pourrait se voir inquiété, par exemple.

Pour l’heure, le texte qui sera soumis au vote des députés qui devront ou non entériner un durcissement de la pénalisation de l’homosexualité au Sénégal n’est pas encore disponible en ligne.

Néanmoins, de précédentes propositions de criminalisation de l’homosexualité portés en 2024 par le député Cheikh Abdou Bara Dolly Mbacké invitaient à introduire un délit « de bisexualité, de transsexualité, de nécrophilie et de zoophilie » passible de 10 à 15 ans de prison ferme, assorti d’une amende pouvant s’élever jusqu’à 5 millions de francs CFA (8300 $ ou 7600 €), dans un pays où le revenu moyen mensuel s’élevait à 146 euros en 2017.

Cependant le président de l’Assemblée Nationale sénégalaise, El Malick Ndiaye, a déjà prévenu qu’il « ne bloquera pas la loi sur la criminalisation de l’homosexualité », selon nos confrères sénégalais de Seneweb. Dans un contexte où deux autres pays du Sahel, respectivement le Mali et le Burkina-Faso qui ont coup sur coup pénalisé les relations entre personnes de même sexe en 2025.

Pourtant, le Professeur Gilbert Faye, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) interrogé par la presse sénégalaise pointe «qu’une criminalisation globale pourrait entrer en conflit avec le principe constitutionnel de non-discrimination ainsi qu’avec les engagements internationaux du Sénégal».

En effet, les tests anaux utilisés depuis peu pour vérifier l’orientation sexuelle des personnes sous mandat de justice est une violation manifeste de l’article 7 de la Constitution du Sénégal qui stipule que « tout individu à droit à l’intégrité corporelle », comme nous le documentions en décembre dernier.

Des arrestations anti-LGBT+ quotidiennes

Pendant que le volet législatif est en train de s’affiner, sur le terrain, la police sénégalaise est mobilisée pour obtenir de grands coups de filet anti-gays avec des arrestations quotidiennes s’accompagnant d’un dépistage systématique des personnes incriminées, aboutissant par voie de presse à la divulgation du statut sérologique des suspects, accusés de dissiminer le VIH parmi la population.

Présentement, la presse sénégalaise évoque une trentaine de personnes écrouées, en détention provisoire, consécutivement à la première vague d’arrestation en date du 04 février qui avait vu 12 personnes déférées, suite à l’intervention de la gendarmerie de Keur Massar en banlieue de Dakar.

D’autres perquisitions, gardes à vue et placement sous mandat de dépôt sont intervenus ultérieurement, les 12, 14, 18 et 20 février, dans ce qui s’apparente à une volonté des autorités locales de frapper fort pour pouvoir démanteler des réseaux « d’association de malfaiteurs », comme le stipule le chef d’inculpation accolé à l’ensemble de ces dossiers.

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