Pour l’Allemagne, pays le plus peuplé de l’Union Européenne et première économie de la zone euro, 2025 a été caractérisée par une montée de l’Alternative Für Deutschland (AFD), le grand parti de droite radicale, connu pour ses prises de position anti-immigration et anti-islam. Sa coprésidente n’est autre qu’Alice Weidel, une femme ouvertement lesbienne vivant en couple avec une suissesse d’origine sri-lankaise.
Avec environ 21% des voix dans les urnes et une percée inédite lors du scrutin du 23 février dernier, c’est aussi une Allemagne inquiète qui a festoyé dans les rues tout au long de l’été et de l’automne 2025, inquiète de la désinhibition d’attitudes politiques anti-droits, notamment à l’occasion du Christopher Street Day (CSD) fin juillet, où sous cette nouvelle mandature, la bannière arc-en-ciel de la communauté LGBT+ n’a pas été hissée sur le Bundestag à Berlin.
76crimes a été prendre le pouls de la communauté lesbienne Outre-Rhin, en plein coeur de la Hesse, à Wetzlar, avec des sympathisantes du CSD Mittelhessen [NDRL : organisation communautaire queer locale] : Laura et Kathy, 26 ans. Laura travaille dans les services de l’administration du Trésor Public du Länder de la Hesse, tandis que Kathy est infirmière.

Rester vigilantes
76crimes : « Qu’est-ce qui vous amène à la marche des fiertés de Wetzlar ? »
Kathy : « On est là en tant que lesbiennes pour montrer qu’on est visibles et que l’on continuera à oeuvrer à se battre pour nos droits. On veut conserver des acquis sociétaux pour pouvoir être libres de vivre comme on l’entend » [NDLR : le mariage pour tous existe en Allemagne depuis 2017].
La présence des néo-nazis
76crimes : « Il y avait un groupe de contre-manifestants néo-nazis qui se sont portés au-devant du cortège, quel impression cela vous a-t-il fait ? »
Laura : « Seule, j’aurai été bien trop effrayée à l’idée de faire face aux néo-nazis, mais ensemble, à travers la défense des valeurs démocratiques et des libertés individuelles, on fédère. En tout cas davantage qu’eux, même s’ils ont déjà organisé deux contre-manifestations dans le pays [NDLR : la marche de Gelsenkirchen en Rhénanie du Nord-Westphalie a été annulée en mai 2025 et celle d’Eberswalde dans le Brandebourg a essuyé des actes d’intimidation le 06 juin], pour protester contre les marches des fiertés ».
Kathy : « Nous étions 1500 à 2000 personnes, tandis que les néo-nazis étaient une petite poignée. A mon sens, on a fait la démonstration qu’on rassemble davantage. Et pour moi, cette mobilisation populaire, c’était l’essentiel aujourd’hui vis à vis de l’opinion publique ».
Laura : Kathy et moi sommes venues à Wetzlar [NDLR : ville de 53 000 habitants] en ce 14 juin, plutôt qu’à Francfort sur le Main où se tient simultanément la Dyke March aujourd’hui [NDLR : marche lesbienne annuelle], car les néo-nazis cherchent à intimider les organisateurs des marches des fiertés qui se tiennent dans les régions moins urbanisées du pays [NDLR : en 2024 ce sont au total 27 marches des fiertés dans de petites villes de l’ex-République Démocratique Allemande qui ont été pertubées selon le magazine néo-zélandais gayexpress].
Le poids des préjugés sexistes et des croyances culturelles
76crimes : « Quels sont les autres défis auxquels sont confrontés les lesbiennes allemandes au quotidien ? »
Laura : « On fait face à du sexisme. Les hommes aiment bien les lesbiennes et fantasment peut-être sur elles, sauf quand ils s’aperçoivent qu’elles forment un couple. A ce moment là, la une rivalité sexuelle reprend le dessus et l’on est regardée de travers ».
76crimes : « Y-a-t-il autre chose ? »
Laura : « Il y a des gens de l’étranger, des russes ou des réfugiés ukrainiens qui viennent ici et qui importent leurs normes et leurs valeurs sociales issues de leurs religions ou de leurs croyances. Ils désaprouvent ce que nous sommes nous disant que Dieu n’agrée pas cela ».