En Guadeloupe, bien que les LGBTphobies continuent à s’exprimer à travers le cinéma, avec le concours du groupe Canal Plus ou qu’elles soient patrimonialisées par le service public; 2024, puis 2025 ont été deux années charnières où les plateformes, Spotify puis Deezer ont retiré l’une après l’autre l’album Mozaïk Kréyòl (2004) de leur catalogue.
C’est la fin heureuse d’une aberration qui a néanmoins autorisé la monétisation de la chanson Gwadada de nombreuses années durant, dans laquelle Admiral T dépeignait l’homosexualité tel un fléau donnant lieu à des transactions tarifées, parmi les nombreux maux dont souffre l’île, à l’instar des braquages violents et du chômage.

Alors qu’émerge depuis peu un dancehall caribéen gay-friendly dans la diaspora et notamment performé par des gays, dès février 2024 puis en mars 2025 une campagne d’opinion informait le grand public qu’Admiral T (de son vrai nom Christy Campbell) continuait de monétiser « Gwadada » sur les plateformes de streaming de musique.
Stop Homophobie représentée par son avocat, Maître Etienne Deshoulières avait même saisi la SACEM pour exiger le retrait de la chanson, dénonçant des paroles dégradantes, tandis que sur la plateforme All-Out, une pétition atteignant 13245 signataires avait aussi alerté Universal Music Group, la maison de disque de l’artiste, demandant la suppression pure et simple du titre de son catalogue.
« En Guadeloupe, maintenant il y a beaucoup de pédés
Pleins de jeunes sont pédés
Parce qu’il y a de l’argent à se faire dans la prostitution masculine » (« Gwadada » ; 2002)
Fin 2025, les militants et activistes LGBT+ ont été entendus, puisque Spotify et Deezer ont supprimé l’album Mozaïk Kréyòl qui contenait la chanson incriminée.
Sur les réseaux sociaux, la nouvelle crée l’émoi et certains déplorent la perte d’un patrimoine de la nation guadeloupéenne, évoquant « un album légendaire censuré », à l’image de Karliito-Yolo qui commente régulièrement l’actualité musicale antillaise, en tant que leader d’opinion.
En tout état de cause, comme l’a soulevé la controverse autour du nom de l’école publique Christy Campbell Admiral T, à Boissard ou bien avant l’affaire de la stèle de la Pointe Allègre à Sainte-Rose, se pose toujours la question de savoir de quel héritage et de quelle histoire l’on souhaite faire patrimoine à transmettre aux nouvelles générations en Guadeloupe.
Et par-delà, se pose la question des valeurs de vivre-ensemble autour desquelles la Guadeloupe souhaite faire société, entre ancrage institutionnel français et importations d’influences culturelles de la Jamaïque.
